Présidentielle 2027 : tensions avec Marine Le Pen ? Jordan Bardella assure la soutenir « à 2 000 % »
Le torchon brûle-t-il entre Marine Le Pen et Jordan Bardella à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027 ? Après la publication d’informations faisant état d’une vive altercation au sein du Rassemblement national, le président du parti dément toute brouille et affiche un soutien spectaculaire à la candidate : « Je la soutiens à 2 000 % ». Derrière cette démonstration d’unité, plusieurs divergences politiques sont pourtant apparues ces dernières semaines.
👉 La campagne présidentielle de Marine Le Pen aurait-elle déjà provoqué des étincelles au sommet du Rassemblement national ?
Depuis plusieurs jours, la question agite les coulisses de la droite nationale. En cause : les relations entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, longtemps présentés comme les deux visages parfaitement complémentaires du RN.
Une image que les intéressés veulent manifestement préserver.
« Je la soutiens à 2 000 % »
Ce samedi 5 septembre, Jordan Bardella a catégoriquement rejeté l’idée d’une rupture avec Marine Le Pen.
Interrogé devant la presse alors qu’il se trouvait à l’étranger, le président du RN a assuré que tout allait parfaitement bien entre eux.
« Ça va très très bien, je vous rassure. Je la soutiens à 2 000 %. Plus il y aura ce type d’article, plus j’aurai envie de la soutenir », a-t-il lancé.
Il s’en est également pris directement à Libération, qui affirme qu’une réunion interne particulièrement tendue se serait déroulée cette semaine.
Selon le quotidien, Jordan Bardella aurait quitté cette réunion après un désaccord concernant notamment la place accordée à Marion Maréchal, revenue dans le jeu politique autour de Marine Le Pen.
Une phrase spectaculaire lui est attribuée : « C’est elle ou moi ».
À ce stade, cette scène doit toutefois être considérée avec prudence : elle est rapportée par Libération et publiquement contestée par le RN.
Marion Maréchal au cœur des tensions ?
Le retour de Marion Maréchal dans l’environnement politique de sa tante constitue potentiellement un sujet sensible.
Après son passage chez Reconquête et sa rupture avec Éric Zemmour, son rapprochement avec Marine Le Pen pourrait modifier certains équilibres internes.
C’est précisément ce scénario qui nourrit les interrogations autour de Jordan Bardella : jusqu’où le président du RN acceptera-t-il de voir de nouveaux responsables prendre de l’importance dans une campagne dont Marine Le Pen entend manifestement reprendre totalement le contrôle ?
L’existence d’un conflit ouvert reste contestée.
Mais les différences politiques entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, elles, ne sont plus simplement hypothétiques.
Retraites : Marine Le Pen reprend la main
Premier dossier : les retraites.
Marine Le Pen a confirmé fin août qu’elle souhaitait défendre son propre projet pour 2027, notamment un retour de l’âge légal à 62 ans et des dispositions spécifiques pour ceux ayant commencé à travailler jeunes.
Jordan Bardella avait auparavant défendu une orientation économique sensiblement différente, allant jusqu’à évoquer une logique reposant davantage sur la durée de cotisation et une part de capitalisation.
La candidate a donc clairement repris la main sur ce dossier stratégique.
À quelques mois de la présidentielle, le message est difficile à manquer : le programme sera celui de Marine Le Pen.
Le départ de François Durvye révèle également des divergences
Autre épisode embarrassant : le départ de François Durvye, conseiller économique du RN devenu conseiller spécial de Jordan Bardella.
Durvye a annoncé fin août qu’il ne participerait pas à la campagne présidentielle de Marine Le Pen et quittait également son poste auprès de Bardella.
L’intéressé a notamment évoqué des désaccords avec la ligne économique défendue par la candidate.
Et là encore, les versions ont divergé.
Jordan Bardella avait présenté ce départ comme une décision personnelle de son conseiller.
Marine Le Pen a été beaucoup plus sèche, déclarant avoir elle-même souhaité son départ.
