Emploi à la RATP, salaire à plus de 6 000 € et mandats d’élu : une plainte vise Bally Bagayoko
RATP + mandats politiques : ce que révèle l’affaire qui rattrape le maire LFI de Saint-Denis.
Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est visé par une plainte adressée au Parquet national financier. En cause : des soupçons portant notamment sur son emploi à la RATP et le cumul de plusieurs fonctions électives. AC!! Anti-Corruption demande désormais que toute la lumière soit faite sur cette situation.
L’affaire pourrait désormais intéresser la justice financière.
Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et figure de La France insoumise en Seine-Saint-Denis, est notamment visé par une plainte pour des soupçons de détournement de fonds publics et d’emploi fictif, selon les informations communiquées vendredi 7 août 2026 à l’AFP.
La plainte, déposée contre X par l’association AC!! Anti-Corruption, a été adressée au Parquet national financier (PNF).
Elle ne se limite pas à ces deux qualifications : l’association évoque également des faits présumés de prise illégale d’intérêts, favoritisme, manquement à la probité et cumul irrégulier d’activités publiques.
À ce stade, il s’agit de soupçons formulés dans une plainte. Ils n’établissent donc pas la culpabilité de Bally Bagayoko et il appartient désormais au parquet de décider des suites éventuelles à donner au signalement.
Un poste à la RATP cumulé avec plusieurs mandats
L’affaire trouve son origine dans les révélations du Canard enchaîné.
Dans un article intitulé « Le ticket gagnant de Bally Bagayoko », l’hebdomadaire satirique s’est intéressé au parcours professionnel et politique du nouveau maire de Saint-Denis.
Bally Bagayoko travaille à la RATP depuis 2000, une information qui apparaît également dans sa biographie officielle publiée par la Ville de Saint-Denis.
Parallèlement à sa carrière professionnelle, l’élu a progressivement accumulé les responsabilités politiques.
Il devient adjoint au maire de Saint-Denis au début des années 2000 avant d’exercer différentes délégations municipales. Il devient également conseiller général puis vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis entre 2008 et 2015.
C’est précisément l’articulation entre ces responsabilités électives et son activité professionnelle à la RATP qui intéresse aujourd’hui AC!! Anti-Corruption.
Recrutement « sans concours », horaires « élastiques » : les éléments soulevés par Le Canard enchaîné
Selon les éléments rapportés par Le Canard enchaîné et repris par l’AFP, Bally Bagayoko aurait été recruté à la RATP en 2000 « sans concours » ni entretien.
L’hebdomadaire évoque également des horaires qualifiés d’« élastiques » ainsi que de « généreuses indemnités ».
Mais l’interrogation centrale porte surtout sur le temps effectivement consacré à son emploi à la RATP alors qu’il exerçait simultanément plusieurs responsabilités politiques.
AC!! Anti-Corruption souhaite notamment savoir si une autorisation permettant le cumul d’activités avait été accordée et demande que soit vérifiée la présence effective de Bally Bagayoko à son poste pendant les périodes concernées.
Son salaire à la RATP aurait dépassé 6 000 € par mois
Autre élément particulièrement sensible : les rémunérations.
Selon Le Canard enchaîné, lorsque Bally Bagayoko perd son mandat départemental en 2015, ses indemnités d’adjoint à la mairie de Saint-Denis auraient connu une hausse de 102 %.
Cette indemnité venait alors compléter son salaire de cadre à la RATP.
Et celui-ci était loin d’être symbolique.
Toujours selon l’hebdomadaire, sa rémunération de cadre dépassera ensuite les 6 000 euros par mois.
Bally Bagayoko aurait lui-même confirmé ce montant au Canard enchaîné, en précisant qu’il était atteint en intégrant le treizième mois et les primes.
C’est donc moins l’existence de ces différentes rémunérations, prise isolément, que les conditions dans lesquelles les fonctions correspondantes auraient réellement été exercées qui sont désormais questionnées.
AC!! Anti-Corruption évoque une possible « utilisation indue des fonds publics »
L’association estime que plusieurs vérifications sont nécessaires.
Elle souhaite notamment que soient examinées les éventuelles autorisations de cumul accordées par la RATP ou les autorités compétentes, mais également la réalité de l’activité professionnelle de Bally Bagayoko durant l’exercice de ses mandats.
Si des rémunérations avaient été versées pour un emploi qui n’aurait en réalité pas été exercé dans les conditions correspondant à celles-ci, AC!! Anti-Corruption considère qu’il pourrait s’agir d’une utilisation indue de fonds publics.
C’est précisément ce que la justice devra éventuellement déterminer si le PNF décide d’ouvrir des investigations.
Éric Halphen : « Nous nous devions de les dénoncer »
L’affaire prend une dimension supplémentaire avec l’intervention d’un nom bien connu du monde judiciaire : Éric Halphen.
L’ancien juge d’instruction est aujourd’hui président d’honneur d’AC!! Anti-Corruption.
Interrogé par l’AFP, il explique que l’association considère qu’elle doit signaler les situations lui paraissant potentiellement illégales, quelle que soit l’étiquette politique des personnes concernées.
Selon lui, dès lors que les faits évoqués mettent potentiellement en cause à la fois un élu municipal et une institution publique telle que la RATP, l’association estimait nécessaire de saisir le Parquet national financier.
Éric Halphen souhaite désormais qu’une enquête soit ouverte.
Bally Bagayoko n’a pas souhaité répondre à l’AFP
Contacté par l’AFP à propos de cette plainte, Bally Bagayoko n’a pas souhaité réagir.
L’élu a remporté les élections municipales de Saint-Denis – Pierrefitte dès le premier tour, le 15 mars 2026, avec 50,77 % des suffrages. Il a ensuite été officiellement élu maire par le conseil municipal le 21 mars.
Quelques semaines plus tard, le 21 avril, il a également été élu président de Plaine Commune.
La plainte intervient donc seulement quelques mois après son accession à la tête de l’une des principales villes de Seine-Saint-Denis.
Que va faire maintenant le Parquet national financier ?
C’est désormais la principale inconnue.
Le dépôt d’une plainte ne signifie pas automatiquement qu’une enquête sera ouverte, encore moins que les faits dénoncés seront finalement caractérisés.
Le Parquet national financier devra examiner les éléments qui lui ont été transmis et déterminer les suites à leur donner.
Il pourrait décider d’engager des investigations, de transmettre tout ou partie du dossier à une autre autorité judiciaire ou de classer la plainte s’il estime que les éléments sont insuffisants ou qu’aucune infraction n’est caractérisée.
Une chose est certaine : après les révélations du Canard enchaîné, le dossier Bally Bagayoko a désormais quitté le seul terrain médiatique pour arriver sur celui de la justice.
🔴 À ce stade, Bally Bagayoko demeure présumé innocent des infractions évoquées dans la plainte tant qu’une éventuelle culpabilité n’a pas été définitivement établie par la justice.