SOCIETE

Jeunes à la rue en hiver : Une situation devenue insoutenable

À douze ans, il ne rêve pas de jouets ni de vacances. Il rêve simplement d’un lit et de chaleur.

Il a douze ans.

À cet âge-là, certains pensent à leurs devoirs, à leurs copains, à leur prochain anniversaire.

Lui pense d’abord au froid.

Chaque matin, il se réveille avant le jour. Pas parce qu’il a sommeil, mais parce que ses doigts sont engourdis. La nuit a été longue, hachée par les bruits de la rue, les sirènes, les pas pressés, les portes qui claquent. Il a dormi recroquevillé contre un mur, sous un porche, dans un coin qu’il connaît maintenant par cœur. Un carton pour isoler le sol, une couverture trop fine pour l’hiver. Le froid a gagné, comme toujours.

Il se lève en silence. Il a appris à ne pas faire de bruit. À se faire petit. À disparaître. Son ventre est vide, mais il n’y pense presque plus. La faim est devenue une sensation familière, moins brutale que le froid. Il remet son manteau, trop grand et trop usé, qui sent l’humidité. Ses chaussures sont mouillées. Elles le seront toute la journée.

La rue se réveille autour de lui. Les adultes passent sans le regarder. Certains le voient. D’autres préfèrent détourner les yeux. Il baisse la tête. Il a compris que demander dérange. Alors il attend. Parfois une main se tend. Parfois non. Chaque pièce est une victoire silencieuse.

Enfant allongé sur le sol contre un mur, recroquevillé, tenant une peluche, vêtu de vêtements usés, dans un environnement urbain froid.
La France face à ses enfants sans-abri

À midi, il s’assoit sur un banc gelé. Il observe les autres enfants sortir de l’école. Leurs cartables colorés, leurs rires, leurs plaintes pour des devoirs trop longs. Il les regarde comme on regarde un autre monde. Il ne va plus à l’école. Pas parce qu’il ne veut pas. Parce que dormir dehors fatigue. Parce qu’on a honte. Parce qu’on sent qu’on n’a plus sa place.

L’après-midi s’étire lentement. Il marche pour se réchauffer. Tourne en rond. Connaît chaque rue, chaque recoin à l’abri du vent. Il pense à sa mère. À avant. À un lit. À une chambre. À une porte qui se ferme. Les souvenirs font plus mal que le froid.

Quand la nuit tombe, l’angoisse revient. La rue change de visage. Les regards deviennent plus durs. Les voix plus fortes. Il sait où se placer pour être en sécurité. Enfin, le plus possible. Il s’allonge tôt, parce que la nuit est longue quand on a froid. Il serre les dents. Il serre les poings. Il se promet de tenir jusqu’au matin.

  • Il a douze ans.
  • Et il dort dehors.
  • En plein hiver.
  • En France.

Ce n’est pas une histoire isolée. Ce n’est pas un cas rare. C’est une réalité invisible, quotidienne, insupportable. Un enfant ne devrait jamais apprendre à survivre dans la rue. Un enfant ne devrait jamais choisir un porche plutôt qu’un lit. Un enfant ne devrait jamais avoir froid la nuit.

Dormir dehors à douze ans n’est pas une fatalité. C’est un échec collectif.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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