Le Monde rapporte que François Durvye s’était rapproché de Bardella et représentait une ligne plus libérale économiquement que celle traditionnellement défendue par Marine Le Pen.
Difficile, dans ces conditions, de parler d’une parfaite harmonie idéologique.
Le voile, autre sujet sensible
L’interdiction du port du voile dans l’espace public constitue également une différence notable.
Le RN a récemment remis cette proposition au centre du débat, notamment par l’intermédiaire du député Jean-Philippe Tanguy.
Marine Le Pen souhaite faire de la lutte contre ce qu’elle qualifie d’« idéologies islamistes » l’un des marqueurs de sa campagne et envisage un référendum ouvrant notamment la voie à une sanction du port du voile dans l’espace public.
Jordan Bardella s’était montré beaucoup plus prudent sur une telle interdiction, insistant auparavant sur les difficultés concrètes et juridiques de sa mise en œuvre.
Le Monde relève précisément ces divergences sur le voile et les retraites, ainsi que les récits contradictoires entourant François Durvye.
Une « débardellisation » du RN ?
C’est désormais la véritable question.
Pendant plusieurs années, Jordan Bardella a progressivement occupé une place considérable dans la stratégie du Rassemblement national.
Président du parti, tête de liste aux européennes, omniprésent dans les médias et régulièrement testé dans les sondages présidentiels, il apparaissait naturellement comme la solution de remplacement si Marine Le Pen ne pouvait pas se présenter en 2027.
Mais depuis que sa candidature est redevenue possible, Marine Le Pen a repris l’initiative.
Le programme présidentiel porte désormais clairement son empreinte.
Certains proches ou conseillers de Bardella se retrouvent écartés ou marginalisés, tandis que celui-ci doit désormais trouver sa place dans un dispositif où Marine Le Pen entend rester la décisionnaire principale.
La presse française observe d’ailleurs depuis plusieurs jours ce changement d’équilibre. Le Monde estime que Bardella cherche à maintenir sa propre « spécificité » tout en restant le partenaire politique désigné de Marine Le Pen.
Bardella reste pourtant incontournable
Il serait cependant prématuré d’en conclure que Jordan Bardella est marginalisé.
Il reste président du Rassemblement national et l’une des principales figures médiatiques du parti.
Ses déplacements internationaux en témoignent encore. Le 4 septembre, il apparaissait par exemple aux côtés de Nigel Farage au Royaume-Uni pour présenter un accord politique sur l’immigration entre le RN et Reform UK.
Bardella continue donc de construire son propre poids politique.
Ce qui peut également expliquer certaines tensions : les deux dirigeants ne possèdent plus exactement les mêmes intérêts.
👉 Marine Le Pen doit gagner l’élection présidentielle.
👉 Jordan Bardella doit soutenir Marine Le Pen tout en préservant son avenir politique.
Marine Le Pen reste la patronne de la campagne
Pour l’instant, Jordan Bardella choisit donc l’affichage d’une unité totale.
Son spectaculaire « Je la soutiens à 2 000 % » vise précisément à couper court aux spéculations sur une guerre ouverte.
Mais ce soutien n’efface pas les faits politiques observés depuis plusieurs semaines.
Sur les retraites, sur le voile, sur la stratégie économique ou sur certains membres de leur entourage, Marine Le Pen et Jordan Bardella ne défendent pas toujours exactement la même ligne.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’une rupture se prépare.
Mais à moins de huit mois du scrutin présidentiel, chaque désaccord interne est désormais scruté.
Et si Marine Le Pen reste aujourd’hui la candidate incontestée du RN, Jordan Bardella sait probablement qu’il joue simultanément deux parties : la présidentielle de 2027 aux côtés de Marine Le Pen… et son propre avenir pour l’après-Le Pen.
Sources :
Le Monde — Jordan Bardella mal à l’aise sur le voile et les retraites
Le Monde — le départ de François Durvye et les divergences économiques au RN
Le Parisien — François Durvye quitte son poste et la campagne de Marine Le Pen