POLITIQUE

Migrants : On vous explique l’accord d’échange « un pour un » trouvé entre Londres et Paris

Une poignée de main… et des vies en jeu

Le 10 juillet 2025, dans une atmosphère pesante, sous les dorures d’un salon discret à Northwood, au Royaume-Uni, Emmanuel Macron et Keir Starmer se sont serré la main. Non pas pour célébrer un sommet militaire ou économique, mais pour officialiser un accord migratoire inédit dans l’histoire contemporaine des relations franco-britanniques.

Cet accord, qualifié de « pilote », repose sur un principe aussi simple que déroutant : Pour chaque migrant renvoyé du Royaume-Uni vers la France, un migrant se trouvant déjà en France, ayant fait une demande d’asile légitime au Royaume-Uni, pourra être accueilli légalement de l’autre côté de la Manche. Ce mécanisme de troc migratoire, inédit dans sa forme, vise à répondre à deux urgences : L’augmentation fulgurante des traversées illégales de la Manche — +50% par rapport à 2024 — et l’impératif d’enrayer les filières de passeurs.

Les chiffres qui parlent : 21 000 traversées en six mois

Entre janvier et juin 2025, plus de 21 000 migrants ont tenté de traverser la Manche à bord de petites embarcations. Pour Keir Starmer, élu Premier ministre début juillet, il fallait marquer un tournant. La Cour suprême ayant rejeté le projet de déportation des demandeurs d’asile au Rwanda, le gouvernement britannique cherchait une solution rapide, symbolique et diplomatiquement acceptable.

C’est là qu’entre en jeu cet accord avec Paris. Il ne s’agit pas d’une réponse massive, mais d’un geste politique fort. Le dispositif est limité à 50 personnes par semaine, soit 2 600 par an. Un chiffre modeste, mais une ambition affichée.

Paris dit oui… mais sans enthousiasme

Côté français, la réponse n’a pas été immédiate. Depuis des années, la France déplore de devoir gérer seule la pression migratoire à Calais et à Dunkerque, alors que les migrants visent le Royaume-Uni. Accepter un renvoi systématique de migrants aurait pu paraître comme une capitulation. Pourtant, l’accord repose sur une réciprocité symbolique : Paris récupère des personnes débarquées illégalement outre-Manche, mais envoie aussi ses propres candidats légitimes à l’asile de l’autre côté.

En clair, ce n’est plus un jeu à somme nulle, mais une tentative de coopération équilibrée. C’est aussi une manière pour Emmanuel Macron de montrer sa capacité à dialoguer avec un nouveau Premier ministre britannique, après les tensions post-Brexit.

Une plateforme d’asile en ligne pour éviter la Manche

Le cœur du projet repose sur une plateforme numérique qui permettra aux personnes déjà en France de formuler une demande d’asile auprès du Royaume-Uni, à condition de répondre à certains critères : Liens familiaux avec des résidents britanniques, nationalités jugées éligibles au droit d’asile, vulnérabilités spécifiques.

Cette innovation veut offrir une alternative sécurisée aux traversées clandestines. En cas d’éligibilité, ces migrants seront transportés légalement et pris en charge par Londres. En contrepartie, le Royaume-Uni pourra renvoyer vers la France un nombre équivalent de migrants illégaux arrivés par bateau, même sans avoir demandé l’asile.

Les critiques ne se font pas attendre

Sur le terrain politique, l’opposition britannique a immédiatement crié à la manœuvre « cosmétique ». Nigel Farage, revenu sur le devant de la scène depuis les dernières législatives, qualifie le projet de « tromperie arithmétique » : « Pour chaque migrant qu’on éloigne, on en accepte un autre, c’est une blague », a-t-il lancé à la BBC.

Du côté des ONG, Amnesty International parle de « précarisation organisée ». Selon l’organisation, ce projet ne garantit pas de conditions de vie dignes pour les migrants renvoyés ni pour ceux qui attendent leur transfert. Les avocats du droit d’asile alertent sur l’impréparation logistique et le flou juridique du programme, notamment sur la gestion des recours et la durée de traitement des dossiers.

Pourquoi cet accord pourrait pourtant changer la donne

Malgré les critiques, certains observateurs voient en ce programme un précédent diplomatique historique. Jamais encore deux pays n’avaient tenté un échange migratoire à flux régulé et simultané, sous forme de troc, tout en incluant une plateforme numérique de dépôt de dossier à distance.

Ce modèle pourrait, selon ses promoteurs, être étendu à d’autres pays de l’Union européenne et ainsi créer un « corridor légal et éthique » vers les pays d’accueil, réduisant les drames en Méditerranée et les profits des passeurs.

Il est encore trop tôt pour dire si l’accord portera ses fruits, mais il marque, quoi qu’il arrive, un tournant dans la gestion bilatérale de la question migratoire.

Un accord symbolique, mais des vies bien réelles en jeu

Dans le ciel gris de Northwood, pendant que les projecteurs s’éteignent, personne ne sait vraiment si ce deal historique marquera une page nouvelle ou un énième chapitre d’une coopération fragile. Mais une chose est certaine : Des vies entières dépendront de la stabilité de cette poignée de main entre Paris et Londres.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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