On m’a volé mon enfance, mais pas mon cœur : confession d’un grand enfant de 48 ans
À 48 ans, Yann Gouriou, fondateur de MyJournal.fr, raconte son enfance marquée par la violence et le manque d’affection. Un témoignage intime sur les blessures du passé, la tendresse et la volonté de devenir une bonne personne malgré les épreuves.
Par Yann Gouriou, fondateur de MyJournal.fr
Aujourd’hui, je vais faire quelque chose que je fais rarement sur MyJournal.fr : parler de moi.
Je m’appelle Yann Gouriou. J’ai 48 ans et je suis le fondateur de ce site. Habituellement, je partage des informations, des histoires humaines, des sujets de société et des réflexions sur le monde qui nous entoure.
Mais aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter une autre histoire. La mienne.
Pas pour susciter la pitié. Pas pour régler des comptes. Encore moins pour me présenter comme un exemple.
Simplement parce que je suis convaincu que, parmi les personnes qui liront ces lignes, certaines reconnaîtront une partie de leur propre existence.
J’ai 48 ans et je me considère toujours comme un grand enfant. Mais pas pour les raisons que vous imaginez.
Pendant douze ans, j’ai vécu ma propre guerre
Lorsque je repense à mon enfance, je ne pense pas d’abord aux jeux, aux anniversaires, aux vacances ou aux petits bonheurs qui devraient accompagner les premières années d’une vie.
- Je pense à la peur.
- Je pense à la violence.
- Je pense à ce sentiment terrible de ne jamais être véritablement en sécurité.
Pendant douze ans, j’ai vécu ce que j’appelle ma propre guerre.
Une guerre sans soldats, sans uniformes et sans champs de bataille. Une guerre qui se déroulait dans mon quotidien, au sein même de ma famille.
J’ai été battu et maltraité par ma mère. J’ai connu les placements à la DASS, les séparations et cette impression d’être un enfant dont personne ne voulait vraiment prendre soin.
Je ne raconterai pas ici les détails des violences que j’ai subies.
Non pas parce que j’en ai honte, mais parce que je refuse que toute mon existence soit réduite à ces souvenirs.
Ce que je veux raconter aujourd’hui, ce n’est pas seulement ce qu’on m’a fait. C’est surtout ce qu’on ne m’a jamais donné.
Je n’ai jamais vraiment eu le droit d’être un enfant
Un enfant devrait pouvoir grandir sans avoir peur.
Il devrait pouvoir faire des bêtises, rire, pleurer, jouer, poser mille questions et découvrir le monde avec cette insouciance qui appartient à l’enfance.
- Il devrait pouvoir se réfugier dans les bras de ses parents lorsqu’il a peur.
- Entendre qu’on l’aime.
- Comprendre qu’il a de la valeur.
Moi, j’ai grandi autrement.
J’ai dû apprendre à me protéger à un âge où j’aurais simplement dû pouvoir vivre.
Pendant longtemps, je n’ai pas su expliquer ce sentiment qui m’accompagne encore aujourd’hui.
- Pourquoi suis-je aussi sensible à l’affection ?
- Pourquoi ai-je tellement besoin d’exprimer mon amour à ceux qui comptent pour moi ?
- Pourquoi, à 48 ans, ai-je parfois l’impression de porter encore en moi ce petit garçon que j’étais ?
Aujourd’hui, je crois avoir trouvé mes mots.
Je ne suis pas un adulte qui refuse de grandir. Je suis un adulte qui n’a jamais eu le droit de vivre pleinement son enfance.
Voilà pourquoi je me considère comme un grand enfant.
Je donne aujourd’hui l’amour que j’aurais aimé recevoir hier
J’ai une manière bien à moi de vivre l’amitié.
Lorsque j’aime quelqu’un, je le lui dis.
Je peux dire spontanément à mes amis : « Je t’aime. »
Je peux embrasser un ami sur le front, lui témoigner ma tendresse, lui rappeler combien il compte dans ma vie.
- Certains trouvent peut-être cela excessif.
- D’autres pourraient y voir de la naïveté.
Moi, je n’ai pas honte de cette sensibilité.
J’ai deux amis qui comptent énormément pour moi, Nico et John. Ils font partie de ces rares personnes auxquelles je suis profondément attaché.
Lorsque l’un d’eux traverse une difficulté, j’ai envie de l’aider.
- Pas nécessairement parce qu’il me le demande.
- Pas parce que j’attends quelque chose en retour.
Mais parce que sa souffrance me touche.
Je sais ce que signifie traverser des moments difficiles. Je sais combien un geste, une parole ou une présence peuvent compter.
