Isère : Le coq Ricco et ses propriétaires poursuivis en justice – Quand le chant du coq devient un calvaire
Sophie, une nouvelle habitante du quartier de Boussieu, raconte : « Peut-on vraiment parler de campagne lorsqu’on est entouré de routes nationales et d’autoroutes ? Doit-on tolérer le chant du coq dès l’aube si l’on vit à proximité d’une ville ? Le coq Ricco, dont les chants me réveillent chaque matin, est-il une nuisance sonore ou un symbole de la ruralité ? »
Le chant du coq a longtemps été perçu comme un symbole de la vie à la campagne. Symbole de la ruralité, il évoque un mode de vie paisible et en harmonie avec la nature. Cependant, pour certains, il représente une véritable nuisance. C’est le cas de Ricco, un coq vivant à Boussieu, un quartier périphérique de Bourgoin-Jallieu en Isère, dont les chants réguliers ont conduit ses propriétaires devant la justice. Une voisine, installée récemment dans le quartier, affirme subir un « calvaire » en raison des chants de Ricco et souhaite obtenir le silence. En toile de fond, une question fondamentale : Où se situe la limite entre campagne et périphérie urbaine ? Et peut-on demander le silence à un coq qui chante au nom du « patrimoine sensoriel » de la France rurale ?
L’origine du conflit : Une voisine incommodée
Depuis deux ans, Sophie, qui a rejoint le quartier de Boussieu en 2021, affirme être incapable de profiter de son jardin à cause des chants matinaux du coq Ricco. Pour cette citadine devenue riveraine, ce bruit constant s’apparente à une nuisance. Elle raconte son expérience : « Au début, je me disais que je m’habituerais, que c’était charmant, presque typique de la campagne… mais au fil des mois, ce chant est devenu un véritable cauchemar ».
De leur côté, les propriétaires de Ricco défendent leur coq et leur mode de vie. Ils rappellent que le poulailler était déjà installé bien avant l’arrivée de Sophie dans le quartier. Pour eux, ce n’est pas tant une question de bruit que de préservation d’un mode de vie rural qu’ils chérissent depuis longtemps.
La médiation en Mairie : Un échec révélateur
Avant de porter l’affaire en justice, une tentative de médiation avait été organisée à la Mairie de Bourgoin-Jallieu. Pourtant, aucun compromis n’a pu être trouvé. La voisine est restée sur ses positions, tandis que les propriétaires de Ricco ont refusé de déplacer leur poulailler ou de restreindre les chants de leur coq.
Les responsables municipaux, qui connaissent bien les enjeux de la zone périurbaine de Boussieu, se sont retrouvés dans une impasse. Ce quartier, situé entre une autoroute et une nationale, connaît un développement rapide. La présence de la forêt et des espaces verts à proximité ajoute à l’ambiguïté du lieu : Campagne ou ville ?
La justice et le « patrimoine sensoriel » des campagnes françaises
La France a adopté en 2021 une loi pour protéger le « patrimoine sensoriel » des campagnes, comprenant les bruits et les odeurs typiques de la vie rurale. Le chant du coq, le bruit des cloches d’église ou les effluves de fumier en font partie. Ce texte vise à préserver l’identité rurale face aux demandes croissantes de citadins installés en périphérie ou dans de petits villages.
Dans le cas de Ricco, une question cruciale se pose : Le quartier de Boussieu relève-t-il de la campagne ou de la ville ? En effet, la qualification juridique de l’endroit est essentielle. Si le tribunal reconnaît Boussieu comme un quartier urbain, alors les propriétaires de Ricco pourraient être contraints de se conformer à des règles de voisinage plus strictes.
Les enjeux pour Ricco et ses propriétaires
Le jugement, prévu pour le 14 janvier 2025, déterminera le sort du coq. Les propriétaires espèrent convaincre le tribunal de maintenir le droit de Ricco à chanter librement. En parallèle, une vague de soutien populaire s’organise sur les réseaux sociaux. Une page Facebook dédiée au soutien de Ricco a vu le jour, rassemblant les internautes autour de la défense des symboles de la ruralité française. Des centaines de messages affluent chaque jour, allant de simples mots de soutien aux invitations à manifester le jour du procès. Certains voisins, plus conciliants, prennent la défense de Ricco, affirmant que le coq fait partie intégrante de l’identité du quartier.
Un débat qui divise : Où s’arrête la campagne, où commence la ville ?
La question qui se pose est d’une portée bien plus large. En France, de nombreux villages et hameaux voient affluer de nouveaux habitants issus des villes, attirés par un cadre plus verdoyant, mais pas toujours préparés aux bruits et aux odeurs de la vie à la campagne. La plainte de Sophie pourrait donc faire jurisprudence et susciter un débat sur les droits et les devoirs de ceux qui choisissent de s’installer en zone rurale.
Les géographes et urbanistes rappellent que l’urbanisation rapide a transformé certains paysages autrefois ruraux. À Boussieu, les récentes constructions et l’extension du réseau routier ont rapproché ce quartier des zones urbanisées environnantes. Pourtant, pour les habitants de longue date, Boussieu reste une « campagne » où l’on doit pouvoir entendre le chant d’un coq.
Le coq Ricco, une affaire de symbole
Au-delà de la querelle de voisinage, le cas de Ricco soulève une question plus large : Comment préserver l’identité rurale tout en s’adaptant aux nouvelles attentes des habitants ? À une époque où la campagne se redéfinit face aux défis de l’urbanisation, le coq Ricco est devenu, malgré lui, le porte-parole d’un mode de vie en danger. Ce jugement pourrait bien faire jurisprudence, définissant jusqu’où les « droits » de la campagne peuvent s’étendre face aux exigences de ceux qui la rejoignent.
D’un côté, Sophie, qui rêve de tranquillité dans un cadre verdoyant. De l’autre, les propriétaires de Ricco, pour qui le chant du coq est le reflet de la vie qu’ils ont choisie. Le 14 janvier prochain, la justice tranchera : Ricco, symbole de la ruralité, pourra-t-il continuer à chanter ?
