« Le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité humaine » : le Portugal interdit le port du voile intégral
Le Portugal vient de promulguer une loi interdisant la dissimulation du visage dans les espaces publics. Une mesure qui concerne notamment le niqab et la burqa et prévoit jusqu’à 3 000 euros d’amende.
Le Portugal vient de promulguer une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Une mesure qui, sans mentionner exclusivement les vêtements religieux, concerne directement le port du niqab ou de la burqa. Les contrevenants pourront être sanctionnés de plusieurs milliers d’euros.
Le Portugal rejoint les pays européens ayant adopté une législation contre la dissimulation du visage dans l’espace public.
Le président portugais António José Seguro a promulgué, mardi 18 août 2026, une loi interdisant le port dans les espaces publics de vêtements destinés à dissimuler le visage ou à empêcher l’identification d’une personne.
Le texte trouve son origine dans une proposition du parti d’extrême droite Chega. Sa version définitive avait été adoptée par le Parlement portugais en juillet.
Si la loi ne se limite pas explicitement aux vêtements religieux, elle concerne dans les faits notamment le niqab et la burqa, deux vêtements portés par certaines femmes musulmanes et dissimulant tout ou partie du visage.
« Le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité humaine »
Pour justifier sa décision de promulguer le texte, António José Seguro a mis en avant la place particulière du visage dans les relations humaines.
« Le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité et de la communication humaines. »
Le président portugais a néanmoins reconnu que cette législation concernait un sujet d’une « grande sensibilité sociale et culturelle », où la conciliation entre différents droits et devoirs est particulièrement délicate.
Les modifications apportées au texte pendant son examen parlementaire ont notamment contribué à convaincre le chef de l’État de le promulguer.
Que va exactement interdire la nouvelle loi portugaise ?
Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’expression de « loi sur la burqa » employée par certains médias, le texte ne mentionne pas seulement le voile islamique.
👉 Il interdit, dans les espaces publics, le port de vêtements conçus pour dissimuler le visage ou empêcher l’identification d’une personne.
La mesure vise donc plus largement la dissimulation du visage.
La loi comporte également un deuxième volet : elle interdit de contraindre une personne à se couvrir le visage pour des raisons liées notamment au genre, à la religion, à l’âge ou à l’origine.
🔴 Cette distinction est importante : le texte entend ainsi sanctionner à la fois certaines formes de dissimulation du visage dans l’espace public et la contrainte qui pourrait être exercée sur une personne pour lui imposer cette dissimulation.
Jusqu’à 3 000 euros d’amende
Les sanctions prévues peuvent être importantes.
👉 Le montant dépend notamment du caractère intentionnel ou non de l’infraction.
📍 En cas de négligence, l’amende pourra être comprise entre 150 et 750 euros. En cas d’infraction intentionnelle, elle pourra atteindre entre 400 et 3 000 euros.
Le texte adopté est ainsi différent de certaines versions précédentes discutées au cours du processus législatif.
Plusieurs exceptions sont prévues
⚠️ L’interdiction n’est cependant pas absolue.
La loi prévoit différentes dérogations lorsque la dissimulation du visage répond à une justification particulière.
Elle pourra notamment être autorisée pour des raisons médicales, dans certaines situations professionnelles, ou encore pour des motifs artistiques, de divertissement, publicitaires ou liés aux conditions climatiques.
L’interdiction ne s’applique pas non plus dans certaines situations ou certains lieux spécifiques, notamment les lieux de culte, les sites considérés comme sacrés, les représentations diplomatiques et consulaires ainsi que les avions.
👉 Autrement dit, le Portugal n’instaure pas une interdiction sans exception de tout vêtement dissimulant le visage.
Une loi issue d’une proposition de Chega
L’origine politique du texte constitue l’un des principaux points de controverse.
La proposition initiale avait été déposée par Chega, formation portugaise classée à l’extrême droite et dirigée par André Ventura.
Lors de son parcours parlementaire, le projet a cependant été modifié.
Lors d’un vote parlementaire antérieur sur le principe de l’interdiction, le texte avait notamment obtenu le soutien du PSD, de Chega, de l’Initiative libérale et du CDS-PP, tandis que plusieurs formations de gauche s’y étaient opposées.
La version définitive a finalement été adoptée en juillet 2026 avant d’être transmise au président de la République.
Une mesure qui divise sur les droits des femmes
Ses défenseurs mettent notamment en avant l’identification des personnes, la sécurité, l’égalité entre les femmes et les hommes et la place du visage dans les interactions sociales.
Mais la mesure suscite également une critique diamétralement opposée.
Des organisations de défense des droits humains estiment qu’une interdiction générale peut porter atteinte à la liberté religieuse et au libre choix vestimentaire des femmes.
Le débat repose ainsi sur un paradoxe : peut-on interdire un vêtement au nom de la liberté de celles qui pourraient être contraintes de le porter ?
Les opposants à ce type de législation craignent notamment qu’elle puisse conduire certaines femmes concernées à renoncer à sortir dans l’espace public, plutôt qu’à abandonner le voile intégral.
Le Portugal rejoint plusieurs pays européens
Le Portugal n’est pas le premier pays européen à légiférer sur la dissimulation du visage.
La France et la Belgique ont notamment instauré des interdictions générales dans l’espace public, tandis que d’autres États européens, comme l’Autriche ou le Danemark, ont également adopté des dispositifs restrictifs.
Aux Pays-Bas, l’interdiction est plus limitée et concerne certains lieux et services.
Avec la promulgation de cette nouvelle loi, le Portugal rejoint donc un mouvement européen engagé depuis plusieurs années autour de la dissimulation du visage, mais dont les modalités diffèrent fortement d’un pays à l’autre.
Une législation qui touche simultanément à plusieurs questions particulièrement sensibles : sécurité, identification, liberté religieuse, égalité entre les sexes et libertés individuelles.
Sources et références
— Présidence de la République portugaise, 18 août 2026 — promulgation du décret relatif à la dissimulation du visage dans les espaces publics et déclaration du président António José Seguro. La promulgation du 18 août est également confirmée par plusieurs médias publiés le lendemain.
— AFP, 19 août 2026 — « Portugal bans full-face veils »— dépêche consacrée à la promulgation de la loi, aux déclarations d’António José Seguro, aux sanctions prévues et aux différentes dérogations.
— Brussels Signal, 19 août 2026 — « Portugal bans face coverings in public as President signs Chega bill » — précisions concernant la promulgation du texte, son origine politique et les sanctions prévues par la version définitive de la loi.