Du beurre français envoyé aux Pays-Bas avant d’être revendu en France
Fabriqué en France, expédié aux Pays-Bas, puis revendu aux consommateurs français : Le parcours absurde du beurre révèle les dérives d’un marché sous pression.
Il est fabriqué à quelques centaines de kilomètres de chez nous, parfois même dans la même région où il sera consommé. Pourtant, avant d’atterrir sur les étals français, ce beurre prend la route de l’étranger. Direction les Pays-Bas, plaque tournante du commerce agroalimentaire européen. Un détour aussi coûteux qu’incompréhensible pour les consommateurs.
Ce circuit n’a rien d’anecdotique. Il est devenu une pratique courante dans un marché du beurre sous tension permanente. La production française, pourtant abondante, est intégrée dans des flux internationaux dictés par les contrats, la spéculation et la recherche de marges toujours plus élevées.
Aux Pays-Bas, le beurre est stocké, transformé, reconditionné ou simplement revendu selon les opportunités du moment. Ce passage permet parfois d’optimiser la fiscalité, de contourner certaines contraintes contractuelles ou de profiter de prix plus avantageux sur les marchés européens.
Résultat : Un produit français revient en France… plus cher.
Pour le consommateur, l’incohérence est flagrante. Le prix augmente, sans que la qualité ne change. Derrière cette mécanique, ce sont les grandes centrales d’achat et les acteurs du négoce international qui tirent les ficelles. Le beurre devient un produit financier avant d’être un aliment du quotidien.
Cette logique met aussi les producteurs sous pression. Les éleveurs laitiers français, confrontés à la hausse des coûts de production, peinent à comprendre pourquoi leur beurre traverse les frontières alors que la demande locale existe. Le sentiment d’absurdité est renforcé par les discours sur la souveraineté alimentaire et la relocalisation des filières.
Ce va-et-vient permanent illustre une réalité plus large : L’agroalimentaire européen fonctionne désormais comme un immense marché interconnecté, où l’origine compte parfois moins que la rentabilité immédiate. Même un produit aussi emblématique que le beurre n’échappe pas à cette logique.
Au final, ce circuit paradoxal pose une question simple mais dérangeante : Dans un pays producteur, comment expliquer que consommer local passe par un détour à l’étranger ? Une interrogation qui résonne de plus en plus fort dans un contexte de hausse des prix et de défiance envers les circuits de distribution.
