SANTE

Trouble bipolaire : quels sont les signes qui doivent vraiment alerter ?

Le trouble bipolaire ne se résume pas à de simples sautes d’humeur. Certains signes peuvent alerter, mais seul un professionnel peut poser un diagnostic. Voici les symptômes à connaître et les situations qui doivent conduire à consulter.

Le trouble bipolaire est souvent réduit, à tort, à de simples “sautes d’humeur”. En réalité, il s’agit d’un trouble psychiatrique chronique pouvant provoquer des épisodes maniaques, hypomaniaques ou dépressifs, parfois très intenses. Certains signes peuvent alerter, mais ils ne permettent jamais, à eux seuls, de poser un diagnostic.

Le mot « bipolaire » est aujourd’hui utilisé très facilement dans le langage courant. Une personne change rapidement d’humeur, devient irritable ou traverse une période d’excitation ? On entend parfois immédiatement : « Elle est bipolaire ».

🔴 Pourtant, la réalité médicale est beaucoup plus complexe.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le trouble bipolaire touche l’humeur, l’énergie, l’activité et les pensées. Il se caractérise notamment par des épisodes maniaques ou hypomaniaques et des épisodes dépressifs. En 2021, environ 37 millions de personnes dans le monde, soit 0,5 % de la population mondiale, vivaient avec ce trouble. Organisation mondiale de la santé

Ce n’est pas simplement « changer d’humeur »

Le trouble bipolaire provoque des modifications de l’humeur suffisamment importantes pour constituer une rupture avec le fonctionnement habituel de la personne.

L’Assurance Maladie souligne que ce changement peut être plus ou moins brutal, mais qu’il marque une différence nette avec le fonctionnement psychique antérieur, souvent remarquée par l’entourage. Ameli

🔴 Autrement dit, être naturellement très énergique, bavard ou émotif ne signifie pas être bipolaire.

Ce sont surtout l’intensité, la durée, l’association de plusieurs symptômes et leurs conséquences sur la vie quotidienne qui doivent attirer l’attention.

Quels signes peuvent apparaître pendant un épisode maniaque ?

Pendant une phase maniaque, la personne peut présenter une énergie exceptionnellement élevée et avoir l’impression que ses capacités sont décuplées.

Plusieurs manifestations sont possibles :

  • diminution importante du besoin de dormir,
  • énergie et activité inhabituelles,
  • parole très rapide ou très abondante,
  • idées qui s’enchaînent très vite,
  • difficulté à se concentrer,
  • sentiment excessif de confiance ou de puissance,
  • multiplication des projets,
  • dépenses excessives,
  • prises de risques inhabituelles,
  • comportements sexuels à risque,
  • forte irritabilité ou agitation.

L’OMS cite également parmi les manifestations possibles des comportements imprudents ou dangereux. Organisation mondiale de la santé

Dans certaines formes sévères, des idées délirantes ou des hallucinations peuvent également apparaître. L’impact sur la vie familiale, sociale ou professionnelle peut alors être considérable. Ameli

Combien de temps dure un épisode maniaque ?

C’est un point essentiel.

Une soirée d’euphorie ou quelques heures d’excitation ne suffisent pas à parler de manie.

L’Assurance Maladie indique qu’un épisode maniaque classique dure plus d’une semaine et généralement plusieurs semaines. Une hospitalisation peut parfois être proposée lorsque les comportements deviennent dangereux ou que la personne doit être protégée. Ameli

Qu’est-ce que l’hypomanie ?

L’hypomanie ressemble à la manie, mais les symptômes sont moins intenses et les conséquences sur le quotidien moins importantes.

La personne peut dormir beaucoup moins, se sentir particulièrement énergique, productive ou créative et multiplier les activités.

C’est aussi ce qui peut rendre l’hypomanie difficile à repérer : certaines personnes vivent ces périodes comme particulièrement positives.

Pour parler d’épisode hypomaniaque, l’Assurance Maladie précise que les perturbations doivent notamment être présentes pendant au moins quatre jours. Ameli

Quels sont les signes d’un épisode dépressif ?

