FINANCE

Retraite en Tunisie : attention à l’intox sur la « vie de luxe avec 1 000 € »

La Tunisie est présentée comme un paradis pour les retraités français avec 1 000 € par mois. Nous avons vérifié les loyers, la fiscalité, le coût de la vie et la couverture santé : certaines promesses sont vraies, d’autres franchement trompeuses.

Un appartement haut de gamme près de la mer, des restaurants à petits prix, du personnel à domicile et une fiscalité imbattable : avec seulement 1 000 euros de retraite, la Tunisie permettrait presque de mener une vie de luxe. La promesse fait rêver. Mais lorsqu’on vérifie les chiffres et les règles officielles, la réalité est nettement plus nuancée. Certaines affirmations sont exactes, d’autres très exagérées et quelques-unes sont tout simplement erronées.

La Tunisie est-elle réellement l’eldorado des retraités français disposant d’une petite pension ? À en croire certains articles consacrés à l’expatriation, il suffirait de traverser la Méditerranée pour transformer une retraite de 1 000 euros en un confortable train de vie, voire en une « vie de luxe ».

Le coût de la vie tunisien est effectivement bien inférieur à celui de la France. Mais entre vivre confortablement et vivre dans le luxe sans soucis d’argent, il y a un pas que les chiffres ne permettent pas vraiment de franchir.

Et ce n’est pas la seule approximation.

La Tunisie est-elle vraiment « le pays le moins cher pour les retraités » ?

Première affirmation problématique : présenter la Tunisie comme « le pays le moins cher » pour prendre sa retraite.

👉 Aucun classement international de référence n’est fourni pour étayer cette affirmation.

La source généralement avancée indique simplement que le coût de la vie en Tunisie serait environ 56 % inférieur à celui de la France. Elle précise également que le pouvoir d’achat local est beaucoup plus faible. Il s’agit donc d’une comparaison entre la France et la Tunisie, et non d’un classement démontrant que la Tunisie serait le pays le moins cher au monde pour les retraités.

👉 Autrement dit : la Tunisie est bon marché pour un Français, oui. Le pays le moins cher, rien ne permet de l’affirmer.

Avec 1 000 euros, le pouvoir d’achat est réellement important

Il ne faut toutefois pas tomber dans l’excès inverse : l’avantage financier tunisien est bien réel.

ℹ️ Fin août 2026, un euro vaut environ 3,37 dinars tunisiens. Une pension de 1 000 euros représente donc environ 3 375 TND.

À titre de comparaison, le salaire minimum tunisien a été revalorisé en 2026. Il atteint désormais 470,251 TND par mois pour un régime de 40 heures hebdomadaires et 554,736 TND pour 48 heures. Présenter simplement le SMIG comme étant de « 480 dinars » est donc devenu imprécis.

👉 Pour un retraité français, 1 000 euros représentent ainsi plusieurs fois le salaire minimum local.

C’est considérable.

Peut-on réellement louer un appartement haut standing près de la mer pour 300 ou 400 euros ?

Sur ce point, les annonces immobilières donnent plutôt raison aux promoteurs de la retraite tunisienne.

À Monastir, des annonces récentes proposent par exemple un appartement de 110 m² présenté comme haut standing, avec vue sur mer, climatisation, chauffage central et cuisine équipée pour 1 000 TND par mois, soit environ 300 euros. D’autres appartements meublés se situent autour de 1 200 TND.

À Sousse, on trouve également des logements meublés présentés comme haut standing autour de 1 000 TND mensuels, notamment à proximité de la Corniche.

😀 Une maison de 180 m² avec jardin et garage était également proposée à Monastir autour de 1 500 TND, soit environ 440 euros au taux de change actuel.

Les prix annoncés de 350 à 500 euros pour certains logements de bon standing sont donc parfaitement plausibles.

Mais attention : une annonce immobilière n’intègre pas nécessairement les charges, l’électricité, la climatisation, l’eau, Internet, les éventuels frais d’agence ou les dépenses d’entretien.

👉 Et surtout, toutes les villas face à la mer ne coûtent évidemment pas 400 euros.

Les restaurants sont effectivement beaucoup moins chers

Là encore, l’écart avec la France est spectaculaire.

Selon les données reprises par Ouest-France, un repas dans un restaurant bon marché coûte en moyenne environ 10 TND, soit 3 euros, tandis qu’un restaurant de gamme moyenne tourne autour de 30 TND, environ 9 euros, avec des prix pouvant monter jusqu’à près de 18 euros.

