POLITIQUE

« Sans immigration, pas de pénurie de logements » : Marion Maréchal dit-elle vrai ?

👉 « Sans l’immigration de masse, il n’y aurait pas de pénurie de logements. » La déclaration de Marion Maréchal fait réagir et s’appuie sur plusieurs statistiques concernant les immigrés et les HLM. Mais ces chiffres prouvent-ils réellement ce qu’on leur fait dire ? Nous avons vérifié les données officielles de l’Insee et du ministère de l’Intérieur.

Marion Maréchal affirme que la pénurie de logements en France serait essentiellement la conséquence de « l’immigration de masse ». Pour étayer cette thèse, plusieurs statistiques sur l’occupation des HLM et les titres de séjour sont mises en avant. Certains chiffres sont authentiques. Mais leur présentation mélange des sources, des périodes et surtout des indicateurs qui ne permettent pas de démontrer la conclusion avancée.

Fact-check :

La formule est spectaculaire : « Sans l’immigration de masse, il n’y aurait pas de pénurie de logements. » Elle établit un lien de causalité direct entre immigration et crise du logement en France.

À première vue, les statistiques citées semblent conforter le raisonnement : les immigrés seraient proportionnellement beaucoup plus nombreux à vivre dans le parc social et plusieurs centaines de milliers de premiers titres de séjour sont délivrés chaque année.

Mais regarder les chiffres de près conduit à une conclusion beaucoup plus nuancée : l’immigration contribue effectivement à la demande de logements, mais les données disponibles ne permettent absolument pas d’affirmer que la pénurie disparaîtrait en son absence.

Oui, 30 % des immigrés vivent en HLM contre 11 % des non-immigrés

👉 Commençons par ce qui est exact.

Une étude publiée en octobre 2025 par la Direction générale des étrangers en France, à partir du recensement de la population 2022 de l’Insee, indique que 30 % des immigrés vivent dans un ménage locataire d’un logement HLM, contre 11 % des non-immigrés.

La même source indique que les immigrés sont également beaucoup moins souvent propriétaires : 36 %, contre 63 % des non-immigrés.

Le chiffre de 47,3 % concernant les ménages originaires d’Algérie vivant en HLM apparaît lui aussi dans cette publication officielle.

👉 Il serait donc faux de nier la surreprésentation des immigrés dans le logement social.

Mais c’est précisément à cet endroit que commence le problème d’interprétation.

30 % des immigrés en HLM ne signifie pas que 30 % des HLM sont occupés par des immigrés

C’est une distinction statistique fondamentale.

Dire :

👉 « 30 % des immigrés vivent en HLM »

ne signifie pas :

👉 « 30 % des occupants de HLM sont immigrés ».

Le dénominateur n’est pas le même.

Dans le premier cas, on prend l’ensemble de la population immigrée et on cherche quelle proportion vit en HLM. Dans le second, il faudrait prendre l’ensemble des occupants du parc social et déterminer quelle part est immigrée.

👉 Or la statistique citée répond à la première question, pas à la seconde.

Présenter ce chiffre juste après avoir demandé « Qui occupe le parc social ? » risque donc d’induire le lecteur en erreur : ce n’est pas ce que mesure la donnée.

Et « immigré » ne signifie pas nécessairement « étranger »

👉 Une autre confusion est essentielle.

Selon la définition de l’Insee, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Mais un immigré peut ensuite acquérir la nationalité française. Il continue alors à être comptabilisé statistiquement comme immigré.

👉 Cela signifie qu’une partie des personnes comptabilisées dans les fameux « 30 % » sont elles-mêmes françaises.

Le raisonnement consistant à passer directement de :

👉 « les immigrés sont davantage présents dans les HLM »

à :

👉 « il faut réserver les HLM aux Français »

mélange donc deux catégories différentes : immigrés et étrangers ne sont pas synonymes.

Le chiffre de 57 % pour l’Afrique sahélienne existe également, mais il vient d’une autre enquête

Autre chiffre cité : 57 % des immigrés originaires d’Afrique sahélienne vivraient dans le logement social.

