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Étudiants étrangers logés, Français à la rue ?

Il s’appelle Romain. Il a 46 ans, une invalidité de plus de 80%, et il vit dans sa voiture depuis le mois d’avril. Ancien technicien dans les télécoms, il perçoit une rente après avoir cotisé vingt-cinq ans. Il n’a jamais fraudé, jamais volé, et pourtant…il n’a jamais eu aussi froid qu’en cette nuit de juillet passée sur un parking près de Rennes.

Chaque matin, il va aux douches municipales. Chaque soir, il revient dans son véhicule, rabat le siège, et dort à moitié assis.

Depuis deux ans, il multiplie les demandes de logement social. Le DALO ? Refusé. Le CCAS ? « Pas prioritaire. Vous avez déjà une adresse postale. » L’assistante sociale ? Débordée, silencieuse. Et quand il ose se plaindre, on lui répond :

« Des familles dorment à la rue avec des enfants, monsieur. Il faut attendre. »

Mais ce matin-là, c’est en allumant son téléphone que Romain tombe sur l’article.

👉 « Nour Atallah, étudiante gazaouie évacuée, sera logée à Lille dès son arrivée en France. Une bourse lui est attribuée. Elle intégrera Sciences Po Lille en septembre. »

Son estomac se noue. Pas contre elle. Pas contre Gaza. Mais contre ce système qui, encore une fois, a su se mobiliser en urgence pour quelqu’un… mais jamais pour lui.

L’histoire de Nour, l’indignation de Romain

Nour Atallah a 25 ans. Palestinienne. Elle a fui Gaza en juillet 2025, lors d’un rapatriement orchestré par la France. Une opération diplomatique, symbolique. Ils étaient 292 à embarquer, direction Roissy, via la Jordanie. Une sélection fine, contrôlée, validée par Paris.

À peine arrivée, un logement lui est proposé par Sciences Po Lille. Pas un logement HLM. Un logement réservé par l’établissement lui-même, avec une bourse à la clé. C’est noble. C’est humain. C’est admirable.

Mais pour Romain, c’est aussi profondément injuste.

Deux poids, deux mesures ?

Le cas de Nour est exceptionnel, nous dit-on. Romain n’en doute pas. Il ne remet pas en cause l’accueil des Gazaouis ni la guerre au Proche-Orient. Mais il se demande :

« Pourquoi les institutions françaises sont capables de loger quelqu’un qu’elles ne connaissaient pas la veille… et incapable de loger un Français d’ici, pourtant visible, fiché, diagnostiqué, identifié ? »

Il n’est pas le seul à se poser la question. À Marseille, Béatrice, retraitée au RSA, dort chez une amie depuis huit mois. À Saint-Denis, Mehdi, agent de sécurité en intérim, dort dans une tente en attendant son prochain contrat. À Brest, Josiane vit dans sa voiture depuis que son mari est mort.

Tous ont travaillé, cotisé, vécu ici. Tous dorment dehors. Tous attendent.

Comment l’État justifie ces différences de traitement ?

En réalité, les circuits d’accueil sont totalement cloisonnés.

  • Pour les Français : Logement social, commissions, plafonds, points, critères, délais, refus.
  • Pour les réfugiés politiques ou humanitaires : Circuit diplomatique, logement d’urgence, enveloppe exceptionnelle.
  • Pour les étudiants étrangers : Bourses spécifiques, CROUS, fonds européens.
  • Pour les cas médiatiques : Mobilisation express.

Il n’y a pas de guichet unique. Pas de priorité nationale. Pas de politique globale.

Et pourtant… le logement existe

Romain en est sûr. Il le voit. Dans sa rue, quatre appartements sont vides depuis des mois. Il en a fait la liste. Il en a informé la mairie. Il n’a jamais eu de réponse.

En France, plus de 3 millions de logements sont vacants. Ce ne sont pas toujours des HLM, non. Mais des biens privés laissés à l’abandon, des programmes publics jamais livrés, des logements de fonction vides, des studios CROUS inoccupés pendant l’été.

Pendant ce temps, des Français dorment dans leur voiture.

Alors pourquoi Nour a-t-elle un logement dès le premier jour ?

Parce que :

  • Elle est visible.
  • Elle est étrangère, donc médiatiquement « portée ».
  • Elle symbolise la bienveillance française à l’international.
  • Et elle a été aidée par une institution qui peut agir immédiatement.

Pendant ce temps, Romain est invisible. Il n’appartient à aucun programme. Il ne fait pas bonne figure dans une publication officielle. Il est juste Français. Pauvre. Trop discret pour intéresser.

L’indignation monte

Ce n’est pas Nour le problème. C’est le système à deux vitesses.

Quand un pays est capable de mobiliser en 24h un logement, une bourse et une scolarisation pour une étrangère inconnue la veille… mais qu’il laisse ses propres citoyens sans toit depuis des années, alors ce pays trahit le principe même de solidarité nationale.

Romain ne demande pas la lune. Il veut juste un toit. Comme des millions d’autres.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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