Halal chez Quick et Pizza Hut : Les musulmans n’ont rien demandé
On accuse les musulmans d’avoir imposé le halal. La réalité est toute autre, et elle dérange beaucoup plus qu’on ne veut l’admettre.
La polémique revient régulièrement, presque mécaniquement. Dès qu’une enseigne de restauration rapide décide de proposer une viande certifiée halal dans certains établissements, les accusations fusent. On parle d’imposition religieuse, de communautarisme, de pression culturelle. Pourtant, derrière ce débat en apparence explosif, une réalité simple et dérangeante persiste : Les musulmans n’ont jamais rien demandé.
Lorsque des restaurants comme Quick ont choisi, dans des villes comme Châlons-en-Champagne en 2018, de passer à une carte 100 % halal, aucune mobilisation collective n’a précédé cette décision. Aucun mouvement de revendication, aucune injonction publique, aucune pression organisée. La décision est venue exclusivement des directions des groupes concernés.
La même année, à Agde, le sujet a provoqué une levée de boucliers politiques. Certains élus se sont opposés frontalement à ces choix, dénonçant une supposée atteinte aux valeurs locales. Pourtant, aucun de ces responsables n’a réellement interrogé la source du changement. L’erreur est là : On a cherché un coupable du côté des consommateurs, alors que la décision appartenait entièrement aux entreprises.
Dans la restauration rapide, chaque mètre carré, chaque menu, chaque ingrédient est analysé sous l’angle de la rentabilité. Les enseignes observent les habitudes, les flux, les attentes potentielles. Lorsqu’une offre semble susceptible d’augmenter la fréquentation ou le chiffre d’affaires, elle est testée. C’est exactement ce qui s’est produit ici. Comme hier avec les menus végétariens, les produits bio, le sans gluten ou les recettes allégées, le halal a été considéré comme une opportunité de marché.
Même logique chez Pizza Hut. Aucun message idéologique, aucune posture religieuse. Simplement une adaptation commerciale locale, réversible, ajustable, dictée par des tableaux Excel bien plus que par des convictions.
Ce glissement du débat économique vers le débat identitaire n’est pas anodin. En ciblant une population à qui l’on attribue à tort une exigence, on détourne l’attention des mécanismes réels. On transforme une décision privée en symbole politique. On remplace l’analyse par la peur. Et surtout, on évite de poser la vraie question : Pourquoi accepte-t-on sans broncher certaines adaptations commerciales, tout en s’insurgeant contre d’autres ?
La réalité est pourtant limpide. Aucune loi n’oblige les enseignes à proposer du halal. Aucune n’interdit non plus de le faire. Il s’agit d’un choix libre, motivé par l’appât du gain, comme tant d’autres dans une économie concurrentielle. Si demain cette stratégie cesse d’être rentable, elle disparaîtra sans débat, sans discours, sans émotion.
Accuser les musulmans revient donc à se tromper de cible. La polémique ne parle pas de religion, mais de capitalisme. Et ce déplacement volontaire de la responsabilité permet à certains d’entretenir un malaise, au lieu de regarder les faits.
