FINANCE

Fraude bancaire : votre banque peut être obligée de vous rembourser, mais ce détail change tout

Victime d’un faux conseiller, d’un phishing ou d’une opération bancaire frauduleuse ? La loi peut obliger votre banque à vous rembourser, mais une distinction essentielle détermine vos droits : une escroquerie n’est pas toujours juridiquement une opération de paiement non autorisée.

Un SMS annonce qu’un colis ne peut pas être livré. Quelques secondes suffisent pour cliquer sur un lien et renseigner certaines informations. Puis, parfois plusieurs jours plus tard, un appel arrive : un prétendu conseiller bancaire connaît le nom de la victime, sa banque et suffisamment de détails personnels pour paraître crédible.

Sous prétexte de stopper une fraude en cours, l’escroc demande alors de valider une opération, d’ajouter un bénéficiaire, de communiquer un code ou d’effectuer un virement vers un prétendu « compte sécurisé ».

Lorsque l’argent disparaît, beaucoup de victimes pensent qu’elles n’ont plus aucun recours puisqu’elles ont utilisé leur téléphone, leur application bancaire ou leur système d’authentification forte.

⚖️ La réalité juridique est beaucoup plus nuancée.

En France, une banque doit en principe rembourser une opération de paiement non autorisée. Mais cela ne signifie pas que toute personne victime d’une escroquerie bancaire sera automatiquement indemnisée.

👉 Et cette différence est essentielle.

Une opération non autorisée doit en principe être remboursée très rapidement

L’article L.133-18 du Code monétaire et financier prévoit qu’en cas d’opération de paiement non autorisée correctement signalée, la banque doit rembourser son client immédiatement et, au plus tard, à la fin du premier jour ouvrable suivant.

Le compte doit également être rétabli dans la situation dans laquelle il se serait trouvé si l’opération frauduleuse n’avait jamais eu lieu.

Cela concerne par exemple des paiements ou des virements réalisés sans que le titulaire du compte ait effectivement donné son consentement.

🔴 Mais attention : être victime d’une arnaque et avoir subi une opération juridiquement « non autorisée » ne sont pas toujours exactement la même chose.

Le cas beaucoup plus compliqué du virement effectué par la victime elle-même

Imaginons qu’un faux conseiller bancaire convainque une victime de transférer elle-même plusieurs milliers d’euros vers un prétendu « compte sécurisé ».

La personne a incontestablement été escroquée.

Mais puisqu’elle a elle-même donné l’ordre de virement, la question du remboursement devient beaucoup plus complexe que lorsqu’un escroc s’est directement introduit sur son compte pour effectuer une opération à son insu.

La Banque de France distingue d’ailleurs ces situations.

Lorsqu’une personne découvre qu’elle a elle-même envoyé de l’argent vers un RIB frauduleux, elle doit prévenir sa banque sans délai et demander une procédure de retour des fonds, appelée « recall ». La récupération n’est alors pas garantie et peut notamment dépendre de la possibilité de retrouver l’argent avant qu’il ne soit transféré ailleurs.

Autrement dit, contrairement à ce que certains titres peuvent laisser penser :

👉 Toute fraude bancaire ne donne pas automatiquement droit à un remboursement.

La « négligence grave », l’un des points décisifs

Même lorsqu’une opération est considérée comme non autorisée, la banque peut, dans certaines situations prévues par la loi, opposer à son client une négligence grave.

Mais elle ne peut pas simplement l’affirmer.

L’article L.133-23 du Code monétaire et financier prévoit qu’en cas de contestation, il appartient notamment au prestataire de paiement d’apporter les éléments permettant d’établir la fraude ou la négligence grave du client.

👉 C’est un élément fondamental souvent mal compris des victimes.

Une authentification forte ne suffit pas, à elle seule, à prouver la faute du client

Une banque peut montrer que l’opération a été réalisée avec le téléphone du client, son application bancaire, son code ou une authentification forte.