Et lorsque je peux apporter un peu de réconfort, je le fais volontiers.
J’ai longtemps manqué de tendresse. Aujourd’hui, j’aime en donner.
Je ne sais pas si toute ma façon d’aimer vient de mon enfance. Je ne suis pas psychologue et je ne prétends pas avoir toutes les réponses.
Mais je sais une chose : je donne souvent à mes amis ce que j’aurais tant aimé recevoir lorsque j’étais petit.
Je ne veux surtout pas ressembler à mes parents
- Il y a quelque chose que je me suis promis.
- Je ne veux pas reproduire la violence que j’ai connue.
- Mes parents m’ont montré des comportements que je refuse de faire miens.
- Là où j’ai connu la haine, je veux choisir la bienveillance.
- Là où j’ai connu la brutalité, je veux offrir de la douceur.
- Là où j’ai connu l’humiliation, je veux respecter les autres.
- Et là où l’amour m’a manqué, je veux continuer à aimer.
Attention, je ne suis pas un ange.
Je ne suis pas parfait.
J’ai mes défauts, mes contradictions, mes colères et mes erreurs.
Il m’arrive de mal réagir, de me tromper, d’être excessif ou maladroit.
Mais je refuse de croire qu’une personne ayant été maltraitée serait condamnée à devenir maltraitante à son tour.
Ce que j’ai subi appartient à mon histoire. Ce que je fais subir ou non aux autres relève aussi de ma responsabilité d’adulte.
Et cette responsabilité, je veux l’assumer.
J’ai connu les addictions, la rue et les erreurs
Ma vie ne s’est pas miraculeusement arrangée lorsque j’ai quitté l’enfance.
- J’ai traversé de nombreuses épreuves.
- J’ai connu la précarité, jusqu’à me retrouver sans domicile.
J’ai vécu avec un trouble bipolaire.
J’ai connu les addictions, notamment les drogues injectables, l’alcool et la kétamine.
J’ai connu les cures, les rechutes dans certaines habitudes, les remises en question et les efforts pour m’en sortir.
Je ne vais pas réécrire mon passé pour le rendre plus présentable.
- J’ai fait des choix dont je ne suis pas toujours fier.
- J’ai commis des erreurs.
- Certaines décisions m’ont fait du mal.
Mais je refuse aujourd’hui de considérer que ces périodes difficiles résument ce que je suis.
- Je ne suis pas uniquement un ancien consommateur de drogues.
- Je ne suis pas uniquement un homme qui a connu la rue.
- Je ne suis pas uniquement une personne vivant avec un trouble bipolaire.
- Et je ne suis certainement pas uniquement cet enfant maltraité.
👉 Je suis Yann.
Un homme avec un passé, des blessures, des défauts, des qualités, des convictions et, surtout, une envie de continuer à avancer.
Mon passé explique certaines de mes difficultés. Il ne décide pas à lui seul de la personne que je suis aujourd’hui.
Être un grand enfant ne signifie pas être faible
Pendant longtemps, j’ai pensé que mon besoin d’affection était peut-être une faiblesse.
Aujourd’hui, je le vois différemment.
- J’aime être tendre.
- J’aime être spontané.
- J’aime faire plaisir.
- J’aime donner sans calculer chaque geste.
Mais j’ai également appris que la générosité devait avoir des limites.
Aimer quelqu’un ne signifie pas accepter qu’il nous manque de respect.
Aider un ami ne signifie pas devoir résoudre tous ses problèmes.
Et donner de l’affection ne signifie pas que l’autre est obligé de nous aimer exactement de la même manière.
Je peux être un grand enfant dans ma façon de ressentir certaines émotions tout en étant un adulte capable de prendre des décisions, de poser des limites et de me protéger.
Ces deux dimensions ne sont pas incompatibles.
D’ailleurs, je crois que c’est précisément ce qui me définit aujourd’hui.
J’ai conservé une forme de sensibilité que je ne souhaite plus étouffer.
Mais je veux aussi continuer à apprendre, à évoluer et à mieux comprendre les autres.
Je n’ai pas besoin d’être parfait pour être une bonne personne
Il m’a fallu des années pour comprendre une chose qui peut sembler évidente.
- Avoir souffert ne fait pas de quelqu’un une mauvaise personne.
- Avoir connu les addictions ne signifie pas être dépourvu de valeurs.
- Avoir traversé des périodes de grande détresse ne signifie pas être incapable d’aimer.
- Avoir commis des erreurs ne signifie pas être condamné à les reproduire toute sa vie.
Je ne prétends pas que mes souffrances m’ont rendu meilleur.
Je refuse même cette idée selon laquelle il faudrait souffrir pour devenir quelqu’un de bien.
