Le RN obtient sa première vice-présidence du Sénat : qui est Christopher Szczurek et quels seront ses pouvoirs ?
Une première historique pour le Rassemblement national. Le RN obtient une vice-présidence du Sénat et désigne Christopher Szczurek pour l’occuper dans le cadre d’une rotation. Mais derrière le symbole politique, quels seront réellement ses pouvoirs ? Et pourquoi cette avancée est-elle importante pour le parti ?
C’est une première sous la Ve République. Le Rassemblement national va accéder à une vice-présidence du Sénat. Une avancée institutionnelle importante pour le parti de Marine Le Pen, obtenue après la constitution d’un nouveau groupe de 15 sénateurs avec ses alliés de l’UDR.
Mais derrière le symbole politique, que signifie concrètement cette vice-présidence ? Quels pouvoirs donnera-t-elle réellement au sénateur RN Christopher Szczurek ? Et surtout, quelles sont les limites de cette fonction ?
Une première historique pour le Rassemblement national au Sénat
Le renouvellement sénatorial du 27 septembre 2026 a profondément changé la situation du RN au Palais du Luxembourg.
Jusqu’ici, les sénateurs Rassemblement national étaient trop peu nombreux pour former leur propre groupe parlementaire. La situation a changé avec la constitution du groupe Union nationale pour les territoires, réunissant le RN et ses alliés de l’UDR.
Le groupe compte 15 sénateurs. Cette nouvelle configuration permet au RN d’être désormais représenté beaucoup plus directement dans l’organisation interne du Sénat.
Et c’est là que se produit une première : le RN entre au Bureau du Sénat et obtient l’accès à une vice-présidence.
Le Bureau constitue l’un des principaux organes de fonctionnement de la Haute Assemblée. Il compte 26 membres : le président du Sénat, huit vice-présidents, trois questeurs et quatorze secrétaires.
Pour le Rassemblement national, cette entrée est donc beaucoup plus qu’une simple ligne supplémentaire sur un organigramme.
Christopher Szczurek : qui est le sénateur choisi par le RN ?
C’est Christopher Szczurek, sénateur RN du Pas-de-Calais, qui a été désigné pour représenter son groupe dans cette vice-présidence tournante.
Né le 11 juin 1985, il est sénateur du Pas-de-Calais depuis son élection du 24 septembre 2023.
Avant son arrivée au Sénat, son parcours politique s’est essentiellement construit dans les Hauts-de-France et autour d’Hénin-Beaumont, territoire historiquement très important pour le RN.
Christopher Szczurek a notamment exercé plusieurs mandats locaux :
- conseiller municipal d’Hénin-Beaumont,
- conseiller communautaire de la communauté d’agglomération Hénin-Carvin,
- ancien adjoint au maire d’Hénin-Beaumont,
- ancien conseiller départemental du Pas-de-Calais,
- ancien conseiller régional des Hauts-de-France.
Le Sénat indique comme profession « profession intermédiaire administrative de la fonction publique ».
Élu sénateur en 2023, Christopher Szczurek faisait jusqu’à présent partie des sénateurs non-inscrits. Le 5 octobre 2026, il a officiellement rejoint le nouveau groupe Union nationale pour les territoires.
Il devient ainsi l’un des visages de l’installation progressive du RN dans une institution où le parti est longtemps resté très minoritaire.
Christopher Szczurek est-il déjà vice-président du Sénat ?
Pas exactement.
C’est la principale nuance à comprendre derrière les titres annonçant que le RN « obtient un vice-président du Sénat ».
Trois groupes se retrouvent avec 15 sénateurs : le groupe Union nationale pour les territoires, le groupe écologiste et le groupe Les Indépendants.
Une solution de vice-présidence tournante a donc été retenue entre ces trois groupes.
Pour la composante RN, Christopher Szczurek a été choisi.
Selon Public Sénat et l’AFP, il devrait effectivement exercer la vice-présidence à compter du 1er octobre 2028.
