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Vin au restaurant : connaissez-vous le « rempotage », cette fraude difficile à repérer ?

Vous commandez une bonne bouteille de vin au restaurant. L’étiquette correspond, le prix aussi… mais êtes-vous certain que le contenu de la bouteille est bien celui annoncé ? Derrière le terme méconnu de « rempotage » se cache une pratique frauduleuse particulièrement difficile à repérer pour le consommateur.

👉 Commander une bouteille de vin au restaurant repose en grande partie sur la confiance.

Vous choisissez un Bordeaux, un Bourgogne, un Chablis ou un autre vin sur la carte. Quelques minutes plus tard, le serveur apporte la bouteille, vous montre éventuellement l’étiquette, vous fait goûter le vin et remplit les verres.

Tout paraît parfaitement normal.

🔴 Pourtant, une fraude peut consister à faire passer un vin pour un autre afin de vendre au client un produit moins cher sous l’identité d’un vin plus coûteux.

👉 Une pratique parfois désignée sous le nom de « rempotage ».

🍷 Qu’est-ce que le rempotage du vin ?

Dans le vocabulaire employé autour de la restauration, le terme « rempotage » peut recouvrir plusieurs pratiques.

Le principe général reste le même : le consommateur croit boire le vin qu’il a commandé alors qu’un autre produit lui est servi.

🔴 Cela peut notamment consister à utiliser une bouteille correspondant au vin annoncé et à la remplir avec un vin différent et moins coûteux.

Le client voit alors une bouteille et une étiquette parfaitement crédibles. À moins de très bien connaître le vin commandé, la différence peut être difficile à détecter.

Le terme peut également être employé pour évoquer la récupération ou le regroupement de restes de bouteilles.

Dans tous les cas, il faut distinguer le terme utilisé dans le langage courant de la qualification juridique : ce n’est pas le mot « rempotage » qui détermine l’infraction, mais la tromperie effectivement commise.

💰 Pourquoi cette fraude peut-elle être particulièrement rentable ?

Le calcul est assez évident.

Un établissement peut acheter certains vins ordinaires quelques euros la bouteille tandis qu’une référence plus prestigieuse peut être facturée plusieurs dizaines d’euros au restaurant.

Si un vin bon marché est présenté volontairement comme un cru beaucoup plus cher, la différence de marge peut devenir considérable.

Imaginez par exemple qu’un client commande une bouteille affichée à 50 euros.

La bouteille présentée correspond bien à celle choisie sur la carte, mais son contenu a été remplacé par un vin beaucoup moins cher.

Le consommateur ne paie alors pas simplement une marge importante : il paie pour un produit qu’il n’a pas reçu.

⚠️ Est-ce vraiment une pratique courante dans les restaurants ?

C’est ici qu’il faut être prudent.

Des articles et témoignages évoquent régulièrement le rempotage dans certains bars ou restaurants. Mais il n’existe pas, à notre connaissance, de statistique officielle permettant d’affirmer qu’une proportion importante des restaurants français pratique cette fraude.

⚠️ Il serait donc abusif de laisser entendre que votre bouteille est probablement trafiquée chaque fois que vous allez au restaurant.

👉 En revanche, les fraudes concernant l’identité et l’origine des vins ne sont absolument pas imaginaires.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) effectue des contrôles dans toute la filière viticole.

Elle a notamment contrôlé 2 414 cafés, hôtels et restaurants dans le cadre d’une enquête portant sur des vins étrangers sans indication géographique.

Les enquêteurs avaient alors constaté des pratiques commerciales trompeuses concernant notamment l’origine des vins servis au verre ou au pichet. Dans un cas cité par l’administration, un restaurateur vendait ainsi comme vin français IGP un vin qui provenait en réalité d’Espagne.

La fraude sur le vin est donc une réalité surveillée par les autorités, même si cela ne permet pas de mesurer précisément l’ampleur du « rempotage » dans les restaurants français.