Mais cela ne règle pas automatiquement le litige.

Le Code monétaire et financier précise que l’utilisation enregistrée d’un instrument de paiement ne suffit pas nécessairement, à elle seule, à démontrer que le client a autorisé l’opération ou qu’il a commis une négligence grave.

C’est particulièrement important dans les affaires de faux conseillers bancaires.

Les fraudeurs utilisent précisément des techniques de manipulation destinées à convaincre leurs victimes qu’elles sont en train de protéger leur compte alors qu’elles facilitent, sans le comprendre, une opération frauduleuse.

Faux conseiller bancaire : une décision importante de la Cour de cassation

Le 23 octobre 2024, la Cour de cassation s’est prononcée dans une affaire de spoofing, une technique permettant à un escroc de faire apparaître un numéro ressemblant ou correspondant à celui de la banque.

La victime avait été contactée par une personne se présentant comme travaillant pour son établissement bancaire et avait effectué certaines manipulations demandées par l’escroc.

La Cour de cassation a validé la décision considérant que la négligence grave du client n’était pas caractérisée, notamment parce que l’usurpation du numéro avait contribué à le mettre en confiance et à diminuer sa vigilance.

🔴 Cette décision est importante.

Mais elle ne signifie absolument pas que toutes les victimes de faux conseillers seront automatiquement remboursées.

Chaque affaire dépend de ses circonstances.

Remettre physiquement sa carte bancaire à un inconnu, communiquer certains codes confidentiels malgré des avertissements particulièrement explicites ou poursuivre des opérations en présence de nombreux signaux manifestes de fraude peut, selon les circonstances, conduire un tribunal à retenir une négligence grave.

Les décisions judiciaires restent donc très factuelles et sont examinées au cas par cas.

54 % des Français disent avoir déjà été ciblés

Le phénomène est loin d’être marginal.

Selon un baromètre Harris Interactive relayé en juin 2025 par la Banque de France, la Fédération bancaire française et les pouvoirs publics, 54 % des Français déclaraient avoir déjà subi une tentative d’arnaque visant leurs données bancaires, et environ une personne sur dix déclarait en avoir effectivement été victime.

Les techniques des escrocs se sont considérablement professionnalisées : SMS de livraison, phishing, faux service antifraude, usurpation de numéro de téléphone, informations personnelles obtenues à la suite de fuites de données…

La victime peut ainsi être confrontée à un interlocuteur qui connaît déjà plusieurs informations la concernant, renforçant considérablement la crédibilité de l’arnaque.

Que faire lorsqu’on découvre une opération frauduleuse ?

🔴 La première règle est de réagir immédiatement.

Il faut contacter sa banque, faire opposition au moyen de paiement concerné lorsque cela est nécessaire, sécuriser ses accès bancaires et contester les opérations que l’on n’a pas autorisées.

Pour un virement frauduleux ou envoyé vers un RIB frauduleux, il faut également demander immédiatement à la banque de tenter un rappel des fonds (« recall »). Plus la demande intervient rapidement, plus les chances de récupérer l’argent sont importantes.

Il est également recommandé de conserver tous les éléments disponibles : SMS, courriels, captures d’écran, journaux d’appels, numéros de téléphone, relevés de compte et échanges avec la banque.

Ces preuves peuvent devenir essentielles en cas de contestation.

Le dépôt de plainte n’est pas une condition préalable au remboursement

📍 Autre idée reçue : une banque ne peut pas imposer un dépôt de plainte comme condition préalable indispensable à l’examen d’une demande de remboursement.

La Banque de France le précise explicitement.

Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas porter plainte.

Au contraire, les autorités recommandent fortement de signaler les fraudes aux forces de l’ordre. En cas de virement effectué vers un compte frauduleux, il est particulièrement important d’agir rapidement.

