« Elles auront une amende » : le RN veut interdire le voile si Marine Le Pen est élue en 2027
« Elles auront une amende » : le RN confirme vouloir interdire le voile dans l’espace public si Marine Le Pen accède à l’Élysée en 2027. Voici ce que prévoit réellement le parti et ce que permet aujourd’hui la loi française.
Le Rassemblement national confirme vouloir interdire le port du voile islamique dans l’espace public en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027. Les femmes qui continueraient à le porter pourraient alors être sanctionnées par une amende. Mais contrairement à ce que certains titres peuvent laisser penser, rien de tout cela n’est aujourd’hui en vigueur et la mise en œuvre d’une telle interdiction se heurterait à d’importantes difficultés juridiques.
Le Rassemblement national semble avoir tranché l’une des questions les plus sensibles de son programme pour l’élection présidentielle de 2027.
Invité de BFMTV ce dimanche 30 août 2026, le député RN de la Somme Jean-Philippe Tanguy a confirmé que son parti souhaitait interdire le port du voile islamique dans l’espace public si Marine Le Pen accédait à l’Élysée.
Une interdiction qui ne resterait pas symbolique : les femmes qui continueraient à porter le voile pourraient être verbalisées.
« S’il y a des femmes qui portent le voile alors qu’il est interdit, elles auront une amende », a notamment déclaré Jean-Philippe Tanguy, comparant le principe de cette sanction à celle pouvant frapper les automobilistes qui ne portent pas leur ceinture de sécurité.
Le RN confirme que la mesure a été « tranchée »
Cette proposition n’est pas nouvelle.
L’interdiction du voile islamique dans l’espace public figurait déjà parmi les propositions défendues par Marine Le Pen lors de précédentes campagnes présidentielles. Mais son maintien dans le programme de 2027 avait suscité des interrogations au sein même du RN.
Jean-Philippe Tanguy assure désormais que le débat interne est terminé : « Ça a été tranché ».
Selon lui, le voile ne relèverait pas uniquement d’une liberté vestimentaire ou religieuse mais constituerait également, aux yeux du RN, l’expression d’une idéologie islamiste que le parti entend combattre.
Le député affirme par ailleurs que l’interdiction serait soutenue par « 60 % à 70 % » des Français. Cette affirmation doit cependant être prise avec précaution : dans les informations publiées ce dimanche rapportant ses déclarations, aucun sondage précis n’est cité par Jean-Philippe Tanguy pour étayer directement cette fourchette de 60 à 70 %.
Des enquêtes antérieures ont toutefois montré qu’une majorité de Français pouvait se déclarer favorable à certaines restrictions concernant les signes religieux. Une étude publiée en 2024 indiquait par exemple que 61 % des personnes interrogées étaient favorables à l’interdiction des signes religieux visibles dans l’espace public. Mais cette question concernait l’ensemble des signes religieux visibles, et pas spécifiquement le voile islamique ni exactement le dispositif aujourd’hui défendu par le RN.
Aujourd’hui, porter un simple voile dans la rue est légal
C’est une distinction essentielle.
En France, en août 2026, une femme majeure peut légalement porter un hijab ou un foulard islamique dans la rue et, plus généralement, dans l’espace public.
La loi française n’interdit pas de manière générale le port d’un signe religieux par les particuliers dans l’espace public.
Il existe en revanche plusieurs restrictions dans des situations précises, notamment pour les agents publics soumis au principe de neutralité ou pour les élèves des écoles, collèges et lycées publics, où les signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse sont interdits.
Il ne faut donc pas confondre le voile qui couvre les cheveux mais laisse apparaître le visage avec le voile intégral qui dissimule le visage.
Le voile intégral est déjà interdit dans l’espace public
Depuis la loi du 11 octobre 2010, personne ne peut porter dans l’espace public une tenue destinée à dissimuler son visage.
Cette interdiction concerne notamment le niqab ou la burqa, mais elle ne vise pas exclusivement les vêtements religieux.
L’espace public comprend notamment les voies publiques et les lieux ouverts au public ou affectés à un service public.
Le non-respect de cette interdiction peut être sanctionné par une amende pouvant atteindre 150 euros, éventuellement accompagnée d’un stage de citoyenneté. Le Conseil constitutionnel a validé cette loi en 2010, avec notamment une réserve concernant les lieux de culte ouverts au public.
Mais cette législation ne permet pas d’interdire aujourd’hui un foulard laissant le visage découvert.
C’est précisément là que le projet du RN changerait profondément le droit français.
Marine Le Pen élue ne signifierait pas une interdiction automatique du voile
C’est probablement le point le plus important pour comprendre cette annonce.
Même si Marine Le Pen remportait l’élection présidentielle de 2027, elle ne pourrait pas simplement décider, dès son arrivée à l’Élysée, que le voile est désormais interdit partout dans la rue.
Une nouvelle norme juridique devrait être adoptée.