- J’aurais préféré avoir une enfance heureuse.
- J’aurais préféré être protégé.
- J’aurais préféré recevoir toute cette affection qui m’a tant manqué.
Mais je ne peux pas changer ce passé.
Ce que je peux faire, en revanche, c’est continuer à construire mon présent.
- Je peux reconnaître mes erreurs.
- Je peux demander pardon lorsque j’ai blessé quelqu’un.
- Je peux apprendre à mieux agir.
- Je peux choisir de ne pas reproduire certaines violences.
- Et je peux continuer à aimer sans avoir honte de ma sensibilité.
Je n’ai pas besoin d’être un ange pour cela.
J’ai simplement besoin de rester humain.
À vous qui vous reconnaissez dans mon histoire
Si vous êtes arrivés jusqu’ici, j’aimerais vous adresser quelques mots.
Peut-être avez-vous, vous aussi, connu une enfance douloureuse.
Peut-être avez-vous grandi dans une famille où les gestes tendres étaient rares, où les mots d’amour n’existaient pas, où la peur prenait parfois toute la place.
Peut-être avez-vous le sentiment d’être resté, quelque part, cet enfant qui attendait qu’on le rassure.
Peut-être avez-vous commis des erreurs dans votre vie.
Peut-être avez-vous connu les addictions, la solitude, la précarité ou des relations qui vous ont profondément blessé.
Je ne connais pas votre histoire.
Je ne prétendrai jamais que nous avons tous vécu les mêmes choses, ni que nous réagissons tous de la même manière à la souffrance.
Mais j’aimerais que vous reteniez ceci.
Vous n’êtes pas responsables des violences que vous avez subies lorsque vous étiez enfants.
Vous n’êtes pas obligés de reproduire les comportements de ceux qui vous ont fait souffrir.
- Vous avez le droit d’être sensibles.
- Vous avez le droit d’avoir besoin d’affection.
- Vous avez le droit d’apprendre à faire confiance, à votre rythme.
- Vous avez aussi le droit de poser des limites, de refuser certaines relations et de penser à vous.
- Et surtout, vous n’avez pas besoin de devenir parfaits pour mériter le respect et l’amour.
- Si vous avez parfois honte de votre passé, rappelez-vous qu’une existence humaine ne se résume jamais à ses moments les plus sombres.
Ce qui compte, ce n’est pas seulement ce qui vous est arrivé.
C’est aussi ce que vous souhaitez construire aujourd’hui.
J’ai 48 ans, et j’assume enfin ce grand enfant que je suis
Je ne sais pas si je parviendrai un jour à apaiser complètement les blessures de mon enfance.
Je ne sais pas si ce petit garçon que je porte en moi cessera un jour de réclamer cette tendresse qu’il n’a pas reçue.
Et finalement, je n’ai plus envie de me reprocher sa présence.
Il fait partie de mon histoire.
Il a connu des choses qu’aucun enfant ne devrait avoir à connaître.
Mais aujourd’hui, c’est moi, l’adulte, qui peux prendre soin de lui.
Je peux lui accorder cette compassion que je lui ai parfois refusée.
Je peux cesser de lui reprocher d’avoir été vulnérable.
Je peux reconnaître qu’il n’était coupable de rien.
Et je peux continuer à vivre, à aimer, à rire et à construire des relations qui ne ressemblent pas à celles qui l’ont fait souffrir.
Alors oui, j’ai 48 ans.
Oui, je suis un grand enfant.
Et non, je n’en ai pas honte.
Je ne suis pas devenu un homme parfait.
Je suis simplement un homme qui essaie, chaque jour, de devenir une meilleure version de lui-même.
On m’a volé mon enfance. On m’a fait connaître la violence avant la tendresse. Mais on ne m’a pas enlevé ma capacité d’aimer.
Et si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’une seule personne à comprendre qu’elle n’est pas mauvaise parce qu’elle a souffert, alors ces mots auront eu un sens.
Parce qu’au fond, c’est ce que j’aimerais vous dire, à vous qui avez parfois l’impression d’être brisés par la vie :
Vous n’êtes pas ce qu’on vous a fait subir. Vous êtes aussi ce que vous choisissez de devenir.
Et vous avez, vous aussi, le droit de devenir une bonne personne, malgré tout ce que vous avez traversé.
Yann Gouriou
Fondateur et rédacteur de MyJournal.fr
Ce témoignage est personnel. Il raconte mon vécu et ma manière de comprendre mon parcours. Chaque histoire est différente, et personne ne devrait se sentir obligé de transformer sa souffrance en force ou en générosité pour mériter d’être aimé.