Autrement dit, dire :
« Le RN obtient sa première vice-présidence du Sénat »
est exact.
Mais dire :
« Christopher Szczurek est désormais vice-président du Sénat »
serait beaucoup moins précis si cela laisse entendre qu’il exerce immédiatement cette fonction.
À quoi sert un vice-président du Sénat ?
La fonction est loin d’être seulement honorifique.
Le Sénat compte huit vice-présidents. L’une de leurs missions les plus visibles consiste à présider les séances dans l’hémicycle lorsque le président du Sénat ne le fait pas lui-même.
Lorsqu’il occupera effectivement cette fonction, Christopher Szczurek pourra donc prendre place au fameux « plateau », face aux sénateurs.
Le président de séance :
- ouvre et clôt la séance,
- donne la parole aux sénateurs,
- organise le déroulement des débats,
- fait respecter le règlement,
- annonce les amendements et les scrutins,
- peut suspendre ou lever une séance,
- veille au maintien de l’ordre dans l’hémicycle.
Le site officiel du Sénat précise que ce sont principalement les huit vice-présidents qui président les séances ordinaires, tandis que le président du Sénat intervient notamment lors des moments institutionnels les plus importants.
C’est donc une responsabilité institutionnelle réelle.
Le vice-président peut également remplacer le président du Sénat
Le règlement va plus loin.
Les vice-présidents peuvent suppléer et représenter le président du Sénat lorsqu’il est absent.
Ils participent également au fonctionnement du Bureau et chacun peut présider une délégation interne travaillant sur des sujets comme le travail parlementaire, le numérique, le développement durable ou encore les relations avec les territoires.
La fonction offre donc à celui qui l’exerce une présence beaucoup plus importante dans les rouages internes de la Haute Assemblée.
Mais quelles sont les limites de son pouvoir ?
C’est ici qu’il faut éviter de transformer un succès institutionnel en quelque chose qu’il n’est pas.
Un vice-président du Sénat ne dirige pas le Sénat.
Il ne remplace pas politiquement le président de la Haute Assemblée et ne peut pas décider seul de l’orientation du Sénat.
Le Bureau fonctionne de manière collégiale.
Surtout, lorsqu’il préside une séance, le vice-président doit exercer son rôle de manière institutionnelle.
Il ne peut évidemment pas utiliser le fauteuil de président pour favoriser arbitrairement son groupe politique, empêcher ses adversaires de s’exprimer ou modifier à sa guise les règles parlementaires.
Le président de séance applique le règlement du Sénat.
En clair : Christopher Szczurek restera un sénateur RN, mais lorsqu’il présidera une séance, il devra agir comme président de séance du Sénat, pas comme porte-parole du RN.
Le RN ne devient pas pour autant majoritaire au Sénat
Autre élément essentiel : cette vice-présidence ne signifie absolument pas que le Rassemblement national prend le contrôle du Sénat.
Avec 15 élus dans son groupe commun avec l’UDR, il reste très loin de la majorité des 348 sénateurs.
Le rapport de force politique au Palais du Luxembourg reste donc sans commune mesure avec celui que le RN peut avoir dans d’autres institutions.
La vice-présidence lui apporte une représentation institutionnelle supplémentaire, mais pas un pouvoir de décision lui permettant d’imposer seul des textes ou de contrôler le fonctionnement de la Haute Assemblée.
Pourquoi cette vice-présidence constitue malgré tout une victoire importante pour le RN
Pour le Rassemblement national, le bénéfice est d’abord symbolique.
Pendant très longtemps, le parti a été pratiquement absent du Sénat, notamment en raison du mode d’élection sénatorial, reposant principalement sur les grands électeurs issus des collectivités locales.
La progression du RN au Sénat signifie donc quelque chose de plus profond : son implantation locale s’élargit.
Pour envoyer davantage de sénateurs au Palais du Luxembourg, un parti a besoin d’élus locaux, de conseillers municipaux, départementaux et régionaux capables de constituer progressivement un réseau territorial.
C’est probablement l’élément politique le plus important de cette séquence.
