En arrêt maladie depuis 17 ans et toujours payée : cette enseignante refuse sa mise à la retraite
Une enseignante allemande en arrêt maladie depuis près de 17 ans a continué à percevoir son traitement. Lorsque l’administration décide finalement de la mettre à la retraite, elle saisit la justice pour contester cette décision.
Une enseignante allemande de 62 ans n’a quasiment plus mis les pieds devant une classe depuis 2009. Pourtant, en raison de son statut de fonctionnaire, elle a continué à percevoir l’intégralité de son traitement. Lorsque l’administration a finalement décidé de la mettre à la retraite pour incapacité, elle a saisi la justice pour contester cette décision. Une affaire hors norme qui embarrasse désormais les autorités allemandes.
Dix-sept années d’arrêt maladie, presque aucune activité d’enseignement et un salaire maintenu.
L’histoire paraît difficile à croire. Elle est pourtant devenue une véritable affaire en Allemagne.
Cette enseignante fonctionnaire originaire de Duisbourg travaillait dans un établissement professionnel de Wesel, en Rhénanie-du-Nord–Westphalie. Elle n’y enseigne plus régulièrement depuis 2009.
Pendant toutes ces années, elle a transmis des certificats médicaux faisant notamment état de problèmes psychiques.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer après une absence aussi longue, son administration n’aurait pendant des années demandé aucun examen médical officiel permettant d’évaluer son aptitude à reprendre son poste.
Près de 17 ans sans enseigner
C’est précisément ce qui rend cette affaire aussi exceptionnelle.
Selon le média public allemand WDR, lorsqu’un fonctionnaire reste durablement malade, l’administration peut demander une expertise médicale afin de déterminer s’il est toujours capable d’exercer ses fonctions.
Dans cette affaire, une telle procédure aurait normalement dû intervenir beaucoup plus tôt.
Elle n’a pourtant pas été déclenchée pendant des années.
L’enseignante a ainsi continué à transmettre ses arrêts maladie et à percevoir son traitement de fonctionnaire.
Le dysfonctionnement est désormais suffisamment sérieux pour qu’une procédure disciplinaire ait également été engagée contre un employé de l’administration régionale de Düsseldorf, chargée notamment du suivi du dossier.
Elle aurait continué à percevoir l’intégralité de son salaire
Le statut des fonctionnaires allemands est très différent du régime français des salariés en arrêt maladie.
Dans certaines situations de longue maladie, un fonctionnaire allemand peut continuer à percevoir son traitement tant qu’il n’a pas été officiellement déclaré définitivement incapable d’exercer et placé à la retraite.
C’est ce mécanisme qui aurait permis à l’enseignante de continuer à recevoir son salaire pendant toutes ces années.
Selon plusieurs médias allemands et européens, sa rémunération brute se situerait aujourd’hui dans une fourchette d’environ 5 000 à plus de 6 000 euros par mois, selon son ancienneté et son échelon.
Attention cependant : cela ne signifie pas nécessairement qu’elle percevait exactement cette somme pendant chacune des 17 années. Son traitement a pu évoluer avec son ancienneté et les grilles salariales.
L’administration finit par intervenir
L’affaire devient publique en 2025 et provoque une vive polémique en Allemagne.
L’administration finit alors par demander une expertise médicale officielle.
À l’issue de cette procédure, les autorités considèrent qu’un retour durable de l’enseignante dans ses fonctions n’est pas envisageable dans un avenir proche.
Fin mai 2026, l’administration régionale de Düsseldorf décide donc de la placer d’office à la retraite pour incapacité.
On pourrait penser que l’affaire s’arrêterait là.
C’est exactement l’inverse qui se produit.
L’enseignante attaque l’administration
La fonctionnaire refuse sa mise à la retraite.
Le 29 juin 2026, elle dépose un recours devant le tribunal administratif de Düsseldorf afin de contester la décision.
La raison financière est considérable.
En restant fonctionnaire en activité mais en arrêt maladie, elle conserve son traitement.
Une mise à la retraite signifie au contraire le passage à une pension, nécessairement moins élevée que son salaire actuel.
Selon plusieurs estimations publiées dans la presse, la différence pourrait représenter environ 1 500 à 2 000 euros brut par mois.
Tant que le contentieux n’est pas définitivement tranché, elle continuerait actuellement à percevoir l’intégralité de son traitement.
Et une enquête pour fraude vient compliquer l’affaire
Mais le dossier ne se limite désormais plus à un conflit administratif.
Le parquet de Duisbourg mène parallèlement une enquête pénale pour suspicion de fraude.
Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si l’enseignante aurait pu exercer une autre activité professionnelle alors qu’elle était officiellement incapable d’exercer son métier d’enseignante.
Elle est notamment soupçonnée d’avoir travaillé comme naturopathe (« Heilpraktikerin » en Allemagne) pendant une partie de cette période.
En mars 2026, son domicile a été perquisitionné et du matériel a été saisi.
Ces accusations doivent toutefois être considérées avec prudence : l’existence d’une enquête ne signifie pas que l’enseignante est coupable. Les investigations doivent déterminer si elle a réellement trompé son administration et si une infraction pénale peut être établie.
Comment une telle situation a-t-elle pu durer 17 ans ?
C’est probablement la question la plus embarrassante pour l’administration allemande.
Le problème n’est pas simplement qu’une enseignante soit restée extrêmement longtemps en arrêt maladie.
Une personne peut évidemment souffrir d’une maladie l’empêchant durablement de travailler.
Le véritable problème concerne l’absence de contrôle administratif pendant une période exceptionnellement longue.
Selon WDR, l’administration régionale aurait normalement dû demander une expertise médicale officielle bien plus tôt afin de déterminer si l’enseignante pouvait reprendre son activité ou devait être déclarée définitivement inapte.
Cela n’a pas été fait.
Pendant près de 17 ans.
L’affaire a donc provoqué un débat politique en Rhénanie-du-Nord–Westphalie sur les procédures de contrôle des fonctionnaires en arrêt maladie de très longue durée.
Un cas qui pourrait faire évoluer les règles
Les autorités veulent désormais éviter qu’une situation similaire puisse se reproduire.
Le dossier met surtout en évidence une faiblesse administrative : un système de protection particulièrement favorable aux fonctionnaires ne fonctionne correctement que si les mécanismes de contrôle prévus sont effectivement appliqués.
Car dans cette affaire, deux questions totalement différentes doivent être distinguées.
La première concerne l’enseignante : était-elle réellement incapable de travailler pendant toute cette période et a-t-elle éventuellement exercé une activité incompatible avec ses arrêts maladie ? C’est notamment ce que devra déterminer l’enquête.
La seconde concerne l’administration : comment un dossier aussi exceptionnel a-t-il pu rester pratiquement sans contrôle pendant près de 17 ans ?
Et cette dernière question ne dépend pas de l’issue de l’enquête pénale.
À retenir
Une enseignante fonctionnaire allemande est en arrêt maladie depuis 2009 et aurait continué à percevoir son traitement intégral. Après une expertise médicale, l’administration a finalement décidé en mai 2026 de la mettre à la retraite d’office. Elle conteste cette décision devant la justice administrative. Parallèlement, le parquet de Duisbourg enquête sur un possible cas de fraude et cherche notamment à déterminer si elle aurait travaillé comme naturopathe pendant son arrêt maladie.
À ce stade, aucune condamnation pénale définitive n’établit sa culpabilité.
- SOURCE : Tagesschau / WDR