Manger régulièrement à l’extérieur avec une pension française est donc beaucoup plus accessible qu’en France.

Les produits alimentaires locaux sont également nettement moins chers.

Mais tous les produits ne bénéficient pas du même avantage. Certains biens importés peuvent coûter cher.

📍 À titre d’exemple, la même source estime le prix d’une Volkswagen Golf neuve à environ 35 500 euros, soit légèrement plus cher qu’en France.

👉 La Tunisie n’est donc pas un pays où « tout » coûte trois fois moins cher.

Avec 1 000 euros par mois, est-ce vraiment une « vie de luxe » ?

Prenons un exemple simple.

Avec environ 3 375 TND de pension et un appartement à 1 200 TND, il reste approximativement 2 175 TND, soit environ 645 euros, pour tout le reste :

👉 Alimentation, eau, électricité, climatisation, téléphone, Internet, transports, santé, assurances, vêtements, loisirs, restaurants et imprévus.

Ce budget permet incontestablement d’avoir un niveau de vie confortable, notamment pour une personne seule ayant peu de dépenses importantes.

🔴 Mais parler de « vie de luxe sans soucis d’argent » devient trompeur.

Une assurance santé haut de gamme, des soins dans le privé, une voiture, des voyages réguliers en France, des produits importés ou une villa dans une zone très recherchée peuvent rapidement modifier l’équation.

🚨 1 000 euros peuvent permettre de bien vivre en Tunisie. Ils ne rendent pas riche.

Le fameux avantage fiscal de 80 % existe vraiment

C’est probablement l’une des affirmations les plus spectaculaires de ces articles.

👉 Et celle-ci repose bien sur une réalité.

Le ministère tunisien des Finances indique que les pensions et rentes viagères provenant de l’étranger et transférées en Tunisie bénéficient d’une déduction forfaitaire de 80 % pour déterminer le revenu net imposable.

Attention cependant à une confusion fréquente : cela ne signifie pas que le retraité bénéficie d’une réduction de 80 % de son impôt.

Cela signifie que seuls 20 % du montant concerné entrent dans la base imposable, avant application des autres règles fiscales.

C’est très avantageux, mais ce n’est pas la même chose.

Non, il n’est pas nécessaire d’avoir travaillé « dans le privé toute sa vie »

C’est ici que certaines publications dérapent réellement.

On peut lire que l’avantage fiscal serait réservé aux personnes ayant travaillé « dans le privé tout au long de leur vie ».

🔴 Cette condition n’apparaît pas dans la règle tunisienne précitée.

Plus encore, le Bulletin officiel des finances publiques français rappelle que la convention fiscale franco-tunisienne prévoit que les pensions publiques ou privées et les rentes viagères sont imposables dans l’État de résidence du bénéficiaire.

❌ Présenter l’avantage comme réservé exclusivement aux anciens salariés du privé est donc inexact.

La fiscalité internationale restant dépendante de la situation personnelle de chaque contribuable, il reste évidemment recommandé de vérifier son statut fiscal avant une expatriation.

Peut-on continuer à toucher sa retraite française en Tunisie ?

👉 Oui.

L’Assurance retraite indique explicitement qu’une retraite française peut continuer à être versée lorsque son bénéficiaire vit à l’étranger.

Elle peut être payée sur un compte bancaire français ou directement sur un compte bancaire à l’étranger. Le retraité doit notamment signaler son changement d’adresse et, le cas échéant, ses nouvelles coordonnées bancaires.

🟢 Sur ce point, aucune intox.

Le certificat de vie est également une réalité

Les retraités résidant à l’étranger doivent régulièrement apporter la preuve qu’ils sont toujours en vie afin de continuer à percevoir leur pension.

⚠️ L’Assurance retraite indique qu’un justificatif d’existence doit être transmis chaque année.

Cette procédure peut paraître administrative, mais elle vise notamment à empêcher que des pensions continuent d’être versées après le décès de leur bénéficiaire.

« La Sécurité sociale ne couvre plus les soins hors de l’Union européenne » : faux dans le cas de la Tunisie

👉 C’est probablement l’erreur la plus importante de l’article.

Affirmer que la Sécurité sociale française cesse systématiquement de couvrir les retraités dès qu’ils vivent hors de l’Union européenne est beaucoup trop catégorique.

🟢 La France et la Tunisie sont justement liées par une convention bilatérale de Sécurité sociale.

