CHOC

Diffamation : Un croque-mort maintient ses accusations

Que faire quand le respect dû aux morts est piétiné dans l’indifférence générale, et que ceux qui dénoncent l’ignominie se retrouvent poursuivis en justice ?

Jonathan Lancien, le croque-mort qui a osé briser l’omerta

Le silence de la mort est un domaine qu’on apprend à respecter. Dans les salons feutrés des pompes funèbres, dans les laboratoires de préparation des corps, dans les chambres froides des funérariums, la dignité est censée être la norme, une règle d’or tacite. Mais pour Jonathan Lancien, ancien croque-mort aujourd’hui poursuivi pour diffamation, ce silence a un jour été brisé… non pas par la vie, mais par l’ignominie.

Tout a commencé par un témoignage glaçant, publié dans la presse : Celui d’un homme qui racontait les actes honteux de ses collègues. Des gestes qui relèvent plus de la barbarie que de la profession funéraire. Des rires. Des jeux. Et ce geste impensable : Des collègues sautant à pieds joints sur les jambes de cadavres pour les faire rentrer dans des cercueils trop petits.

Une scène insoutenable. Et pourtant, racontée avec précision par cet ancien employé des Pompes funèbres intercommunales de la région de Tours, dans une interview accordée au Parisien. Son témoignage, loin de susciter une vague d’indignation collective, lui a valu… d’être assigné en justice. Car ses anciens employeurs, visés de plein fouet, n’ont pas apprécié cette publicité macabre. Ils lui intentent un procès pour diffamation.

Une parole courageuse… et immédiatement contestée

Dans un article publié en mars 2023, Jonathan, alors reconverti, racontait les dessous d’un métier qu’il avait quitté avec dégoût. Il parlait d’un monde où l’humour noir avait remplacé le respect, où des pratiques inhumaines étaient devenues monnaie courante. Il osait évoquer un système toxique, une culture du silence, un climat de peur.

Mais les accusations ont dérangé. Et très vite, les Pompes funèbres intercommunales de Touraine ont porté plainte. Leur avocat a demandé réparation : “Ces propos portent gravement atteinte à la réputation de notre établissement et de nos salariés”.

Résultat : Jonathan Lancien s’est retrouvé convoqué devant le tribunal correctionnel de Paris, ce jeudi 11 juillet 2025, pour répondre de ses propos.

Au tribunal : Entre gravité et tension

Devant les juges, Jonathan, droit dans ses bottes, maintient ses déclarations. Il affirme avoir été témoin de scènes insoutenables. Il raconte les cris, les rires nerveux, les corps manipulés avec une désinvolture obscène.

Face à lui, la partie civile dénonce une “reconstruction mensongère”, une “histoire montée de toutes pièces pour se faire mousser”. Pourtant, dans la salle d’audience, le silence pèse lourd, car le doute s’installe. Si ces faits sont avérés, c’est une tache indélébile pour toute une profession. Mais si tout cela est faux… c’est un homme qui s’acharne à salir d’anciens collègues.

Jonathan, lui, assume. Il dit ne pas vouloir se taire. Et même s’il est poursuivi, il considère ce procès comme un combat pour la vérité et pour les morts qu’on n’a pas respectés.

Un procès qui dépasse le cadre de la diffamation

Ce procès, d’apparence banale, pose en réalité une question sociétale profonde : Comment garantir la dignité des morts dans des structures parfois gangrenées par des comportements inacceptables ? Les employés des pompes funèbres travaillent dans l’ombre, dans un silence que personne ne questionne. Et c’est précisément là que naissent les abus, parfois.

L’issue judiciaire reste incertaine, mais une chose est sûre : Le témoignage de Jonathan Lancien, qu’il soit exact ou exagéré, aura soulevé un sujet tabou.

Une onde de choc dans le monde funéraire

Depuis la parution de ses déclarations, de nombreux professionnels du secteur ont pris la parole – certains pour soutenir Jonathan, d’autres pour le critiquer violemment. Certains anciens employés anonymes ont confirmé avoir vu des gestes déplacés, des attitudes inappropriées. D’autres jurent n’avoir jamais rien vu de tel. La vérité semble enfouie sous des couches d’omerta et de peur.

Et au-delà du procès, c’est toute une profession qui vacille. Car si les accusations de Jonathan s’avèrent fondées, elles ouvriront la porte à d’autres dénonciations, à d’autres affaires.

En attendant le verdict…

Le verdict n’a pas encore été rendu. Mais dans les couloirs du tribunal, une phrase de Jonathan résonne encore :

“Je ne me tairai pas. Même s’il faut que je paie le prix fort. Je parle pour les morts, parce qu’eux ne peuvent plus se défendre.”

Ce procès ne dira peut-être pas toute la vérité. Mais il aura mis en lumière l’envers d’un métier que l’on pensait protégé du scandale. Et donné une voix, enfin, à ceux qui osent regarder la mort dans les yeux… sans jamais en rire.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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