Masha et Michka dans le viseur de Zelensky : comment ce dessin animé pour enfants est-il devenu une « menace » pour l’Ukraine ?
Une petite fille et un ours peuvent-ils devenir une arme d’influence ? L’Ukraine sanctionne les producteurs de Masha et Michka, accusé de diffuser des récits prorusses auprès des enfants.
Une petite fille espiègle, un gros ours attachant… et derrière leurs aventures, une arme d’influence russe ? L’Ukraine vient de sanctionner les producteurs et distributeurs du célèbre dessin animé « Masha et Michka », accusé de diffuser des récits prorusses auprès de millions d’enfants. Une décision spectaculaire qui provoque la colère de Moscou.
À première vue, difficile d’imaginer menace plus inoffensive. Masha est une petite fille débordante d’énergie qui passe son temps à entraîner Michka, un imposant ours brun, dans des aventures rocambolesques.
Pourtant, en pleine guerre entre la Russie et l’Ukraine, le célèbre dessin animé russe Masha et Michka se retrouve désormais au cœur d’une bataille qui dépasse largement les programmes pour enfants.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé, jeudi 20 août 2026, des décrets imposant notamment des sanctions à cinq ressortissants russes et quatre organisations impliqués dans la création et la distribution de la série, selon la présidence ukrainienne.
Pourquoi ?
Kiev accuse Masha et Michka de diffuser des « récits prorusses » sous couvert de contenu destiné aux enfants, au point de considérer cette influence comme une menace pour la sécurité nationale ukrainienne.

🚨 Quand Masha et son ours deviennent une affaire de sécurité nationale
Vendredi 21 août, la ministre ukrainienne de la Culture, Tetiana Berezhna, a confirmé les mesures prises contre les producteurs et distributeurs du dessin animé.
Pour Kiev, il ne s’agit donc plus simplement de critiquer une production culturelle russe : les autorités veulent disposer d’une base juridique permettant de bloquer ce contenu en Ukraine.
👉 Mais leur ambition ne s’arrête pas aux frontières ukrainiennes.
Tetiana Berezhna explique également vouloir s’appuyer sur ces sanctions pour interpeller les grandes plateformes internationales, notamment Netflix et YouTube, afin qu’elles cessent de travailler avec les personnes sanctionnées et limitent la monétisation et la diffusion du programme.
La ministre résume la position ukrainienne de manière particulièrement claire :
« La propagande russe n’a pas sa place sur les écrans des enfants, ni en Ukraine, ni ailleurs dans le monde. »
Pour le gouvernement ukrainien, Masha et Michka serait ainsi bien davantage qu’un divertissement innocent.
🐻 Mais où Kiev voit-il de la propagande dans un dessin animé pour enfants ?
C’est évidemment la question qui intrigue.
Masha et Michka ne montre pas Vladimir Poutine expliquant la politique du Kremlin aux enfants. La série ne demande pas non plus explicitement à ses jeunes spectateurs de soutenir la guerre en Ukraine.
👉 L’accusation est beaucoup plus subtile.
Le débat porte principalement sur ce que les spécialistes des relations internationales appellent le « soft power », c’est-à-dire la capacité d’un pays à améliorer son image et son influence par sa culture plutôt que par la contrainte.
👉 Une série russe regardée et appréciée par des millions d’enfants dans le monde peut ainsi participer à rendre l’univers culturel russe familier, sympathique et rassurant.
Et certains épisodes ont particulièrement attiré l’attention des détracteurs de la série.
Des critiques ont notamment relevé l’utilisation d’imagerie militaire ou soviétique, Masha apparaissant par exemple dans certains épisodes vêtue d’un uniforme rappelant les gardes-frontières soviétiques.
Pour les autorités ukrainiennes et certains responsables politiques européens, ces références participeraient à banaliser des symboles soviétiques ou russes auprès d’un très jeune public.
👉 Mais attention : cela reste une interprétation politique contestée.
Le studio Animaccord rejette les accusations de propagande et affirme être une société indépendante ne bénéficiant pas d’un financement du gouvernement russe.
😱 Plus de 800 millions de vues en Ukraine en seulement un an
Si Kiev s’intéresse autant à un dessin animé, c’est aussi parce que Masha et Michka est loin d’être une production confidentielle.
👉 La série est devenue un phénomène mondial.
Et le chiffre concernant l’Ukraine est particulièrement impressionnant : selon la ministre ukrainienne de la Culture, la chaîne YouTube ukrainophone de Masha et Michka aurait enregistré plus de 800 millions de vues rien qu’en 2025.
👉 Pour Kiev, cette popularité soulève également une question financière.
Les visionnages et l’exploitation commerciale du programme génèrent des revenus pour des entreprises russes. Les autorités ukrainiennes soulignent que ces sociétés paient ensuite des impôts en Russie.
L’argument devient alors beaucoup plus politique : des Ukrainiens regarderaient massivement une production russe dont les revenus bénéficient indirectement à l’économie du pays qui leur fait la guerre.
👉 C’est notamment pour cette raison que Kiev souhaite également agir sur la monétisation du programme.
📺 Netflix se retrouve au cœur de la polémique
L’affaire avait déjà commencé à prendre de l’ampleur plusieurs semaines auparavant.
Fin juin 2026, la décision de Netflix d’acquérir les droits de deux nouvelles saisons de Masha et Michka et de prolonger sa licence de diffusion dans plus de 100 pays avait suscité de vives critiques ukrainiennes.
👉 Des appels au boycott de Netflix avaient même circulé.
