INSOLITE

Il donne ses baskets à la Croix-Rouge et les suit avec un AirTag : leur destination va le surprendre

Un influenceur allemand cache un AirTag dans une paire de baskets donnée à la Croix-Rouge. Cinq jours plus tard, après près de 800 km, il les retrouve en vente dans un commerce de seconde main en Bosnie-Herzégovine.

Que deviennent réellement les vêtements que nous déposons dans les conteneurs de collecte ? Un créateur de contenu allemand a tenté une expérience étonnante : cacher un AirTag dans une paire de baskets donnée à la Croix-Rouge. Cinq jours plus tard, après un voyage de près de 800 kilomètres à travers plusieurs pays européens, les chaussures réapparaissent dans une boutique de seconde main en Bosnie-Herzégovine.

Déposer une paire de chaussures ou un sac de vêtements dans un conteneur de collecte est devenu un geste banal.

On referme la trappe et on imagine volontiers que les vêtements seront directement remis à une personne qui en a besoin.

Mais leur parcours peut être beaucoup plus complexe.

C’est précisément ce qu’a voulu vérifier Moe.Ha, connu sur TikTok sous le pseudonyme @moe.haa.

Le créateur de contenu allemand a glissé un AirTag Apple à l’intérieur d’une vieille paire de baskets avant de les déposer dans un conteneur de vêtements de la Croix-Rouge allemande, à Starnberg, en Bavière.

👉 Son objectif : découvrir où ses chaussures allaient réellement terminer leur voyage.

👟 Un AirTag caché sous la semelle des baskets

Avant de faire son don, Moe dissimule le petit traceur d’Apple à l’intérieur d’une chaussure.

Contrairement à un véritable traceur GPS autonome, un AirTag ne transmet pas continuellement sa position par satellite.

Il utilise notamment le réseau Localiser d’Apple : lorsqu’un iPhone ou un autre appareil Apple compatible passe à proximité, la position du traceur peut être mise à jour de manière sécurisée et transmise à son propriétaire.

Moe peut ainsi observer sur son téléphone les déplacements successifs de ses chaussures.

Et très vite, les baskets quittent leur point de collecte.

🌍 Allemagne, Autriche, Slovénie, Croatie… puis Bosnie

Le voyage commence à Starnberg, près de Munich.

Les chaussures passent ensuite par Munich avant de quitter l’Allemagne.

Le signal de l’AirTag les situe successivement en Autriche, en Slovénie puis en Croatie.

👉 Leur périple ne s’arrête toujours pas.

Au bout d’environ cinq jours et près de 800 kilomètres, les baskets arrivent finalement en Bosnie-Herzégovine.

Une destination que Moe n’avait manifestement pas imaginée lorsqu’il avait déposé ses chaussures dans le conteneur allemand.

😲 Il part en Bosnie pour retrouver ses propres baskets

L’histoire aurait pu s’arrêter à quelques points affichés sur une carte.

Mais Moe décide d’aller vérifier lui-même ce qu’il est advenu de sa paire de chaussures.

Il se rend en Bosnie-Herzégovine et suit le signal de l’AirTag jusqu’à un commerce de vêtements et d’articles de seconde main.

🔴 Et là, surprise : ses propres baskets sont proposées à la vente.

Le prix affiché tourne autour de 20 marks convertibles bosniens, soit environ 10 euros.

👉 Le créateur reconnaît ses chaussures et décide finalement de les racheter.

Selon les récits de l’expérience, une employée du magasin lui explique que les marchandises sont apportées par son patron, qui vit en Allemagne.

📍 Une paire déposée gratuitement dans un conteneur allemand s’est donc retrouvée, quelques jours plus tard, proposée à la vente à plusieurs centaines de kilomètres de là.

❓ La Croix-Rouge revend-elle vraiment certains vêtements donnés ?

Oui, et c’est ici que l’histoire mérite d’être expliquée avec précision.

La présence des baskets dans un magasin bosnien peut donner l’impression que quelque chose d’anormal s’est produit.

Pourtant, le fonctionnement officiel de la Croix-Rouge allemande prévoit bien la vente d’une partie des vêtements collectés.

Le Deutsches Rotes Kreuz, la Croix-Rouge allemande, explique disposer d’environ 18 000 conteneurs de collecte de vêtements dans le pays.

