FINANCE

Après plusieurs crédits, ce retraité n’a plus les moyens de se faire soigner et attaque sa banque en justice

À 75 ans, il affirme être victime d’un engrenage financier qui l’empêche aujourd’hui de financer une opération pourtant nécessaire. Estimant que sa banque aurait dû refuser de lui accorder certains prêts, il a décidé de saisir la justice.

« Je n’ai plus les moyens de me soigner »

À 75 ans, Benasahene Mezzoughi vit aujourd’hui une situation qu’il n’aurait jamais imaginée connaître après une vie entière de travail. Cet ancien salarié du secteur du bâtiment et de la logistique affirme être tombé dans une spirale de surendettement qui l’empêche désormais de financer certains soins médicaux essentiels. Convaincu que sa banque porte une part de responsabilité dans cette situation, il a décidé de déposer plainte contre son établissement bancaire.

L’affaire relance une question sensible : jusqu’où une banque doit-elle vérifier la capacité d’endettement de ses clients avant de leur accorder un crédit ?

Selon son témoignage, le retraité perçoit chaque mois environ 1 800 euros de pension de retraite auxquels s’ajoute une rente d’accident du travail de plus de 200 euros. Des revenus qui pourraient sembler suffisants au premier regard, mais qui se révèlent aujourd’hui largement absorbés par le remboursement de plusieurs emprunts contractés ces dernières années.

Une opération devenue impossible à financer

Les conséquences de cette situation financière sont lourdes. Benasahene Mezzoughi explique notamment qu’il ne dispose plus des ressources nécessaires pour régler certains frais médicaux. Une intervention chirurgicale de l’épaule, pourtant recommandée pour améliorer sa qualité de vie, reste aujourd’hui inaccessible en raison des dépassements d’honoraires qui dépasseraient les 2 000 euros.

Pour ce retraité, le choix est devenu cruel : rembourser ses dettes ou préserver sa santé.

Cette réalité illustre les difficultés rencontrées par de nombreux Français confrontés au surendettement. Derrière les chiffres se cachent souvent des situations humaines dramatiques où les dépenses de santé deviennent une variable d’ajustement faute de moyens financiers suffisants.

Deux crédits accordés en quelques années

Au cœur du litige figurent deux crédits à la consommation accordés par sa banque à quelques années d’intervalle. L’homme estime aujourd’hui que son établissement bancaire n’a pas suffisamment tenu compte de sa situation financière réelle avant de valider ces emprunts.

Il considère que la banque aurait dû mesurer plus précisément sa capacité de remboursement et anticiper les risques d’une dégradation future de sa situation budgétaire.

C’est sur ce point précis que repose désormais sa plainte.

Les banques ont-elles une responsabilité ?

En France, les établissements de crédit sont soumis à des obligations légales lorsqu’ils accordent un prêt. Ils doivent notamment vérifier un certain nombre d’informations concernant les revenus, les charges et la solvabilité de l’emprunteur.

Toutefois, la frontière entre la responsabilité du prêteur et celle de l’emprunteur reste souvent complexe à déterminer.

Les tribunaux examinent généralement plusieurs critères :

  • Les revenus du client au moment de la souscription
  • Son taux d’endettement
  • L’existence éventuelle d’autres crédits
  • Les justificatifs fournis
  • Les contrôles réellement effectués par la banque.

Si un manquement est démontré, la responsabilité de l’établissement financier peut être engagée dans certaines circonstances.

Le surendettement repart à la hausse en France

Cette affaire intervient alors que les dossiers de surendettement connaissent une augmentation préoccupante.

Les commissions de surendettement enregistrent depuis plusieurs mois une progression du nombre de dossiers déposés. Inflation, hausse du coût de la vie, augmentation des dépenses contraintes et multiplication des crédits à la consommation fragilisent de nombreux ménages.

Les retraités ne sont pas épargnés. Avec des revenus souvent fixes et des dépenses de santé en hausse, certains se retrouvent particulièrement vulnérables face à l’accumulation des dettes.

Une affaire qui pourrait faire jurisprudence

La justice devra désormais déterminer si la situation financière du retraité résulte uniquement de ses choix personnels ou si la banque a effectivement manqué à son devoir de vigilance lors de l’octroi des crédits.

Quelle que soit l’issue de la procédure, cette affaire met en lumière une réalité de plus en plus fréquente en France : celle de personnes âgées qui, malgré une retraite parfois correcte, se retrouvent piégées par des remboursements devenus trop lourds et contraintes de renoncer à certains soins médicaux.

Pour Benasahene Mezzoughi, l’enjeu dépasse désormais la simple question financière. Il espère que la justice reconnaîtra les difficultés qu’il traverse et permettra de faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles ces crédits lui ont été accordés.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Qui sommes-nousCharte éditorialeMentions légalesPartenariats & PublicitéContact
© MyJournal.fr — Média indépendant fondé et dirigé par Yann GOURIOU.
Rédacteur en chef : Yann GOURIOU — Tous droits réservés.