Le CLEISS explique qu’un ressortissant français ou tunisien titulaire d’une pension de vieillesse française peut, sous les conditions prévues par cette convention, bénéficier d’une couverture maladie en Tunisie au titre de sa retraite française lorsqu’il ne dispose pas déjà de droits au régime tunisien.

Le retraité peut notamment obtenir auprès de sa caisse française le formulaire SE 351-07, qui permet son inscription auprès de la caisse tunisienne d’assurance maladie.

ℹ️ Cette disposition concerne aussi bien d’anciens salariés que des indépendants et des fonctionnaires retraités.

Même lors de séjours temporaires en France, certaines prises en charge restent possibles dans le cadre prévu par les textes.

🔴 Dire simplement « hors UE = plus de Sécurité sociale » est donc faux lorsqu’on parle spécifiquement de la Tunisie.

Une adhésion à la Caisse des Français de l’étranger ou une assurance privée peut néanmoins être utile pour compléter la couverture ou accéder plus facilement à certains établissements privés. Mais elle ne peut pas être présentée comme systématiquement obligatoire.

Même « l’inflation galopante » en France mérite d’être relativisée

Pour justifier l’expatriation, certains articles commencent par évoquer une « inflation galopante » en France.

L’expression est pour le moins spectaculaire.

Selon l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 2,1 % sur un an en juillet 2026, dernier chiffre définitif disponible à la fin août. Certaines catégories, notamment l’énergie, augmentent beaucoup plus rapidement, mais une inflation générale autour de 2 % correspond difficilement à la définition habituelle d’une inflation « galopante ».

Concernant un éventuel gel des retraites en 2027, le sujet est bien étudié par le gouvernement, notamment pour certaines pensions, mais aucune décision définitive n’était actée à la fin août 2026.

Présenter cette hypothèse comme une décision acquise serait donc prématuré.

Alors, retraite de rêve ou intox ?

La réponse se situe entre les deux.

👉 Oui, la Tunisie possède de véritables atouts pour un retraité français disposant de 1 000 euros par mois.

Le logement peut être beaucoup moins cher qu’en France. Les restaurants, transports et produits alimentaires locaux sont très accessibles. La proximité avec la France est réelle et la fiscalité tunisienne sur certaines pensions étrangères peut être particulièrement avantageuse.

Mais cela ne justifie pas toutes les promesses.

👉 Non, rien ne prouve qu’il s’agit du « pays le moins cher » pour les retraités.

👉 Non, une pension de 1 000 euros ne garantit pas une « vie de luxe sans soucis d’argent ».

👉 Non, l’avantage fiscal de 80 % n’est pas simplement réservé aux personnes ayant travaillé toute leur vie dans le privé.

👉 Et non, un retraité français installé en Tunisie ne perd pas automatiquement toute couverture maladie parce qu’il quitte l’Union européenne.

La Tunisie peut permettre de vivre beaucoup plus confortablement avec une petite retraite française. C’est déjà un argument suffisamment puissant pour ne pas avoir besoin de l’enrober d’exagérations et de contre-vérités.


Sources et références

— Ministère tunisien des Finances : règles d’imposition des pensions et abattement de 80 % sur les pensions et rentes viagères provenant de l’étranger et transférées en Tunisie. Consulter le ministère tunisien des Finances

— BOFiP – Convention fiscale France-Tunisie : règles fiscales applicables entre la France et la Tunisie, notamment concernant l’imposition des pensions publiques et privées. Consulter le BOFiP – Convention fiscale France-Tunisie

— CLEISS – Centre des liaisons européennes et internationales de Sécurité sociale : convention franco-tunisienne de Sécurité sociale et couverture maladie des retraités français installés en Tunisie. Consulter le CLEISS – Retraite en Tunisie et couverture maladie

— L’Assurance retraite : démarches pour continuer à percevoir sa retraite française lorsqu’on vit à l’étranger, changement d’adresse, coordonnées bancaires et justificatif d’existence. Consulter L’Assurance retraite – Vivre sa retraite à l’étranger

— Insee : évolution des prix à la consommation en France. En juillet 2026, l’inflation s’établissait à +2,1 % sur un an. Consulter les chiffres de l’Insee – Inflation juillet 2026

— Ouest-France – Partir.com : données comparatives sur le coût de la vie en Tunisie, les prix de l’alimentation, des restaurants et des transports. Consulter le budget et le coût de la vie en Tunisie

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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