Bally Bagayoko (Saint-Denis) exige la fermeture de CNews : que peut vraiment faire l’Arcom ?
Après des propos polémiques à la télévision, le maire de Saint-Denis réclame la fermeture de CNews. Mais est-ce réellement possible en France ?
Tout est parti d’une phrase. Une simple phrase, lâchée dans un climat déjà électrique. Et soudain, le débat s’enflamme, les réseaux explosent, et une question surgit brutalement dans l’espace public : peut-on fermer une chaîne de télévision en France ?
Ce mercredi 1er avril 2026, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, ne mâche pas ses mots. Face à des propos tenus sur une chaîne d’information en continu, il dénonce un racisme qu’il juge “débridé”. Sa réaction est immédiate, frontale, et surtout radicale : pourquoi continuer à autoriser l’existence de médias qu’il considère comme problématiques ?
En quelques heures, la polémique prend une ampleur nationale. Car ce n’est pas seulement une chaîne qui est visée. C’est toute une vision du paysage médiatique français qui vacille.
À l’origine de cette tempête, des propos tenus en plateau. Un psychologue évoque l’organisation des sociétés humaines en parlant de “grands singes” et de “mâle dominant”. Le lendemain, un philosophe parle de “tribu primitive”. Rapidement, ces déclarations sont perçues comme visant directement le maire. L’indignation est immédiate.
Plainte déposée. Pression politique. Saisine du régulateur. Et surtout, une question qui dérange : ces mots relèvent-ils de la liberté d’expression… ou d’un dérapage sanctionnable ?
Car derrière l’émotion, la réalité juridique est implacable. Fermer une chaîne comme CNews n’est pas une décision politique, ni même une sanction immédiate. C’est un processus long, encadré, presque verrouillé.
En France, c’est l’Arcom qui détient les clés. Une autorité indépendante, chargée de surveiller les médias. Mais son pouvoir n’est pas arbitraire. Il fonctionne par étapes. D’abord un avertissement. Puis une mise en demeure. Ensuite, éventuellement, une amende. Et seulement en dernier recours… une sanction lourde pouvant aller jusqu’au retrait de l’autorisation d’émettre.
Autrement dit : on ne “ferme” pas une chaîne sur un coup de colère.
Même en cas de manquements répétés, la procédure peut prendre des mois, voire des années. Et encore faut-il prouver que les règles ont été violées de manière claire et répétée.
Dans le cas présent, le dossier est déjà sur la table du régulateur. Plusieurs signalements ont été déposés. Une ONG a même transmis un rapport massif pointant un possible manque de pluralisme. Une notion devenue centrale depuis une décision du Conseil d’État en 2024.
Mais là encore, rien n’est simple. Car le pluralisme ne se mesure pas facilement. Combien d’opinions différentes faut-il ? Combien d’invités ? Quelle diversité de sujets ? Autant de critères flous qui rendent toute sanction délicate.
Et pendant que les institutions avancent lentement, le débat public, lui, s’emballe.
D’un côté, ceux qui dénoncent une dérive médiatique, un “racisme décomplexé”, et un sentiment d’impunité. De l’autre, ceux qui défendent la liberté éditoriale et refusent toute tentative de censure.
Au cœur de cette bataille, un précédent fait trembler certains : celui de C8. Après des années de sanctions et des millions d’euros d’amendes, la chaîne a fini par perdre sa fréquence TNT. Un signal fort, qui prouve que tout est possible… mais seulement après un long combat juridique.
Alors, CNews pourrait-elle subir le même sort ?
Techniquement, oui. Politiquement et juridiquement, c’est une toute autre histoire.
Car derrière cette polémique, une réalité s’impose : fermer une chaîne en France, ce n’est pas seulement une décision. C’est un processus lourd, encadré, et surtout… extrêmement rare.
Et pendant que la question divise, une chose est certaine : le débat, lui, ne fait que commencer.