👉 Il existe bien.

Mais il provient de l’enquête Trajectoires et Origines 2 de l’Ined et de l’Insee, réalisée en 2019-2020 auprès des personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en France métropolitaine.

👉 Elle indique 57 % pour les immigrés originaires d’Afrique sahélienne, 52 % pour ceux d’Afrique guinéenne ou centrale, 49 % pour les immigrés d’Algérie et 44 % pour ceux du Maroc ou de Tunisie.

Il ne s’agit donc pas exactement de la même source, de la même année ni du même champ statistique que les chiffres de 2022.

👉 Et l’Insee apporte lui-même une explication importante : cette surreprésentation dans le logement social est largement liée aux revenus plus faibles et à l’âge plus jeune de certaines populations immigrées, auxquelles s’ajoute leur concentration dans les grandes agglomérations.

Autrement dit, la statistique établit une corrélation. Elle ne démontre pas qu’une préférence fondée sur l’origine serait accordée lors des attributions.

Non, le dernier chiffre officiel n’est plus « 384 000 titres de séjour, +11,2 % »

La publication évoque ensuite 384 000 premiers titres de séjour délivrés en 2025, en hausse de 11,2 %.

👉 Ces chiffres correspondent à une première estimation.

Mais le ministère de l’Intérieur a publié le 30 juin 2026 des données plus récentes : 377 462 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025, soit une augmentation de 9,2 % par rapport à 2024.

La différence ne bouleverse évidemment pas le débat migratoire. Mais pour une publication diffusée en août ou septembre 2026, 377 462 et +9,2 % sont les données officielles les plus récentes, et non 384 000 et +11,2 %.

Autre élément absent du raisonnement : le ministère précise que l’augmentation enregistrée en 2025 est entièrement portée par la hausse des titres délivrés pour motif humanitaire, notamment les protections subsidiaires, réfugiés et apatrides.

Enfin, un premier titre de séjour n’équivaut pas automatiquement à une nouvelle demande de HLM. Certains titulaires sont étudiants, salariés, membres de familles ou réfugiés ; certains vivent chez des proches, dans le parc privé, en résidence ou ailleurs. Additionner directement titres de séjour et demandes de logements sociaux serait donc statistiquement incorrect.

L’immigration augmente-t-elle malgré tout les besoins en logements ? Oui

👉 Il serait tout aussi trompeur de soutenir l’inverse.

Toute augmentation de population crée des besoins supplémentaires : les personnes arrivant sur le territoire doivent se loger. Dans les métropoles et les zones où l’offre est déjà insuffisante, l’immigration peut donc accentuer la tension immobilière.

👉 Ce mécanisme économique est réel.

Mais dire qu’un phénomène contribue à une pénurie n’est pas la même chose que démontrer qu’il en est la cause unique ou déterminante.

C’est précisément ce que la formule « sans immigration de masse, il n’y aurait pas de pénurie » ne démontre pas.

La France manque aussi de logements parce qu’elle en construit beaucoup moins

👉 L’un des grands absents de cette démonstration est l’effondrement de la construction.

Selon le Service des données et études statistiques du ministère du Logement, 286 600 logements avaient été mis en chantier entre juillet 2024 et juin 2025.

C’est 26 % de moins que durant les douze mois précédant la crise sanitaire.

On peut donc augmenter la demande par croissance démographique tout en aggravant simultanément la crise par une insuffisance de l’offre.

Réduire l’explication au seul nombre d’immigrés revient à ignorer l’autre moitié de l’équation : combien de logements la France produit-elle réellement ?

Le besoin en logements existe même indépendamment de l’immigration

Le ministère chargé du Logement lui-même ne raisonne pas en fonction d’une cause unique.

👉 Ses projections publiées en 2025 prennent en compte l’évolution du nombre de ménages, le mal-logement, les résidences secondaires, les logements vacants, les démolitions et les transformations du parc.

Dans son scénario central, la France aurait besoin d’environ 4 millions de résidences principales supplémentaires entre 2020 et 2050 en raison de l’évolution du nombre de ménages.

