« Burn lines » : C’est quoi cette tendance TikTok dangereuse et à ne surtout pas suivre ?
Léa s’interroge : « Comment peut-on laisser une application dicter nos gestes au point de chercher délibérément à se brûler la peau pour une mode éphémère ? »
Burn lines : quand les coups de soleil deviennent viraux, au détriment de la santé des jeunes
Le soleil est à son zénith, l’air brûlant danse au-dessus des dalles d’un jardin en périphérie d’Adélaïde, en Australie. Une adolescente, smartphone calé entre deux chaises de jardin, déclenche l’enregistrement. Elle retire son haut, applique une crème solaire uniquement sur certaines parties de son dos, puis s’allonge, impassible. Objectif : Provoquer un coup de soleil précis et délimité. Résultat attendu : Des burn lines, ou marques de brûlure volontaire, à exhiber fièrement sur TikTok.
Depuis quelques mois, cette tendance affolante se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Elle consiste à exposer certaines parties de son corps au soleil, sans aucune protection solaire, dans le seul but d’y obtenir des contrastes de pigmentation — autrement dit, des coups de soleil esthétiques.
Un jeu de mode… aux conséquences irréversibles
Tout a commencé par de simples vidéos de bronzage, souvent accompagnées de musiques populaires ou de filtres lumineux. Mais la compétition virale a rapidement dégénéré. Désormais, certains utilisateurs de TikTok se filment en train de se brûler volontairement la peau pour créer des formes, des motifs, parfois même des messages, dans leur épiderme. Une pratique non seulement absurde, mais aussi extrêmement dangereuse, dénoncent les professionnels de santé.
Le Cancer Council Australia, par la voix de son PDG Mark Nevin, alerte : « Il n’existe pas de bronzage sûr. Ce que les adolescents considèrent comme esthétique est en réalité une destruction cellulaire. »
La Fondation des Brûlés, en Belgique, a quant à elle publié un communiqué sans détour : « Ces brûlures cutanées volontaires sont des blessures, pas des œuvres d’art. »
Une exposition extrême aux UV, souvent à des niveaux critiques
Ce qui alarme le plus les experts, ce sont les circonstances dans lesquelles ces vidéos sont tournées. De nombreux jeunes cherchent à s’exposer à des indices UV très élevés, souvent compris entre 7 et 11, voire plus, ce qui correspond à une exposition extrême. Le phénomène a notamment été observé en Australie, où les niveaux UV peuvent dépasser ceux observés en Europe.
L’ironie tragique de cette mode réside dans son ignorance de la biologie humaine : Le bronzage n’est pas un signe de bonne santé, mais une réaction de défense de la peau, qui produit de la mélanine pour se protéger des rayons ultraviolets. Un coup de soleil, quant à lui, est une brûlure du premier ou du second degré. À force de répétition, ces blessures augmentent drastiquement le risque de cancers cutanés, en particulier le mélanome malin, le plus agressif de tous.
TikTok, influenceur de comportements à haut risque
La plateforme TikTok, prisée des 13-25 ans, est au cœur du phénomène. Avec des algorithmes qui valorisent les contenus viraux, sensationnels et visuellement marquants, les vidéos de burn lines sont boostées, commentées, repartagées… jusqu’à devenir un challenge tacite entre adolescents.
« J’ai eu 20 000 vues en 48h », confie une adolescente sur un forum anglophone.
« Ma peau a cloqué pendant trois jours, mais ça valait le coup pour le buzz », ajoute-t-elle.
Ces propos glaçants traduisent une perte totale de conscience des dangers, dans une quête de validation sociale numérique.
Une mode qui arrive en France… avec ses premiers drames
Si le phénomène a été initialement repéré dans les pays anglo-saxons, notamment en Australie, aux États-Unis et au Royaume-Uni, les premiers cas commencent à émerger en France, alerte le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues. Plusieurs consultations hospitalières en dermatologie ont vu arriver des adolescents présentant des brûlures sévères consécutives à une exposition volontaire sans protection.
Les médecins rappellent que la peau possède une mémoire, et que chaque coup de soleil est une agression qui s’additionne aux précédentes. À long terme, cela peut entraîner non seulement des cancers, mais aussi un vieillissement cutané prématuré, des troubles pigmentaires et des douleurs chroniques.
Que faire face à cette dérive ?
Les experts appellent à un encadrement plus strict des contenus TikTok, et à des campagnes de prévention ciblées vers les plus jeunes. Certains proposent que les vidéos incitant à des pratiques dangereuses soient automatiquement supprimées, au même titre que les contenus violents ou sexuels.
Mais la solution passe aussi par les parents, les écoles, et une éducation numérique et sanitaire renforcée. Apprendre aux jeunes à aimer leur corps sans le mutiler. À ne pas sacrifier leur santé pour quelques likes.
Une marque virale, une cicatrice invisible
Les burn lines ne sont pas un phénomène esthétique, mais un symptôme inquiétant d’une jeunesse qui confond viralité et réalité. Une peau brûlée ne se répare jamais vraiment. Et les réseaux sociaux ne viendront pas la soigner.
Le soleil, jadis source de vie, devient ici un instrument d’autodestruction. Une absurdité qui appelle à la vigilance, à la raison… et surtout à l’amour de soi.