🔄 Deux modèles principaux sont utilisés.

👉 Dans le premier, appelé modèle des vestiaires, les vêtements sont triés par la Croix-Rouge. Les pièces adaptées sont utilisées dans ses vestiaires ou ses magasins et les surplus peuvent être vendus à une entreprise spécialisée.

👉 Dans le second modèle, appelé modèle de valorisation, le contenu complet de certains conteneurs est vendu à une entreprise de traitement textile.

💰 Les recettes obtenues servent ensuite à financer les missions de la Croix-Rouge.

👕 Jusqu’à 65 % des textiles peuvent encore être portés

Une fois récupérés par ces entreprises spécialisées, les vêtements sont triés en fonction de leur état et de leur qualité.

Selon la Croix-Rouge allemande, environ 45 à 65 % des textiles récupérés par ces opérateurs sont encore suffisamment bons pour être portés.

Ils peuvent alors être commercialisés comme vêtements de seconde main et exportés vers différents pays.

Les vêtements trop abîmés suivent d’autres filières de valorisation ou de recyclage.

📍 Autrement dit, retrouver une paire de baskets donnée en Allemagne dans un magasin de seconde main situé à l’étranger n’est pas, en soi, la preuve d’une fraude.

🟢 Cela peut correspondre au fonctionnement normal de la filière.

💶 Le don ne signifie donc pas forcément « donner ce vêtement directement à quelqu’un »

C’est probablement la principale leçon de cette expérience.

Lorsqu’une personne dépose un vêtement dans un conteneur associatif, elle peut imaginer que ce vêtement précis sera remis gratuitement à une personne en difficulté.

Mais ce n’est pas nécessairement ce qui se produit.

Le don peut avoir plusieurs destinations.

Le vêtement peut être distribué directement, vendu dans une boutique solidaire, cédé à une entreprise spécialisée, exporté comme article de seconde main, recyclé ou transformé.

Dans certains systèmes, ce n’est donc pas forcément le vêtement lui-même qui constitue l’aide directe.

👉 Sa revente peut générer des recettes qui servent ensuite à financer les actions sociales de l’association.

🇫🇷 Et en France, que deviennent les vêtements donnés à la Croix-Rouge ?

En France aussi, plusieurs circuits existent.

La Croix-Rouge française explique que les vêtements en excellent ou bon état peuvent être distribués gratuitement dans ses vestiaires aux personnes en situation de précarité.

D’autres pièces peuvent être revendues à prix accessible dans ses boutiques solidaires afin de financer ses actions locales.

👉 Mais l’association reçoit davantage de textiles que ses bénévoles ne peuvent en traiter directement.

Une partie des surplus est donc confiée à des collecteurs-trieurs agréés par Refashion, l’éco-organisme français chargé de la filière textile.

La Croix-Rouge française précise actuellement que ces partenaires peuvent reprendre les surplus textiles afin qu’ils soient triés, réemployés ou recyclés.

Les vêtements trop usagés peuvent notamment être transformés en chiffons industriels ou en matériaux isolants.

🔴 Une histoire spectaculaire, mais pas un scandale démontré

Voir une paire de chaussures donnée gratuitement à une association terminer dans un commerce situé à près de 800 kilomètres peut évidemment surprendre.

C’est d’ailleurs ce qui explique le succès de l’expérience de Moe.Ha sur les réseaux sociaux.

Mais il faut distinguer la surprise du donateur du fonctionnement réel de la collecte textile.

Les informations publiées par la Croix-Rouge allemande montrent que la revente à des entreprises spécialisées et l’exportation d’une partie des vêtements de seconde main font officiellement partie du système.

📍 L’expérience ne démontre donc pas que la paire a été volée ou détournée.

Elle met surtout en lumière quelque chose que beaucoup de donateurs ignorent : un vêtement donné à une association peut parcourir des centaines de kilomètres, entrer dans un circuit commercial de seconde main et être revendu dans un autre pays.

👉 Un parcours habituellement invisible que, cette fois, un simple AirTag a permis de suivre presque jusqu’au bout.


Sources

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Qui sommes-nous • Charte éditoriale • Mentions légales • Contact
© MyJournal.fr — Média indépendant fondé et dirigé par Yann GOURIOU.
Rédacteur en chef : Yann GOURIOU — Tous droits réservés.