👀 Comment repérer un éventuel rempotage ?

Pour le consommateur, le problème est justement que cette fraude peut être très difficile à détecter.

Un premier élément peut néanmoins attirer l’attention : une bouteille qui arrive à table déjà ouverte, alors que vous avez commandé une bouteille entière.

Voir l’ouverture de la bouteille permet au minimum de s’assurer qu’elle était fermée lorsqu’elle vous a été présentée.

🔴 Il faut toutefois éviter un raccourci : une bouteille déjà ouverte ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un rempotage.

🟢 Autre indice potentiel : le goût.

Une personne connaissant parfaitement un vin peut remarquer qu’il ne correspond pas du tout à ce qu’elle connaît. Mais pour la majorité des consommateurs, reconnaître à l’aveugle deux vins relativement proches reste évidemment compliqué.

Et c’est précisément ce qui rend une substitution particulièrement sournoise.

🍾 Une bouteille authentique ne suffit pas toujours

C’est probablement l’aspect le plus troublant.

Nous sommes naturellement habitués à vérifier l’étiquette d’une bouteille. Si le nom, l’appellation et le millésime correspondent à notre commande, nous considérons généralement que tout va bien.

Mais dans l’hypothèse d’un remplissage frauduleux d’une bouteille authentique, l’emballage ne permet justement plus de garantir à lui seul ce qu’il y a à l’intérieur.

D’où l’intérêt, lorsqu’une bouteille entière est commandée, d’être attentif à la façon dont elle est présentée et ouverte.

⚖️ Le rempotage est-il illégal ?

Faire volontairement passer un vin pour un autre peut parfaitement tomber sous le coup du Code de la consommation.

L’article L. 441-1 interdit notamment de tromper ou tenter de tromper un client sur « la nature, l’espèce, l’origine, les qualités substantielles [ou] la composition » d’une marchandise.

Le même article vise également la tromperie portant sur son identité lorsqu’une marchandise différente de celle prévue au contrat est livrée.

Autrement dit : si vous commandez un vin précis et qu’un restaurateur vous sert volontairement un autre vin en prétendant qu’il s’agit de celui commandé, nous ne sommes plus face à une simple astuce commerciale.

La tromperie prévue par cet article est passible de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende, selon l’article L. 454-1 du Code de la consommation.

D’autres qualifications et sanctions peuvent naturellement dépendre des circonstances précises de l’affaire.

🕵️ La DGCCRF surveille les fraudes sur le vin

Les contrôles ne concernent d’ailleurs pas uniquement les restaurants.

La DGCCRF recherche les fraudes à différents niveaux de la filière viticole : production, négoce, étiquetage, origine ou encore commercialisation.

👉 Des affaires beaucoup plus importantes ont déjà donné lieu à des condamnations.

Dans une affaire de négoce viticole jugée à Bordeaux, par exemple, l’enquête avait concerné 122 788 bouteilles et mis en évidence des tromperies sur les qualités substantielles de vins ainsi que l’utilisation frauduleuse d’appellations protégées.

Cela montre à quel point l’identité d’un vin constitue un enjeu économique important.

🍷 Alors, faut-il se méfier de sa bouteille au restaurant ?

Pas question de devenir paranoïaque à chaque dîner.

L’immense majorité des restaurateurs n’a évidemment aucun intérêt à risquer sa réputation et des sanctions pour économiser quelques euros sur une bouteille.

Mais le consommateur peut adopter un réflexe très simple lorsqu’il commande une bouteille entière : regarder la bouteille qui lui est présentée et être attentif à son ouverture.

Et lorsqu’un vin semble vraiment incompatible avec celui commandé, rien n’interdit de demander des explications au personnel.

Car derrière un mot presque amusant — « rempotage » — se cache quelque chose de beaucoup moins anodin :

👉 Faire payer au consommateur un vin qu’on ne lui sert pas.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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