S’y ajoutent notamment un stock évalué à 1,4 million de besoins liés au mal-logement, l’évolution des résidences secondaires et le renouvellement du parc.

Une population peut d’ailleurs rester relativement stable et nécessiter davantage de logements : séparations, divorces, vieillissement, décohabitation des jeunes ou multiplication des personnes vivant seules font augmenter le nombre de ménages.

C’est un point crucial : le besoin en logements ne dépend pas seulement du nombre d’habitants.

La pénurie de logements sociaux, elle, est incontestable

Sur ce point, le constat posé dans la publication est juste : l’attente est devenue considérable.

La France comptait 5,4 millions de logements locatifs sociaux au 1er janvier 2025. Mais le parc n’a augmenté que de 0,5 % en un an. Seulement 71 300 logements ont été mis en location pour la première fois tandis que d’autres étaient démolis ou vendus.

Dans le même temps, le gouvernement faisait état d’environ 2,7 millions de demandeurs de logements sociaux pour seulement 380 000 attributions.

👉 Il existe donc bel et bien un énorme déséquilibre entre l’offre et la demande.

Mais ces chiffres ne renseignent pas, à eux seuls, sur la part exacte de ce déséquilibre imputable à l’immigration.

Les étrangers sont-ils prioritaires sur les Français pour obtenir un HLM ?

👉 Non, la nationalité étrangère n’est pas en elle-même un critère de priorité.

Un étranger peut demander un logement social s’il séjourne légalement en France et remplit notamment les conditions de ressources.

Les priorités d’attribution reposent sur la situation des demandeurs : handicap, mal-logement, absence de logement, difficultés particulières, DALO ou autres situations définies par la réglementation.

Un étranger en très grande précarité peut donc être prioritaire sur un Français disposant déjà d’un logement convenable.

👉 Mais ce n’est pas parce qu’il est étranger. C’est parce que sa situation répond davantage aux critères légaux de priorité.

Inversement, un Français confronté à une situation prioritaire peut également bénéficier de ces dispositifs.

Alors, Marion Maréchal a-t-elle raison ou tort ?

La réponse sérieuse exige de distinguer trois affirmations.

👉 Oui, les immigrés sont proportionnellement beaucoup plus nombreux que les non-immigrés à vivre dans le parc social.

👉 Oui, l’immigration augmente la population et contribue donc à la demande de logements, notamment dans les territoires où le marché est déjà sous tension.

👉 Mais non, les statistiques citées ne permettent pas de démontrer que « sans immigration de masse, il n’y aurait pas de pénurie de logements ».

La France cumule une croissance des besoins, une diminution de la taille des ménages, du mal-logement, une très forte concentration de la demande dans certaines métropoles et surtout une production de logements qui reste très inférieure à son niveau d’avant-crise.

👉 Attribuer l’ensemble de la pénurie à l’immigration transforme donc un facteur réel en explication unique.

Et c’est précisément là que les chiffres cessent d’être une démonstration statistique pour devenir un argument politique.

Verdict

Les chiffres sur la forte présence des immigrés dans le logement social sont globalement authentiques. Mais ils sont parfois mélangés entre plusieurs sources et plusieurs périodes, et surtout utilisés pour soutenir une conclusion qu’ils ne démontrent pas.

L’immigration fait partie de l’équation du logement en France. La nier serait absurde.

Prétendre qu’elle explique à elle seule la pénurie l’est tout autant.

La crise du logement est d’abord le résultat d’un déséquilibre complexe entre une demande très forte et une offre insuffisante. Et les statistiques officielles disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’en supprimant l’immigration, cette crise disparaîtrait.

  • Sources :

Ministère de l’Intérieur — Le logement des immigrés vivant en France en 2022 · Ministère de l’Intérieur — Titres de séjour en 2025 · SDES — 5,4 millions de logements sociaux au 1er janvier 2025 · SDES — Besoins en logements à l’horizon 2030, 2040 et 2050

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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