Le RN a déjà évoqué le recours à un référendum. En juillet 2026, le vice-président du parti Sébastien Chenu avait de nouveau confirmé la volonté du RN de maintenir une interdiction du voile dans son programme et évoqué une consultation des Français.
Mais la question juridique serait considérable.
Une interdiction générale pourrait se heurter aux libertés fondamentales
La liberté de conscience et la liberté de manifester ses convictions religieuses sont protégées en France et par la Convention européenne des droits de l’homme.
Ces libertés ne sont pas absolues : des restrictions peuvent être décidées pour des motifs comme la sécurité ou l’ordre public, à condition qu’elles soient justifiées et proportionnées.
Mais interdire spécifiquement à toutes les femmes de porter un foulard islamique dans l’ensemble de l’espace public serait beaucoup plus difficile à justifier juridiquement qu’une obligation de montrer son visage.
Le Conseil d’État avait d’ailleurs déjà souligné, lors des travaux précédant la loi de 2010, qu’une interdiction générale fondée directement sur le caractère religieux d’un vêtement présentait de sérieux risques constitutionnels et conventionnels.
Le Conseil d’État avait également écarté l’idée selon laquelle le principe de laïcité permettrait, à lui seul, d’interdire les vêtements religieux portés par les particuliers dans l’espace public. La laïcité impose avant tout des obligations à l’État et à ses agents, elle ne signifie pas que les citoyens doivent être neutres religieusement dans la rue.
Un article publié par Le Parisien dès le 21 juillet 2026 soulignait ainsi qu’« en l’état des textes », la mise en œuvre d’une interdiction générale du voile voulue par le RN apparaissait juridiquement particulièrement complexe.
Le référendum ne fait pas disparaître toutes les questions juridiques
Le RN pourrait tenter de contourner certaines difficultés politiques en soumettant directement une réforme aux Français.
Mais organiser un référendum ne signifie pas nécessairement que toutes les interrogations constitutionnelles, européennes et conventionnelles disparaissent.
La manière dont la mesure serait rédigée serait déterminante : interdiction dans toutes les rues ? Dans tous les lieux ouverts au public ? Seulement dans certains bâtiments publics ? Uniquement pour certains vêtements ?
À ce stade, les déclarations politiques permettent de comprendre l’objectif général du RN, mais le texte juridique précis qui permettrait d’appliquer cette interdiction n’est pas encore connu.
Il est donc impossible aujourd’hui d’affirmer avec certitude quelles seraient les sanctions exactes, les exceptions éventuelles ou même si le dispositif final pourrait entrer en vigueur sous la forme actuellement annoncée.
Ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas
L’information révélée ce dimanche est donc bien réelle : le Rassemblement national confirme vouloir sanctionner par une amende les femmes portant le voile islamique dans l’espace public si son projet d’interdiction entre en vigueur après une victoire en 2027.
🔴 En revanche, il serait faux de laisser entendre que les femmes voilées risquent actuellement une telle amende.
Il serait également excessif d’affirmer qu’une victoire de Marine Le Pen entraînerait automatiquement l’interdiction du voile dès le lendemain de son élection.
Entre une promesse électorale et son application effective se trouvent encore plusieurs étapes politiques et juridiques majeures.
Marine Le Pen est bien engagée dans la campagne présidentielle de 2027 : après l’arrêt rendu par la cour d’appel de Paris le 7 juillet 2026 dans l’affaire des assistants parlementaires du FN, sa période d’inéligibilité ferme a été considérée comme déjà purgée, ce qui lui permet actuellement de se présenter. Elle a annoncé sa candidature le même jour et s’est pourvue en cassation.
À huit mois du premier tour, le débat sur le voile devient donc l’un des sujets de société que le Rassemblement national entend replacer au cœur de la campagne présidentielle.
Sources et références
- Le Parisien avec AFP, 30 août 2026 — déclarations de Jean-Philippe Tanguy concernant l’interdiction du voile et les amendes envisagées. Lire l’article du Parisien
- RTL / AFP, 30 août 2026 — confirmation des déclarations du député RN Jean-Philippe Tanguy sur BFMTV. Lire l’article de RTL
- TF1 Info, 20 juillet 2026 — maintien de l’interdiction du voile dans le programme du RN et évocation d’un référendum par Sébastien Chenu. Lire l’article de TF1 Info
- Conseil constitutionnel — commentaire de la décision n° 2010-613 DC concernant la loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Consulter le Conseil constitutionnel
- Conseil d’État, 30 mars 2010 — étude officielle sur les possibilités juridiques d’interdiction du port du voile intégral et les obstacles constitutionnels et conventionnels à une interdiction générale. Consulter l’étude du Conseil d’État
- Le Parisien, 21 juillet 2026 — analyse des obstacles juridiques auxquels serait confrontée une interdiction générale du voile islamique dans l’espace public. Lire l’analyse du Parisien