Jusqu’à 13 mois pour contester, mais il ne faut surtout pas attendre

L’article L.133-24 du Code monétaire et financier prévoit que le client doit signaler une opération non autorisée sans tarder et, dans le régime général applicable aux particuliers, au plus tard dans les treize mois suivant le débit.

Les treize mois ne doivent donc surtout pas être interprétés comme un délai conseillé.

❌ Il s’agit d’une limite maximale.

En matière de fraude bancaire, quelques heures peuvent parfois faire la différence entre des fonds encore récupérables et un argent transféré à travers plusieurs comptes avant de disparaître.

Et si la banque refuse de rembourser ?

Un refus de remboursement n’est pas nécessairement la fin de l’histoire.

👉 Le client peut contester la décision auprès du service réclamation de son établissement et, si le désaccord persiste, saisir le médiateur compétent. Une procédure judiciaire reste ensuite possible lorsque le litige n’est pas résolu.

Il est alors particulièrement important de déterminer précisément :

👉 Qui a initié l’opération, ce que la victime a réellement validé, quelles informations lui ont été présentées, quels dispositifs de sécurité ont été utilisés et quels éléments la banque invoque pour caractériser une éventuelle négligence grave.

Ce sont ces faits, et non le simple constat qu’un code ou une application bancaire ont été utilisés, qui peuvent devenir déterminants.

Une banque en retard peut également devoir payer des intérêts majorés

La loi prévoit même des sanctions financières lorsque les conditions du remboursement prévues par l’article L.133-18 sont réunies mais que la banque ne respecte pas ses obligations.

Les sommes dues produisent alors des intérêts au taux légal majoré de 5 points, puis de 10 points au-delà de sept jours de retard et de 15 points au-delà de trente jours.

Un dispositif loin d’être anecdotique lorsque plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’euros sont en jeu.

Le véritable détail à retenir

La règle n’est donc ni :

« J’ai été victime d’une fraude, ma banque doit toujours me rembourser »,

ni :

« J’ai validé quelque chose sur mon téléphone, donc j’ai forcément perdu tout droit au remboursement. »

👉 La réalité est plus précise.

Lorsqu’une opération de paiement est juridiquement non autorisée, la loi française impose en principe un remboursement très rapide.

Une banque peut toutefois invoquer notamment une fraude du client ou, dans les situations prévues par le Code monétaire et financier, une négligence grave. Cette négligence ne se déduit pas automatiquement du simple fonctionnement d’une authentification : elle doit être établie à partir des circonstances.

À l’inverse, lorsqu’une victime a elle-même ordonné un virement sous l’emprise d’un escroc, le remboursement peut être beaucoup plus difficile et n’est pas automatiquement garanti.

C’est cette distinction entre être victime d’une escroquerie et avoir subi une opération juridiquement non autorisée qui change véritablement tout.


🟢 Questions FAQ

Une banque est-elle obligée de rembourser une fraude bancaire ?

En principe, oui lorsqu’il s’agit d’une opération de paiement non autorisée et que les conditions prévues par le Code monétaire et financier sont réunies. En revanche, un virement effectué volontairement par une victime manipulée par un escroc pose une situation juridique différente.

La banque peut-elle refuser pour négligence grave ?

Oui, mais elle doit être en mesure d’établir cette négligence grave à partir des circonstances de l’affaire.

Le fait d’avoir validé une authentification forte empêche-t-il tout remboursement ?

Non. L’utilisation d’un système d’authentification ne suffit pas automatiquement à démontrer que le client a autorisé l’opération ou qu’il a commis une négligence grave.

Faut-il déposer plainte pour obtenir un remboursement ?

Le dépôt de plainte n’est pas une condition légale préalable au remboursement d’une opération non autorisée, même s’il reste fortement recommandé en cas de fraude.

Quel est le délai pour contester une opération bancaire frauduleuse ?

Dans le régime général applicable aux particuliers, le délai maximal peut atteindre 13 mois, mais l’opération doit être signalée sans tarder.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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