ARNAQUE

Faux entretiens d’embauche : L’arnaque qui piège de plus en plus de candidats

Quand décrocher un entretien devient un risque : de fausses offres séduisent, puis réclament des documents personnels sensibles — et la vigilance devient la meilleure arme.

« Je me sens franchement bête. À notre âge, on pense savoir repérer les arnaques. On nous répète sans cesse de faire attention, de ne pas cliquer sur n’importe quel lien… et pourtant. »

Lorsque Perrine revient sur ce qu’elle a vécu via la plateforme Indeed, l’amertume est palpable. Diplômée d’un master, la jeune femme cherche un emploi depuis près d’un an et demi dans des secteurs saturés comme la communication et l’alternance. C’est précisément ce contexte qui a fait d’elle une cible idéale.

L’arnaque est parfaitement huilée. Une offre d’emploi crédible, publiée sur un site connu. Quelques clics suffisent pour postuler. En retour, une adresse mail apparemment professionnelle répond. Le ton est rassurant, le rendez-vous pour un entretien est fixé rapidement. Puis vient la demande fatale : Constituer un « dossier administratif » avant l’échange. IBAN, copie de la carte d’identité, attestation d’hébergement. Perrine transmet tout, soulagée à l’idée de décrocher enfin un entretien.

Une erreur lourde de conséquences.

« De manière générale, un candidat n’a absolument pas à transmettre de données personnelles pour un simple entretien d’embauche », alerte Tessa Michellon, responsable des ressources humaines. « Une pièce d’identité peut éventuellement être demandée à l’entrée d’un bâtiment, à l’accueil, mais jamais en amont par mail. »

Seule exception : certains sites ultra-sensibles, comme CEA, ou des établissements soumis à des protocoles de sécurité renforcés. Mais dans l’immense majorité des cas, ces documents ne sont exigés qu’après une promesse d’embauche ou la signature d’un contrat.

« J’ai immédiatement regretté »

Ce qui a convaincu Perrine ? Le réalisme du scénario. L’adresse mail avait été subtilement modifiée pour ressembler à celle de l’entreprise ciblée. Le logo figurant dans la signature n’était pas tout à fait identique à celui du site officiel, mais suffisamment proche pour ne pas alerter immédiatement. « Je me suis dit que ça arrivait que les signatures ne soient pas à jour », explique-t-elle. Un doute léger, jamais assez fort pour interrompre le processus.

Une fois les documents envoyés, le regret est immédiat. Perrine décide alors de vérifier. Par prudence, elle demande à sa mère d’appeler l’entreprise à sa place, de peur de « se griller ». La réponse tombe sans détour : le cabinet d’architectes concerné ne recrute personne et découvre avec stupeur que son identité et celle de son entreprise ont été usurpées.

Les risques sont multiples et souvent invisibles au départ. « On ne peut jamais savoir à l’avance ce que les escrocs vont faire des documents », explique Maître Eck, avocate spécialisée dans l’usurpation d’identité. « Cela peut aller de l’achat d’un véhicule à votre nom, à la création d’une auto-entreprise, en passant par l’utilisation de votre pièce d’identité pour des infractions dans les transports. » Dans les cas les plus graves, des crédits peuvent être contractés ou des lignes téléphoniques ouvertes sans jamais être réglées.

entretien d’embauche en visioconférence entre deux femmes via un ordinateur portable.
Arnaque à l’emploi

La vigilance comme seule protection

Face à la multiplication de ces arnaques à l’emploi, les spécialistes sont unanimes : la méfiance reste la meilleure défense. « Il n’y a aucune raison qu’on vous demande ce type de documents dès les premières étapes d’un recrutement », insiste Maître Eck. Elle recommande également une mesure simple mais efficace : apposer un filigrane précis sur chaque document transmis, mentionnant l’objet exact de l’envoi.

Certes, certains fraudeurs savent retirer les filigranes. Mais dans la pratique, ils opèrent à grande échelle et privilégient les documents immédiatement exploitables. « Le filigrane reste un frein réel et une protection supplémentaire », souligne l’avocate.

Échaudée par cette expérience, Perrine applique désormais cette règle systématiquement, aussi bien pour un emploi que pour une recherche de logement. Une précaution que partage Tessa Michellon, qui observe une explosion de ces fraudes. « Les signaux d’alerte sont récurrents : télétravail trop alléchant, absence de diplôme exigé, demandes de documents immédiates, recruteurs basés à l’étranger ou messages envoyés à des horaires atypiques. Tout cela doit éveiller les soupçons. »

Si les documents ont déjà été transmis, la réaction doit être rapide. Surveillance des mouvements bancaires, vigilance face aux appels de faux conseillers disposant de données exactes, dépôt d’une main courante et renouvellement de la pièce d’identité. « Cela n’empêche pas l’usage de l’ancienne, mais cela constitue une preuve indispensable en cas de litige », conclut Maître Eck.

Dans un marché de l’emploi sous tension, l’urgence de trouver un poste ne doit jamais faire baisser la garde. Aujourd’hui, même un entretien peut être un piège.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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