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À 85 ans, elle passe 6 jours sur un brancard aux urgences : « Un scandale inadmissible »

Admise au CHU d’Orléans après une violente hémorragie, Nino-Anne Dupieux, 85 ans et ancienne élue municipale, affirme avoir passé six jours et cinq nuits sur un brancard faute de lit disponible. Épuisée, elle a finalement décidé de quitter l’hôpital contre l’avis des médecins. Un témoignage qui remet brutalement en lumière les difficultés auxquelles sont confrontées certaines urgences hospitalières.

Elle était venue à l’hôpital pour être soignée. Six jours plus tard, elle en est finalement partie de sa propre initiative, après avoir passé l’intégralité de son séjour aux urgences sur un brancard.

L’histoire de Nino-Anne Dupieux, 85 ans, ancienne adjointe au maire d’Orléans et ancienne conseillère municipale, provoque de nombreuses réactions.

Le 18 juillet 2026, l’octogénaire, dialysée depuis plusieurs années, est victime d’une importante hémorragie. Elle est alors conduite aux urgences du CHU d’Orléans.

Elle ignore encore que le brancard sur lequel elle vient d’être installée va devenir son quotidien pendant près d’une semaine.

Six jours et cinq nuits sans obtenir de chambre

Selon son témoignage, Nino-Anne Dupieux restera six jours et cinq nuits sur un brancard, faute de lit disponible dans un service pouvant l’accueillir.

À RTL, elle décrit un couchage étroit sur lequel il est difficile de dormir ou même simplement de changer de position.

Pendant cinq nuits, elle raconte également avoir été installée dans un box dépourvu de fenêtre, au point de perdre la perception normale du jour et de la nuit.

Une situation particulièrement éprouvante pour cette femme de 85 ans déjà fragilisée par son état de santé.

Dans un témoignage de quatre pages intitulé « Des anges en enfer », elle raconte ce séjour hors norme et décrit un brancard devenu à la fois son lit, son espace de soins, de toilette et d’examens.

Elle affirme également avoir vu les couloirs des urgences remplis d’autres brancards occupés par des patients.

Une rectoscopie réalisée sans anesthésie

Son récit ne s’arrête pas aux conditions d’hébergement.

Durant sa prise en charge, différents examens sont réalisés afin de déterminer l’origine de son hémorragie.

Elle rapporte notamment avoir subi une rectoscopie sans anesthésie, en raison, selon son témoignage, de l’absence d’un anesthésiste disponible à ce moment-là.

Les jours passent pourtant sans qu’une chambre puisse lui être attribuée.

La fatigue s’accumule et l’octogénaire décrit un épuisement physique considérable, notamment des douleurs dorsales provoquées par ces journées et ces nuits passées sur le brancard.

Au sixième jour, elle décide de partir

Après près d’une semaine dans ces conditions, Nino-Anne Dupieux prend finalement une décision radicale.

Elle demande à son mari et à l’un de ses fils de venir la chercher.

Pour pouvoir quitter l’établissement, elle signe une décharge de sortie contre l’avis médical.

Autrement dit, les médecins considéraient qu’elle devait encore rester à l’hôpital, mais elle ne souhaitait plus poursuivre son séjour dans ces conditions.

Elle qualifie désormais cette expérience de « scandale absolument inadmissible » et dénonce plus largement les conséquences d’un système hospitalier saturé sur les patients.

Elle défend pourtant les soignants

Un point essentiel ressort toutefois de son témoignage : Nino-Anne Dupieux ne tient pas les médecins, infirmiers, aides-soignants ou brancardiers pour responsables de ce qu’elle a vécu.

C’est même exactement l’inverse.

Le titre choisi pour son témoignage, « Des anges en enfer », résume sa position.

Les « anges », ce sont les professionnels qui se sont occupés d’elle.

Elle décrit des soignants humains, attentifs et professionnels, malgré des conditions de travail extrêmement difficiles.

L’« enfer » qu’elle dénonce correspond donc au manque de places et à l’organisation d’un hôpital confronté à une saturation de ses capacités.

Son témoignage est ainsi autant une dénonciation de ses conditions d’hospitalisation qu’un hommage aux personnels qui ont continué à prendre soin d’elle.

« Il n’y avait pas une chambre pour une vieille dame comme moi »

L’un des éléments les plus marquants de son récit concerne l’attente quotidienne d’une hypothétique chambre.

Chaque jour, explique-t-elle, les équipes espéraient pouvoir lui trouver une place.

Mais aucune ne se libérait.

À 85 ans, après une hémorragie et alors qu’elle nécessitait toujours une surveillance médicale, elle est donc restée aux urgences pendant près d’une semaine.

Une situation qui l’amène aujourd’hui à s’interroger sur la capacité du système hospitalier à accueillir dignement les personnes les plus vulnérables.

Le CHU d’Orléans reconnaît des tensions

Face à la médiatisation de l’affaire, la direction du CHU d’Orléans ne nie pas les difficultés rencontrées par son établissement.

Elle reconnaît des « tensions sur les capacités d’hospitalisation en aval des urgences ».

En clair : les patients peuvent être pris en charge aux urgences, mais les difficultés commencent lorsqu’ils doivent ensuite être transférés vers un autre service et qu’aucun lit n’est disponible.

Le CHU annonce désormais la réouverture programmée de 42 lits de médecine entre septembre et novembre 2026, ainsi que des recrutements.

Selon l’établissement, ces ouvertures représenteraient une augmentation de 6,1 % de la capacité en lits par rapport à 2025.

Une situation « catastrophique », selon la CGT

Du côté des représentants du personnel, le constat est encore plus sévère.

Dorine Lemasson, représentante de la CGT au CHU d’Orléans, estime que les urgences ne constituent que la partie la plus visible du problème et décrit une situation « catastrophique dans tous les services ».

L’affaire dépasse donc largement le cas personnel de Nino-Anne Dupieux.

Elle remet sur le devant de la scène une question récurrente dans les hôpitaux français : que se passe-t-il lorsque les urgences continuent d’accueillir des patients mais que les services situés derrière n’ont plus suffisamment de lits disponibles pour les hospitaliser ?

Les urgences deviennent alors, de fait, une zone d’hospitalisation prolongée qui n’a pourtant pas été conçue pour cela.

Son témoignage pour ceux « qui n’osent pas parler »

Si son histoire est aujourd’hui médiatisée, son ancien statut d’élue lui offre probablement une visibilité dont ne disposent pas tous les patients confrontés à des situations comparables.

Nino-Anne Dupieux entend justement utiliser cette visibilité.

Elle explique vouloir porter la parole de ceux qui auraient connu des expériences similaires sans avoir la possibilité ou l’envie de les rendre publiques.

Son histoire laisse surtout une image difficile à oublier : celle d’une femme de 85 ans admise pour une hémorragie, qui après six jours et cinq nuits passés sur un brancard a finalement considéré que rentrer chez elle contre l’avis des médecins était préférable à rester davantage aux urgences.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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