Pour leurs auteurs, continuer à distribuer mondialement la série revient à permettre à une entreprise russe de continuer à toucher des revenus tout en renforçant la présence culturelle de la Russie à l’étranger.
Netflix se retrouve donc indirectement pris dans un conflit qui dépasse largement la programmation destinée aux enfants.

🇬🇧 Et l’Ukraine n’est pas la seule à s’interroger
Le débat autour de Masha et Michka ne se limite d’ailleurs pas à Kiev.
En juillet 2026, plus de 50 députés britanniques issus de plusieurs partis ont demandé au gouvernement du Royaume-Uni d’examiner la diffusion de la série, estimant qu’elle pouvait participer au « soft power » russe.
Parmi les éléments pointés du doigt figuraient notamment les références à l’imagerie militaire soviétique présentes dans certains épisodes.
Cela ne signifie pas pour autant qu’un consensus existe sur la nature propagandiste du programme.
La question reste controversée : où s’arrête la diffusion de la culture d’un pays et où commence la propagande ?
🇷🇺 Moscou ironise : l’Ukraine aurait « déclaré la guerre aux dessins animés »
La réaction du Kremlin ne s’est évidemment pas fait attendre.
Interrogé vendredi sur les sanctions ukrainiennes, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a ironisé en affirmant que l’Ukraine avait désormais « déclaré la guerre aux dessins animés ».
Moscou rejette ainsi complètement l’idée selon laquelle les aventures de Masha et de son ours constitueraient une menace.
La réaction russe permet également au Kremlin de retourner l’affaire à son avantage : présenter Kiev comme un gouvernement allant jusqu’à poursuivre un programme destiné aux enfants.
⚠️ Peut-on réellement parler d’une « arme de propagande » ?
C’est ici qu’il faut distinguer les faits des accusations.
👉 Il est établi que l’Ukraine considère Masha et Michka comme un instrument d’influence russe et qu’elle sanctionne désormais plusieurs personnes et organisations liées à sa production et à sa distribution.
En revanche, présenter comme un fait incontestable que le dessin animé aurait été créé par le Kremlin dans le but de manipuler les enfants serait aller beaucoup plus loin que les éléments disponibles.
Animaccord conteste cette lecture et affirme son indépendance vis-à-vis du pouvoir russe.
La notion de « propagande » dépend donc ici largement de la manière dont on analyse l’influence culturelle russe.
Une œuvre n’a pas nécessairement besoin de parler directement de politique pour exercer une influence : films, séries, musique, jeux vidéo ou dessins animés peuvent contribuer à façonner l’image internationale d’un pays.
C’est précisément ce que l’Ukraine reproche aujourd’hui à Masha et Michka.
🔴 Une petite fille et un ours au milieu d’une immense guerre de l’information
Derrière cette histoire étonnante se cache finalement un phénomène beaucoup plus sérieux : la guerre entre la Russie et l’Ukraine se joue aussi sur les écrans, dans la culture et dans l’imaginaire collectif.
Depuis l’invasion russe à grande échelle de février 2022, Kiev cherche à réduire l’influence culturelle russe tandis que Moscou continue à utiliser différents instruments médiatiques et culturels pour maintenir son influence internationale.
Masha et Michka représente un cas particulièrement spectaculaire parce que son public est constitué en grande partie… d’enfants.
Pour Kiev, permettre à une production russe aussi populaire de toucher quotidiennement des millions de jeunes spectateurs constitue désormais un problème politique, culturel mais également économique.
Pour ses producteurs et ses défenseurs, il ne s’agit au contraire que d’un dessin animé universel injustement transformé en enjeu géopolitique.
👉 Une chose est certaine : après les chaînes de télévision, les réseaux sociaux et les plateformes numériques, la guerre de l’information entre Moscou et Kiev vient désormais de gagner un terrain pour le moins inattendu : celui des dessins animés pour enfants.
Sources et références
— Présidence ukrainienne / décrets du 20 août 2026 — sanctions visant notamment cinq ressortissants russes et quatre organisations impliqués dans la création et la distribution de Masha et Michka. Les autorités ukrainiennes accusent la série de diffuser des récits prorusses sous couvert de contenu pour enfants. Présidence ukrainienne — informations reprises sur les sanctions
— AFP / Al Jazeera, 21 août 2026 — annonce des sanctions par la ministre ukrainienne de la Culture Tetiana Berezhna et accusations de propagande prorusse. Lire l’article AFP repris par Al Jazeera
— Ouest-France, 21 août 2026 — informations en français sur les sanctions ukrainiennes contre les producteurs et distributeurs de Masha et Michka. Lire l’article d’Ouest-France
— UA.News, 21 août 2026 — déclarations de Tetiana Berezhna concernant les plus de 800 millions de vues enregistrées en 2025 par la chaîne ukrainophone, la monétisation et les démarches envisagées auprès de Netflix et YouTube. Lire l’article de UA.News
— The Guardian, 2 juillet 2026 — mobilisation de plus de 50 parlementaires britanniques et controverse autour de l’imagerie soviétique et du « soft power » russe. Lire l’enquête du Guardian
— Le Parisien, 1er juillet 2026 — polémique autour de Netflix après l’acquisition des droits de deux nouvelles saisons et la prolongation de la licence internationale du dessin animé. Lire l’article du Parisien
— Le Monde, 21 août 2026 — réaction du Kremlin et déclaration de Dmitri Peskov selon laquelle l’Ukraine aurait « déclaré la guerre aux dessins animés ». Lire le suivi du Monde