Jalousie au travail : pourquoi certains collègues peuvent vous en vouloir… même sans raison apparente
Pourquoi un collègue peut-il devenir froid, critique ou hostile alors que vous n’avez rien fait ? La jalousie professionnelle est un phénomène bien réel, alimenté notamment par la comparaison et la rivalité.
Une vidéo publiée sur TikTok remet sur le devant de la scène un phénomène dont on parle finalement assez peu 👉 La jalousie entre collègues.
Face caméra, une femme raconte son expérience et résume son sentiment avec une formule très simple 👉 « La jalousie au boulot, ça existe même pour rien. »
Une affirmation qui peut sembler excessive au premier abord. Pourtant, la jalousie et l’envie au travail sont de véritables sujets d’étude en psychologie et en management.
On peut être jaloux d’un collègue sans qu’il ait fait quoi que ce soit
Au travail, nous nous comparons constamment aux autres, parfois même sans nous en rendre compte.
- Qui est le mieux considéré par le responsable ?
- Qui obtient une promotion ?
- Qui semble le plus apprécié ?
- Qui reçoit les dossiers intéressants ?
- Qui paraît plus à l’aise, plus compétent ou simplement plus populaire ?
🔴 Un collègue n’a donc pas nécessairement besoin d’avoir volontairement provoqué quelqu’un pour devenir l’objet de jalousie.
Des recherches consacrées à la jalousie professionnelle montrent que certaines caractéristiques valorisées chez un salarié peuvent précisément devenir une source de comparaison et de rivalité. Une étude menée auprès de 426 salariés a notamment observé que les personnes ayant une forte tendance à se comparer aux autres déclaraient davantage de réactions de jalousie envers des collègues perçus comme des rivaux.
Une promotion n’est même pas nécessaire
On imagine souvent que la jalousie apparaît lorsqu’un salarié reçoit une augmentation, une promotion ou une récompense.
Ce n’est pas toujours aussi spectaculaire.
Un collègue peut être envié parce qu’il entretient de bonnes relations avec l’équipe, parce qu’il semble apprécié de la hiérarchie, parce qu’il est particulièrement efficace ou parce qu’il possède une qualité que quelqu’un d’autre aimerait avoir.
La recherche définit d’ailleurs généralement l’envie professionnelle comme le sentiment négatif provoqué lorsqu’une personne désire une qualité, une réussite ou un avantage qu’elle perçoit chez un collègue.
🫸 Autrement dit, ce qui paraît insignifiant pour une personne peut avoir beaucoup d’importance pour une autre.
Quand la comparaison devient toxique
Comparer son travail à celui des autres n’est pas forcément mauvais.
Cela peut même pousser quelqu’un à progresser, apprendre d’un collègue ou chercher à améliorer ses compétences. Certaines recherches distinguent ainsi une forme d’envie pouvant conduire à l’émulation d’une autre, plus hostile, qui conduit à vouloir diminuer la personne enviée.
Mais lorsque la comparaison devient permanente ou menaçante, les conséquences peuvent être beaucoup moins positives.
Une vaste méta-analyse consacrée à l’envie au travail a établi des associations avec plusieurs comportements problématiques : ostracisme, dénigrement, incivilités, comportements visant à nuire à un collègue ou détérioration des relations professionnelles.
Une autre étude a montré que lorsqu’un salarié considère qu’un collègue pourrait menacer son statut professionnel futur, ce sentiment peut alimenter l’envie et favoriser des comportements destinés à affaiblir ce collègue.
« Elle se prend pour qui ? » : les petits signes qui peuvent apparaître
Dans la vie quotidienne d’une entreprise, la jalousie n’est évidemment pas écrite sur le front de quelqu’un.
Elle peut parfois se manifester par des comportements beaucoup plus subtils :
Une remarque systématiquement négative lorsqu’un collègue réussit quelque chose, une tentative de minimiser son travail, des plaisanteries répétées à ses dépens, une exclusion de certaines discussions ou encore la propagation de critiques dans son dos.
🚨 Mais attention : un conflit entre collègues ne signifie pas automatiquement qu’il y a de la jalousie.
Un désaccord peut avoir de nombreuses autres explications : problème de communication, méthodes de travail incompatibles, tensions organisationnelles ou simples différences de personnalité.
📍 Accuser systématiquement les autres d’être « jaloux » empêcherait donc également de se remettre en question.
L’entreprise peut elle-même favoriser la rivalité
Le problème ne repose pas seulement sur la personnalité des salariés.
👉 L’environnement professionnel joue également un rôle.
Les organisations dans lesquelles les employés sont constamment mis en concurrence pour obtenir des promotions, des primes ou la reconnaissance de leur hiérarchie peuvent accentuer les comparaisons entre collègues.
Une étude menée auprès d’employés du secteur hôtelier a ainsi observé que les environnements fortement compétitifs favorisaient davantage l’envie entre collègues, tandis que des objectifs basés sur la coopération semblaient la réduire.
Être envié peut également devenir difficile à vivre
Être la personne que les autres envient n’est pas forcément agréable.
Des recherches ont montré que les salariés qui ont le sentiment d’être enviés peuvent ressentir davantage d’anxiété ou de malaise, avec des conséquences possibles sur leur engagement professionnel et leur performance.
Certaines personnes finissent alors par réduire leur visibilité, minimiser leurs réussites ou éviter de parler de leurs bonnes nouvelles afin de ne pas provoquer de réactions négatives.
Alors, la jalousie au travail existe-t-elle « pour rien » ?
Pas exactement.
Il existe généralement un élément déclencheur : une comparaison, un sentiment d’injustice, une différence de statut, une qualité admirée ou simplement la peur d’être dépassé.
Mais ce déclencheur peut être tellement anodin pour la personne qui en est la cible qu’elle aura effectivement l’impression que cette jalousie arrive « pour rien ».
C’est probablement ce qui rend le phénomène particulièrement déroutant.
Quelqu’un peut simplement faire son travail correctement, être apprécié ou réussir quelque chose sans chercher à entrer en compétition avec qui que ce soit.
Et pourtant devenir malgré lui un point de comparaison pour ses collègues.
La petite phrase de cette internaute résume donc une réalité plus complexe qu’elle n’en a l’air : au bureau aussi, les rapports humains ne se limitent jamais uniquement au travail.