Premier avantage : une normalisation institutionnelle supplémentaire
Avoir un représentant susceptible de présider une séance du Sénat donne au RN une image différente de celle d’un parti situé uniquement dans l’opposition.
Voir un sénateur RN installé au fauteuil présidentiel, dirigeant les débats entre sénateurs de droite, de gauche et du centre, aura nécessairement une forte portée symbolique.
Pour le parti, c’est une nouvelle étape dans sa stratégie de normalisation et d’installation durable dans les institutions.
Cela ne signifie évidemment pas que ses adversaires politiques adhèrent à ses idées.
Mais institutionnellement, le RN devient davantage intégré au fonctionnement ordinaire de la Haute Assemblée.
Deuxième avantage : davantage de visibilité
Le poste offre également une visibilité considérable.
Les séances du Sénat sont retransmises et certaines font l’objet d’une forte couverture médiatique.
Présider une séance place mécaniquement un élu dans une position institutionnelle très visible.
Pour Christopher Szczurek, relativement peu connu du grand public jusqu’à présent, l’exercice de cette fonction pourrait donc accroître fortement sa notoriété nationale.
Troisième avantage : le RN dispose désormais de son propre groupe au Sénat
C’est probablement encore plus important que la vice-présidence elle-même.
La création d’un véritable groupe parlementaire change très concrètement les conditions de travail des sénateurs RN.
Un groupe politique dispose de droits parlementaires, d’une représentation dans différentes instances et d’une capacité beaucoup plus importante à intervenir dans l’organisation des travaux de la chambre.
Le règlement du Sénat prévoit notamment une représentation proportionnelle des groupes dans plusieurs organes internes.
Autrement dit, le passage de quelques sénateurs isolés à un groupe structuré change réellement le poids parlementaire du RN.
Un symbole supplémentaire en vue de 2027 ?
Il est difficile de séparer cette évolution de la stratégie nationale du Rassemblement national.
Pour un parti qui revendique sa capacité à gouverner la France, gagner du terrain dans une institution aussi ancienne et structurante que le Sénat constitue un argument politique.
L’enjeu est notamment de montrer que le RN ne dispose plus seulement d’un électorat important lors des élections nationales, mais qu’il commence également à construire un réseau d’élus locaux et parlementaires capable de s’inscrire durablement dans les institutions.
Pour autant, il serait excessif de présenter cette vice-présidence comme un basculement politique du Sénat en faveur du RN.
Ce n’est pas le cas.
C’est en revanche une nouvelle étape dans son implantation institutionnelle.
Ce qu’il faut retenir
Le Rassemblement national franchit bien un cap historique au Sénat.
Pour la première fois sous la Ve République, le parti obtient l’accès à une vice-présidence de la Haute Assemblée, qui sera exercée dans le cadre d’une rotation avec d’autres groupes.
Le sénateur choisi est Christopher Szczurek, élu RN du Pas-de-Calais depuis 2023.
Lorsqu’il prendra effectivement la fonction, à partir du 1er octobre 2028 selon le dispositif annoncé, il pourra notamment présider des séances du Sénat, faire respecter le règlement et représenter ponctuellement le président de la Haute Assemblée.
Mais il ne disposera évidemment pas d’un pouvoir personnel lui permettant de diriger politiquement le Sénat.
Pour le RN, l’enjeu est ailleurs : être désormais représenté jusque dans les instances dirigeantes du Palais du Luxembourg constitue une avancée symbolique, parlementaire et stratégique importante.
Après avoir longtemps occupé une place marginale au Sénat, le parti franchit ainsi une nouvelle étape dans son implantation dans les institutions françaises.
SOURCES :
Public Sénat détaille l’accord concernant la vice-présidence tournante entre les trois groupes de 15 sénateurs et la désignation de Christopher Szczurek. Public Sénat
RTL/AFP confirme l’entrée inédite du RN au Bureau du Sénat et indique que Christopher Szczurek pourra exercer la vice-présidence à compter du 1er octobre 2028.