ARNAQUE

Pourquoi 80 % du Savon de Marseille n’est pas de Marseille

Entre traditions séculaires et contrefaçons massives, l’authentique savon de Marseille se débat contre une concurrence globale qui brouille son identité.

Le savon de Marseille, cube de tradition et de savoir-faire, évoque une histoire vieille de plusieurs siècles. Pourtant, ce symbole artisanal est aujourd’hui au cœur d’une lutte étrange : La bataille pour préserver son authenticité face à une concurrence mondiale qui brouille son identité.

Autrefois produit par des dizaines de savonneries autour de Marseille, ce savon fabriqué par saponification d’huiles végétales selon un procédé ancien est aujourd’hui rare dans sa forme véritable. Malgré son nom mythique, l’appellation “savon de Marseille” n’est pas protégée juridiquement, ce qui permet à des fabricants du monde entier de commercialiser des produits sous cette dénomination sans respecter les critères traditionnels.

Les artisans qui perpétuent la fabrication traditionnelle, souvent en petits chaudrons selon des méthodes transmises de génération en génération, affirment que près de 80 % des savons vendus sous le nom de “Marseille” ne sont pas fabriqués à Marseille et n’utilisent pas la recette originelle.

Dans les marchés internationaux, des produits estampillés “savon de Marseille” sont fabriqués en Turquie, au Maroc ou ailleurs, parfois avec des graisses animales ou des additifs qui s’éloignent radicalement de la tradition provençale.

Face à cette situation, les maîtres savonniers français s’organisent pour défendre leur savoir-faire. L’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPSM) tente d’instaurer des critères clairs pour distinguer les produits authentiques, tout en sensibilisant les consommateurs aux différences entre tradition et imitation.

Mais cette défense du patrimoine s’inscrit aussi dans un combat économique. Produire du savon selon les méthodes ancestrales en France coûte plus cher que de fabriquer des imitations en grande quantité ailleurs. De nombreux acheteurs choisissent aujourd’hui les produits les moins coûteux, ignorant souvent l’origine réelle de ce qu’ils achètent.

La quête d’une reconnaissance officielle, comme une Indication Géographique Protégée (IGP), se heurte à des obstacles politiques et économiques. Pourtant, pour les artisans, il s’agit de bien plus qu’un label : C’est la préservation d’un héritage artisanal unique qui pourrait disparaître si les traditions ne sont pas protégées.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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