Des data centers géants au fond du jardin : bienvenue dans la ville qui fait tourner Internet
À quelques kilomètres de Washington, Ashburn est devenue l’un des plus grands centres mondiaux de data centers. Des bâtiments gigantesques côtoient parfois les maisons tandis qu’une partie majeure de l’infrastructure d’Internet se concentre dans cette région de Virginie.
Photos, mails, vidéos, cloud, sites Internet… À première vue, Ashburn ressemble à une banlieue américaine comme une autre. Pourtant, cette ville de Virginie se trouve au cœur de l’une des plus impressionnantes concentrations de data centers de la planète. Au point que certains habitants vivent désormais à quelques centaines de mètres de gigantesques bâtiments remplis de serveurs.
À moins d’une heure de Washington, Ashburn, en Virginie, n’est pas vraiment une destination touristique mondialement connue.
Pourtant, son nom est familier à tous ceux qui travaillent dans les infrastructures d’Internet.
Cette zone du comté de Loudoun est même surnommée « Data Center Alley », littéralement « l’allée des centres de données ».
Et derrière les murs sans fenêtres de ces immenses bâtiments se joue une partie essentielle de notre quotidien numérique.
👉 Emails, sites Internet, vidéos en streaming, applications, services cloud : les data centers constituent l’infrastructure physique sans laquelle une bonne partie d’Internet ne pourrait tout simplement pas fonctionner.
Une concentration de data centers unique au monde
Le phénomène dépasse largement Ashburn elle-même.
Selon la Joint Legislative Audit and Review Commission de Virginie (JLARC), la Virginie du Nord constitue aujourd’hui le plus grand marché mondial de data centers.
La région représenterait environ 13 % de la capacité opérationnelle mondiale déclarée des centres de données et environ 25 % de celle du continent américain.
👉 Ashburn en constitue l’un des principaux épicentres.
📍 Le comté de Loudoun explique lui-même que la région possède aujourd’hui la plus grande concentration de data centers au monde et présente Ashburn comme l’un des endroits les plus interconnectés de la planète.
De grands noms du secteur y sont présents, parmi lesquels Amazon Web Services, Equinix, Digital Realty ou encore NTT.
Equinix exploite par exemple plusieurs installations directement situées à Ashburn. Son site DC16 représente à lui seul près de 250 000 pieds carrés, soit plus de 23 000 m².
Pourquoi tous ces géants se sont-ils installés ici ?
Ce n’est pas un hasard.
Plusieurs éléments ont progressivement transformé cette région de Virginie en carrefour numérique.
D’abord, son histoire est directement liée au développement d’Internet aux États-Unis.
Le comté disposait déjà d’importantes infrastructures de télécommunications et d’un point stratégique d’échange de trafic Internet.
👉 Puis sont venus s’ajouter plusieurs avantages : disponibilité de terrains, proximité de Washington et des agences fédérales, réseau électrique important, fiscalité favorable et immense quantité de fibre optique.
Le comté de Loudoun reconnaît également que ses anciennes règles d’urbanisme facilitaient particulièrement l’installation des data centers dans certaines zones d’activités.
📍 Entre 2007 et 2016, leur développement a connu une accélération spectaculaire.
Des bâtiments gigantesques… parfois presque au fond du jardin
C’est probablement l’image la plus étonnante du phénomène.
Certains data centers sont implantés relativement près de quartiers résidentiels.
D’immenses bâtiments rectangulaires, entourés de clôtures, de transformateurs, de systèmes de refroidissement et parfois de générateurs de secours côtoient ainsi maisons, routes et lotissements.
Le comté de Loudoun reconnaît que certaines règles d’urbanisme historiques ont permis la construction de data centers à proximité d’habitations.
Pour leurs voisins, les inquiétudes ne concernent pas uniquement le paysage.
🔴 Elles portent notamment sur le bruit, la qualité de l’air, le développement des infrastructures électriques et la multiplication des lignes à haute tension.
⚠️ Le comté possède désormais une page officielle spécifiquement consacrée aux préoccupations liées au bruit et à la qualité de l’air autour des data centers.
