Le fer de la tour Eiffel vient-il d’Algérie ? La vérité historique derrière une rumeur persistante
La tour Eiffel aurait-elle été construite avec du fer volé à l’Algérie pendant la colonisation ? Cette rumeur, récemment relancée sur les réseaux sociaux, ne résiste pas à l’examen des sources historiques. Les documents officiels et les recherches d’un historien algérien permettent de rétablir les faits.

Une vidéo relance la polémique sur l’origine du fer de la tour Eiffel
Une vidéo attribuée à un influenceur français, connu sur Instagram sous le pseudonyme amin original a récemment remis sur le devant de la scène une vieille rumeur : le fer utilisé pour construire la tour Eiffel proviendrait d’Algérie.
Relayée notamment par Tony Pittaro sur X, la séquence évoque une histoire entendue lors d’un dîner familial. L’influenceur s’interrogerait sur un éventuel prélèvement de minerai algérien par la France durant la colonisation.
Si la circulation de cette vidéo est attestée, l’intégralité des propos et leur contexte n’ont pas pu être vérifiés indépendamment.
Mais sur le fond, que disent réellement les archives ?
Le fer de la tour Eiffel vient de Lorraine, pas des mines algériennes citées
Le site officiel de la tour Eiffel est catégorique : le métal ayant servi à construire le monument entre 1887 et 1889 a été fourni par les forges Fould-Dupont de Pompey, en Meurthe-et-Moselle, près de Nancy.
Ces établissements ont fabriqué les 18 038 pièces de fer nécessaires à la structure.
Le minerai utilisé provenait de mines locales. Selon les informations du Musée de l’Histoire du fer de Jarville-la-Malgrange, rapportées en mars 2021 par le journaliste Paul Sugy dans Le Figaro, il aurait notamment été extrait de la mine de Ludres, également située en Lorraine.
Une plaque historique apposée sur l’un des piliers de la tour Eiffel rappelle d’ailleurs le rôle des forges de Pompey.
Un historien algérien démonte lui-même la rumeur
C’est probablement l’élément le plus révélateur de cette affaire.
Le 23 mars 2021, Al Jazeera interroge Mohamed Salah Boukechour, historien algérien spécialisé dans l’histoire économique.
Le chercheur examine les deux mines régulièrement citées pour soutenir la prétendue origine algérienne du monument : Zaccar et Rouïna.
Or, leurs dates d’exploitation industrielle contredisent cette affirmation :
- Mine de Zaccar : reprise de l’exploitation en 1904.
- Mine de Rouïna : début de l’exploitation en 1906.
- Tour Eiffel : construction achevée en 1889.
Autrement dit, ces deux mines ont commencé leur exploitation industrielle quinze à dix-sept ans après l’achèvement du monument parisien.
L’historien rappelle néanmoins que la France importait effectivement du minerai algérien à cette époque. Mais aucun document historique identifié ne prouve son utilisation pour construire la tour Eiffel.
Il juge cette hypothèse très peu probable.
Une fausse information diffusée dès 2018
Cette histoire ne date pas d’hier.
Le 2 août 2018, Beur FM publiait déjà un article affirmant que le fer de la tour Eiffel provenait des mines algériennes de Zaccar et Rouïna.
Une affirmation présentée sans preuves historiques suffisantes, malgré les contradictions chronologiques.
En janvier 2021, la polémique prenait une nouvelle ampleur lorsqu’un journaliste algérien, Mohamed Allal, réclamait même que la France restitue la tour Eiffel à l’Algérie.
Depuis, cette rumeur réapparaît régulièrement sur les réseaux sociaux.
Verdict : la tour Eiffel a-t-elle été construite avec du fer volé à l’Algérie ?
Non. Les éléments historiques disponibles ne permettent pas de soutenir cette accusation.
Le site officiel de la tour Eiffel confirme que son fer a été fabriqué en Lorraine, à partir de minerai provenant de mines locales.
Les mines algériennes généralement citées dans cette histoire n’étaient pas exploitées industriellement pendant la construction du monument.
Quant à l’hypothèse d’un approvisionnement provenant d’autres mines algériennes, elle ne repose sur aucune preuve documentaire identifiée.
La colonisation française de l’Algérie et l’exploitation de ses ressources constituent des réalités historiques. Mais elles ne prouvent pas que le minerai de la tour Eiffel aurait été prélevé sur ce territoire.
La vérité historique ne dépend ni des convictions politiques ni du nombre de partages sur les réseaux sociaux. Elle repose sur des faits vérifiables.
Et dans cette affaire, les preuves disponibles désignent la Lorraine, pas l’Algérie.