POLITIQUE

Logement squatté : Eau, électricité, Internet… ces alliés involontaires

Une proposition de loi relance un débat explosif : Peut-on encore fournir eau, énergie et Internet à des personnes occupant un logement sans droit ni titre ?

Dans le débat brûlant sur le squat, une proposition de loi vient raviver une colère sourde mais persistante chez de nombreux propriétaires.

L’idée est simple, presque dérangeante par sa logique. Interdire aux fournisseurs d’eau, d’énergie, de téléphonie et d’accès à Internet de proposer des contrats à des personnes occupant un logement sans droit ni titre.

Aujourd’hui, lorsqu’un logement est squatté, les occupants peuvent souscrire des abonnements comme n’importe quel locataire. Aucun opérateur ne vérifie réellement la légitimité de l’occupation. L’eau coule, l’électricité alimente les prises, Internet permet de s’installer durablement. Le logement devient vivable. Parfois pour des mois, parfois pour des années.

Pour les propriétaires, cette situation est vécue comme une absurdité totale. Ils ne peuvent ni récupérer leur bien facilement, ni couper eux-mêmes les services, sous peine de poursuites. Le logement leur échappe, pendant que la vie s’y organise sans eux.

Les défenseurs de la proposition pointent une incohérence frappante. Un assureur ne peut pas assurer une voiture sans vérifier la carte grise. En revanche, un opérateur peut fournir Internet ou électricité sans s’assurer que la personne a le droit d’occuper le logement. Cette comparaison, souvent reprise, illustre un système jugé illogique et déséquilibré.

Selon ses promoteurs, cette mesure ne viserait pas à priver des personnes de dignité, mais à empêcher l’installation durable du squat. Sans contrats, sans abonnements, l’occupation deviendrait transitoire, moins attractive, moins confortable.

Les opposants, eux, alertent sur les risques humains. Couper l’accès à l’eau ou à l’électricité pose des questions sociales et sanitaires majeures. Ils redoutent des situations de tension, voire de précarité extrême, et estiment que le problème du squat ne peut être réglé uniquement par la contrainte.

Derrière ce débat se cache une question plus large. Le droit de propriété doit-il primer sur tout, ou faut-il maintenir un accès universel aux services essentiels, même en situation illégale ?

En proposant de responsabiliser les fournisseurs, le texte change l’angle d’attaque. Il ne s’en prend pas directement aux squatteurs, mais à l’écosystème qui permet leur installation. Une stratégie assumée par le Groupe UDR, qui entend remettre la légitimité de l’occupation au cœur du dispositif.

Le débat est loin d’être clos. Mais une chose est certaine : La question du squat ne se limite plus aux tribunaux. Elle s’invite désormais au niveau des compteurs, des abonnements et des contrats du quotidien.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Qui sommes-nousCharte éditorialeMentions légalesPartenariats & PublicitéContact
© MyJournal.fr — Média indépendant fondé et dirigé par Yann GOURIOU.
Rédacteur en chef : Yann GOURIOU — Tous droits réservés.