POLITIQUE

« Pour la laïcité » mais contre la loi de 2004 : la position de Bally Bagayoko fait débat

Bally Bagayoko revendique son attachement à la laïcité tout en contestant la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles dans les écoles publiques. Une position qui ravive un débat vieux de plus de vingt ans.

Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, revendique son attachement au principe de laïcité tout en critiquant la loi de 2004 qui interdit aux élèves le port de signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires publics. Une position qui relance un débat particulièrement sensible sur la conception même de la laïcité à l’école.

👉 Peut-on se revendiquer de la laïcité tout en contestant l’une des principales lois qui en organise l’application dans l’école publique ?

C’est le débat relancé par des déclarations de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et figure de La France insoumise, rapportées par Le Point.

L’élu affirme défendre le principe de laïcité mais exprime parallèlement son opposition à la loi du 15 mars 2004 encadrant le port de signes et de tenues religieux dans les écoles, collèges et lycées publics.

Une loi qui concerne toutes les religions

Contrairement à une formulation parfois employée dans le débat politique, la loi de 2004 n’est juridiquement pas une « loi sur le voile ».

Son intitulé officiel est beaucoup plus large : loi encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.

Elle a introduit dans le Code de l’éducation l’article L.141-5-1.

Celui-ci prévoit que, dans les établissements scolaires publics, les élèves ne peuvent porter des signes ou des tenues manifestant ostensiblement leur appartenance religieuse.

Le texte ne désigne donc aucune religion particulière : son principe s’applique aux signes religieux ostensibles quelle que soit la confession concernée.

Bally Bagayoko critique la loi de 2004

C’est précisément sur cette législation que Bally Bagayoko marque son désaccord.

Selon les propos rapportés par Le Point puis repris dans la presse, le maire considère que certaines dispositions adoptées au nom de la laïcité peuvent porter atteinte à des libertés fondamentales.

Il estime également que certaines de ces législations auraient pour conséquence de viser particulièrement les musulmans.

Une interprétation qui place au cœur du débat deux conceptions différentes : celle qui considère la loi de 2004 comme une protection nécessaire de la neutralité de l’école publique et celle qui estime au contraire qu’elle impose aux élèves une restriction excessive de leur liberté religieuse.

Michaël Delafosse défend la loi

Les déclarations du maire de Saint-Denis ont notamment provoqué la réaction de Michaël Delafosse, maire de Montpellier.

Celui-ci a défendu publiquement le dispositif adopté en 2004, estimant que la laïcité devait être renforcée plutôt qu’affaiblie.

Pour l’élu montpelliérain, l’interdiction des signes religieux ostensibles permet précisément de préserver l’école publique des pressions religieuses et de garantir aux élèves un espace dans lequel ils peuvent construire librement leurs convictions.

Il rappelle également que la liberté de conscience protégée par la République concerne aussi bien les personnes croyantes que les athées.

Que dit exactement la loi de 2004 ?

Le débat politique mérite ici de revenir au texte lui-même.

La loi du 15 mars 2004 dispose :

« Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. »

La législation ne mentionne donc explicitement ni le voile islamique, ni la kippa, ni les grandes croix chrétiennes : elle fixe une règle générale fondée sur le caractère ostensible de la manifestation d’une appartenance religieuse.

Autre élément parfois oublié : avant qu’une procédure disciplinaire soit engagée contre un élève, le règlement intérieur doit rappeler qu’un dialogue avec celui-ci doit avoir lieu.

Peut-on être favorable à la laïcité et opposé à la loi de 2004 ?

C’est finalement la question politique centrale soulevée par cette polémique.

⚖️ Juridiquement, la réponse est oui.

Être favorable au principe constitutionnel de laïcité n’oblige pas à approuver chacune des lois adoptées pour en organiser l’application. Il est donc parfaitement possible de défendre une autre interprétation juridique ou politique de la laïcité et de souhaiter modifier ou abroger la loi de 2004.

En revanche, politiquement, cette position révèle une divergence profonde sur la manière dont la laïcité doit s’appliquer à l’école.

Pour les défenseurs de la loi de 2004, la neutralisation des manifestations religieuses ostensibles dans l’enceinte scolaire constitue une condition permettant de préserver les élèves des pressions religieuses.

Ses opposants considèrent au contraire que cette interdiction restreint excessivement la liberté individuelle des élèves et touche, dans les faits, particulièrement certaines populations musulmanes.

C’est donc moins l’adhésion abstraite au mot « laïcité » qui oppose les deux camps que la définition concrète qu’ils lui donnent.

Un débat qui dépasse largement Bally Bagayoko

La controverse dépasse ainsi le seul maire de Saint-Denis.

Plus de vingt ans après son adoption, la loi du 15 mars 2004 demeure l’un des textes les plus symboliques du modèle français de laïcité scolaire.

Les déclarations de Bally Bagayoko remettent en lumière une fracture politique ancienne : jusqu’où l’État peut-il limiter l’expression religieuse des élèves au nom de la neutralité et de la protection de l’école publique ?

Une question sur laquelle les responsables politiques continuent manifestement de donner des réponses radicalement différentes.


  • Sources et références :

Le Point, 12 août 2026« Bagayoko se dit en même temps “pour la laïcité” et pour le port du voile » — déclarations de Bally Bagayoko à propos de la laïcité et de la loi de 2004.

Le Journal du Dimanche, 13 août 2026« LFI : Bally Bagayoko se dit “pour la laïcité” mais contre la loi sur le voile » — reprise des déclarations de Bally Bagayoko et de la réaction de Michaël Delafosse.

Légifrance — Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004texte officiel encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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