SANTE

« Tu es trop gros, tu n’as pas droit aux soins » : à 82 ans, il renonce à des soins à cause du prix d’une ambulance adaptée

Jacques Sinot, 82 ans, ne peut plus se déplacer seul. Pour rejoindre l’hôpital, il doit utiliser une ambulance bariatrique. Son fils dénonce un reste à charge de 722 euros qui aurait déjà conduit son père à renoncer à certains soins.

À Montfavet, dans le Vaucluse, Jacques Sinot, 82 ans, vit dans un Ehpad et ne peut plus se déplacer seul. Atteint de plusieurs pathologies et pesant 118 kilos, il doit utiliser une ambulance bariatrique pour se rendre à l’hôpital ou en clinique. Mais le coût de ce transport spécialisé est devenu si important que son fils affirme que certains soins ont dû être abandonnés.

Une ambulance adaptée indispensable pour se déplacer

Jacques Sinot est aujourd’hui alité et ne peut plus se lever seul. Pour tout rendez-vous médical nécessitant un déplacement, une ambulance classique ne suffit pas.

Son fils, Florent Sinot, explique qu’un véhicule adapté est nécessaire, avec notamment un brancard plus large et plus robuste, conçu pour supporter des charges plus importantes.

Le problème n’est donc pas l’absence d’une prescription médicale ou d’un établissement prêt à recevoir Jacques Sinot.

💰 Il est avant tout financier.

Selon son fils, le coût d’un déplacement en ambulance bariatrique atteint plusieurs centaines d’euros, avec un reste à charge particulièrement élevé pour la famille.

Dans leur cas, Florent Sinot évoque un montant de 722 euros.

À cause du coût, certains soins ont été abandonnés

Face à une telle somme, la famille affirme ne pas pouvoir multiplier les transports médicaux.

👉 Jacques Sinot aurait ainsi déjà dû renoncer à certains soins.

Pour son fils, la situation est d’autant plus préoccupante que son père est âgé de 82 ans et souffre de plusieurs problèmes de santé.

Même si son état ne nécessite pas actuellement de déplacement urgent, la famille redoute les prochaines consultations, examens ou hospitalisations qui pourraient devenir indispensables.

Florent Sinot résume son sentiment par une formule particulièrement forte :

Jacques Sinot, 82 ans, alité dans son Ehpad de Montfavet dans le Vaucluse, doit utiliser une ambulance bariatrique pour ses déplacements médicaux en raison de sa perte d’autonomie et de son poids.
Jacques Sinot, 82 ans, réside dans un Ehpad à Montfavet. Son fils dénonce le coût très élevé d’un transport en ambulance bariatrique nécessaire pour certains rendez-vous médicaux.

👉 « Tu es trop gros, tu n’as pas droit aux soins. »

Une phrase par laquelle il entend dénoncer ce qu’il considère comme une discrimination liée à l’obésité et à l’impossibilité matérielle de se déplacer autrement.

Le fils dénonce une situation qu’il juge discriminatoire

Florent Sinot estime que le cas de son père est loin d’être isolé.

Selon lui, de nombreuses personnes en situation d’obésité peuvent se déplacer normalement pendant des années. Mais lorsque survient une perte d’autonomie, la question du transport médical adapté devient beaucoup plus complexe.

Il craint ainsi que d’autres patients soient confrontés au même choix : payer plusieurs centaines d’euros pour rejoindre un établissement de santé ou renoncer au rendez-vous.

Pour tenter de faire évoluer la situation, il a interpellé plusieurs responsables politiques, notamment la ministre de la Santé et le sénateur du Vaucluse Lucien Stanzione.

Il a également lancé une pétition demandant une meilleure prise en charge de ces transports spécifiques.

Pourquoi les ambulances bariatriques coûtent-elles aussi cher ?

Du côté des professionnels du transport sanitaire, les tarifs sont notamment justifiés par le prix du matériel nécessaire.

Franck Foray, directeur de Jussieu Secours au Pontet, explique que les équipements destinés au transport bariatrique représentent un investissement particulièrement important.

À titre d’exemple, il estime qu’un brancard classique coûte environ 3 000 euros, contre près de 40 000 euros pour un brancard bariatrique.

Ces équipements doivent être plus larges, plus résistants et permettre de transporter les patients dans des conditions de sécurité adaptées.

La situation oppose donc deux réalités : d’un côté, des entreprises qui supportent le coût d’un matériel spécialisé ; de l’autre, des patients qui peuvent se retrouver avec un reste à charge difficilement supportable.

Une demande de remboursement intégral des transports bariatriques

Florent Sinot assure comprendre les contraintes économiques des ambulanciers. Sa critique vise principalement les modalités de remboursement.

Il souhaite que les transports bariatriques prescrits médicalement puissent être pris en charge au même titre que les autres transports sanitaires lorsqu’ils sont indispensables au patient.

Pour lui, le poids ou la perte d’autonomie ne devraient jamais devenir un obstacle à l’accès aux soins.

Au-delà du cas de Jacques Sinot, cette affaire pose donc une question plus large : un patient peut-il réellement bénéficier d’un accès égal aux soins lorsque le seul moyen de rejoindre un médecin ou un hôpital lui impose plusieurs centaines d’euros de reste à charge ?

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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