Que trouve-t-on vraiment à l’intérieur ?
Un data center ne ressemble pas à un ordinateur géant unique.
Il s’agit plutôt de vastes bâtiments remplis de milliers de serveurs informatiques, de câbles réseau, de systèmes électriques et de dispositifs de refroidissement.
Les données peuvent y être stockées, traitées ou simplement transiter entre différents réseaux.
⚡️ L’installation doit également fonctionner pratiquement en permanence.
🔴 Cela implique plusieurs couches de sécurité et de secours : batteries, alimentations électriques redondantes, groupes électrogènes, refroidissement et connexions Internet multiples.
Chez NTT, par exemple, le campus d’Ashburn est conçu pour atteindre 224 mégawatts de capacité informatique critique à terme.
Certains bâtiments sont eux-mêmes impressionnants : le centre VA4 affiche une capacité informatique annoncée de 32 MW.
« 70 % du trafic Internet mondial » : attention à ce chiffre
Une statistique spectaculaire revient régulièrement lorsqu’on parle d’Ashburn.
👉 Plus de 70 % du trafic Internet mondial passerait par les infrastructures numériques de la région de Washington.
Ce chiffre est notamment avancé par NTT, qui possède plusieurs data centers à Ashburn.
⚠️ Mais il faut le prendre avec précaution.
Il n’existe pas de compteur mondial unique permettant de mesurer précisément chaque paquet de données circulant sur Internet et d’établir simplement qu’une proportion aussi précise passe physiquement par Ashburn.
La donnée dépend notamment de la définition utilisée : trafic échangé entre réseaux, capacité d’interconnexion, données transitant par certaines infrastructures ou encore services cloud.
Autrement dit, Ashburn occupe indiscutablement une place majeure dans l’architecture mondiale d’Internet, mais le fameux chiffre des 70 % doit être présenté comme une estimation communiquée par un acteur du secteur, et non comme une mesure absolue.
L’intelligence artificielle fait exploser les besoins en électricité
Derrière l’impressionnante croissance des data centers se cache désormais une autre question 👉 l’énergie.
🔴 Les nouveaux centres destinés notamment au cloud et à l’intelligence artificielle nécessitent des quantités considérables d’électricité.
La JLARC estime que la croissance des data centers constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs de l’augmentation future de la consommation électrique en Virginie.
Selon ses projections, si toute la demande prévue était satisfaite, la demande d’électricité de l’État pourrait doubler au cours de la prochaine décennie.
Un tel développement nécessiterait de nouvelles capacités de production électrique, mais également de nombreuses infrastructures de transport d’électricité.
👉 C’est donc un véritable défi pour la région.
Le revers très concret de notre monde numérique
Lorsque nous envoyons une photo, regardons une vidéo ou sauvegardons un fichier dans le cloud, l’expérience paraît presque immatérielle.
❌ Pourtant, le « cloud » n’est rien d’autre qu’un ensemble de machines physiques installées quelque part sur la planète.
Ashburn en offre probablement l’illustration la plus spectaculaire.
Derrière nos smartphones et nos écrans se trouvent des hectares de bâtiments, des milliers de serveurs, d’immenses réseaux de fibre optique et une consommation électrique colossale.
Cette petite ville américaine que beaucoup d’Européens seraient incapables de placer sur une carte est ainsi devenue l’un des centres névralgiques de notre monde numérique.
Et pour certains habitants d’Ashburn, Internet n’est vraiment pas quelque chose d’abstrait.
Il se trouve presque au fond de leur jardin.
Sources
- Joint Legislative Audit and Review Commission de Virginie — Data Centers in Virginia
- Loudoun County — Data Centers: The Loudoun Story
- Loudoun County — Noise & Air Quality Concerns
- NTT — Ashburn Data Centers
- NTT — Ashburn VA2 Data Center
- Equinix — DC16, Data Center à Ashburn
- TF1 Info — « Ils ont un data center dans leur jardin » : bienvenue à Ashburn, une petite ville américaine qui ne vous dit rien mais qui vous connaît très bien