« Ça fait bidonville » : Villeneuve-sur-Lot interdit le linge aux balcons
À Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, un arrêté municipal limite désormais l’étendage du linge visible depuis la rue dans une partie du centre-ville. Une mesure défendue au nom de l’esthétique et du tourisme, mais vivement contestée.
À Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, faire sécher son linge à une fenêtre ou sur un balcon visible depuis la rue est désormais interdit dans une partie du centre-ville. Le maire Guillaume Lepers défend une mesure destinée notamment à préserver l’image touristique et patrimoniale de la commune. Une décision qui divise fortement habitants et chroniqueurs.
Étendre ses draps, ses pantalons ou ses sous-vêtements au soleil peut sembler être un geste parfaitement banal. À Villeneuve-sur-Lot, cette habitude est pourtant devenue interdite dans certaines rues du centre-ville.
Depuis le mois de juin, un arrêté municipal réglemente en effet l’étendage du linge visible depuis l’espace public. La mesure concerne notamment des secteurs présentant, selon la municipalité, un caractère patrimonial, touristique ou commercial qu’elle entend préserver.
Le maire LR Guillaume Lepers invoque également des considérations liées à la tranquillité publique. Selon plusieurs médias ayant consulté l’arrêté, l’objectif affiché est de protéger le cadre de vie et l’intérêt général. La police municipale peut être chargée de faire respecter ces dispositions.
🔴 Le linge aux fenêtres accusé de nuire à l’image de la ville
Derrière cette interdiction se cache surtout une question d’image.
La municipalité estime que le linge suspendu aux fenêtres ou aux balcons peut détériorer l’apparence de certaines façades du centre historique et donner une mauvaise impression aux visiteurs.
Une problématique qui ne date d’ailleurs pas d’hier : Guillaume Lepers explique s’être notamment inspiré d’une mesure adoptée en 2014 à Béziers sous Robert Ménard.
À Villeneuve-sur-Lot, la décision a rapidement suscité des critiques.
Le groupe d’opposition VilleneuveC’Vous! juge ainsi la mesure « particulièrement injuste et inappropriée » et défend une idée simple : une ville n’est pas uniquement destinée aux visiteurs, elle est également un lieu dans lequel des habitants doivent pouvoir accomplir les gestes ordinaires de la vie quotidienne.
🔴 Et pour ceux qui n’ont pas de sèche-linge ?
C’est précisément là que l’arrêté devient polémique.
Tous les habitants du centre-ville ne disposent pas d’un jardin, d’une grande terrasse ou même de suffisamment de place pour installer facilement un étendoir à l’intérieur.
L’opposition estime donc que l’interdiction risque de toucher en priorité les personnes vivant dans les logements les plus petits ou les moins bien équipés. Le périmètre concerné comprendrait également des secteurs où certains ménages disposent de peu d’espace.
Et contrairement à ce que pourrait laisser penser la polémique, étendre son linge sur un balcon n’est pas interdit de manière générale en France.
Le site officiel Service-Public rappelle qu’un propriétaire ou un locataire peut, en principe, accrocher des objets à ses fenêtres ou à son balcon. Des restrictions peuvent toutefois exister, notamment en raison d’un règlement de copropriété ou d’autres règles applicables localement.
🔴 « Trois slips, un pantalon et un drap… »
Sur RMC, la mesure a donné lieu à un débat particulièrement animé.
La chroniqueuse Zohra Bitan a notamment contesté l’idée que quelques vêtements puissent réellement dégrader un paysage urbain, tandis que Sam Zirah a défendu le droit des habitants à utiliser leur balcon.
À l’inverse, Juliette Briens s’est rangée derrière la défense de l’esthétique du centre-ville, estimant que lorsqu’un secteur historique impose déjà de nombreuses contraintes architecturales à ses propriétaires, l’étendage du linge visible depuis la rue peut lui aussi être réglementé.
C’est au cours de cet échange qu’elle a lâché la formule qui a mis le feu au débat :
« Ça fait bidonville. »
👉 Une phrase prononcée par la chroniqueuse et non par le maire, distinction indispensable pour ne pas attribuer abusivement ces propos à Guillaume Lepers.
🔴 Tourisme contre vie quotidienne
L’affaire dépasse finalement largement une simple histoire de chaussettes et de draps.
Elle pose une question beaucoup plus délicate : jusqu’où une municipalité peut-elle aller pour préserver l’apparence de son centre-ville ?
Pour ses défenseurs, limiter le linge visible sur les façades historiques revient à protéger l’attractivité d’un secteur touristique et commercial.
Pour ses opposants, réglementer un geste aussi quotidien revient au contraire à transformer progressivement les centres historiques en décors de carte postale, au détriment de ceux qui y vivent toute l’année.
Et à Villeneuve-sur-Lot, quelques draps suspendus à une fenêtre auront finalement suffi à déclencher un débat national sur la frontière entre esthétique urbaine et liberté de vivre chez soi.
📍 FAQ
👉 Peut-on étendre son linge sur son balcon en France ?
En principe, l’utilisation d’un balcon privé est possible, mais des restrictions peuvent être prévues par un règlement de copropriété ou certaines réglementations locales. Il faut donc vérifier les règles applicables à l’immeuble et à la commune.
👉 Pourquoi Villeneuve-sur-Lot limite-t-elle le linge aux fenêtres ?
La municipalité invoque notamment la préservation de l’image, du patrimoine et de l’attractivité touristique de certains secteurs du centre-ville.
👉 Toute la ville de Villeneuve-sur-Lot est-elle concernée ?
Non. Il faut éviter d’écrire que l’interdiction concerne indistinctement toute la commune : la mesure vise certains secteurs du centre-ville.
👉 Le maire de Villeneuve-sur-Lot a-t-il déclaré « Ça fait bidonville » ?
Non. Cette phrase n’est pas une déclaration du maire Guillaume Lepers. Elle a été prononcée dans le cadre d’un débat télévisé par la chroniqueuse Juliette Briens.
🟢 Sources principales
Le Progrès et Le Dauphiné confirment l’existence de l’arrêté pris en juin et les motivations avancées par la mairie. France 3 Nouvelle-Aquitaine, repris par plusieurs sources, mentionne également le caractère patrimonial, touristique et commercial des zones concernées. Service-Public précise le cadre général concernant les objets et le linge placés sur les fenêtres et balcons.