À l’autre extrême, le trouble bipolaire peut provoquer de véritables épisodes dépressifs.

Ils peuvent notamment entraîner :

  • une tristesse persistant,
  • une sensation de vide,
  • une perte d’intérêt ou de plaisir,
  • une fatigue importante,
  • des troubles du sommeil,
  • des modifications de l’appétit ou du poids,
  • des difficultés de concentration,
  • un ralentissement important,
  • une agitation inhabituelle,
  • une perte d’estime de soi,
  • un sentiment de culpabilité ou de nullité.

Des pensées de mort ou des idées suicidaires peuvent également apparaître. Ameli

Un épisode dépressif associé au trouble bipolaire se prolonge typiquement plus de deux semaines, selon l’Assurance Maladie. Ameli

Une personne bipolaire n’alterne pas nécessairement « joie et tristesse » chaque jour

C’est probablement l’une des idées reçues les plus répandues.

Être très enthousiaste le matin puis triste ou irritable quelques heures plus tard ne permet absolument pas de conclure à un trouble bipolaire.

Les épisodes caractéristiques s’inscrivent généralement dans la durée.

Il existe toutefois des formes plus complexes, notamment les épisodes mixtes, pendant lesquels des symptômes maniaques et dépressifs peuvent coexister. Ameli

Pourquoi le diagnostic peut-il être difficile ?

Parce que plusieurs maladies ou situations peuvent provoquer des symptômes similaires.

Une personne souffrant d’un trouble bipolaire peut, par exemple, consulter initialement pour une dépression sans avoir encore présenté ou identifié d’épisode maniaque ou hypomaniaque.

Le médecin doit donc retracer l’historique des épisodes et rechercher notamment d’éventuelles consommations de drogues ou d’alcool, certains médicaments ou d’autres troubles susceptibles d’expliquer les symptômes. Ameli

C’est aussi pour cette raison qu’un questionnaire sur Internet ou l’observation d’un proche ne permettent pas de poser un diagnostic fiable.

Peut-on reconnaître soi-même une personne bipolaire ?

On peut remarquer des signes, mais pas établir le diagnostic.

L’entourage peut constater une rupture importante dans le comportement : quelqu’un qui ne dort quasiment plus, dépense énormément, multiplie soudainement les projets ou prend des risques inhabituels, par exemple.

Ces observations peuvent être suffisamment préoccupantes pour encourager une consultation.

Mais il existe une différence fondamentale entre dire :

👉 « Son comportement a énormément changé, cela mérite peut-être un avis médical »

et affirmer :

👉 « Cette personne est bipolaire. »

Le diagnostic nécessite une véritable évaluation médicale et psychiatrique.

Quand faut-il consulter ?

Une consultation est particulièrement importante lorsqu’un changement marqué du comportement dure plusieurs jours ou semaines et entraîne des difficultés personnelles, familiales, financières ou professionnelles.

Une prise en charge urgente est nécessaire lorsque la personne présente notamment :

  • des idées suicidaires,
  • un comportement dangereux pour elle-même ou pour autrui,
  • des hallucinations,
  • un délire important,
  • ou une perte importante de contact avec la réalité.

Le trouble bipolaire augmente notamment le risque de suicide, ce qui justifie une prise en charge adaptée. Organisation mondiale de la santé

Le trouble bipolaire ne définit pas une personne

Enfin, souffrir d’un trouble bipolaire ne signifie pas vivre constamment entre euphorie et dépression.

Des périodes de stabilité peuvent exister entre les épisodes, et les manifestations de la maladie varient considérablement d’une personne à l’autre. Ameli

Des traitements efficaces existent, associant notamment médicaments et interventions psychosociales, et permettent à de nombreuses personnes de stabiliser durablement leur maladie. Organisation mondiale de la santé

Le meilleur réflexe reste donc de repérer les changements préoccupants sans coller d’étiquette, puis d’orienter vers un professionnel de santé lorsqu’un doute existe.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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