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« On se voit de l’autre côté » : un jeune de 23 ans se suicide après avoir parlé à ChatGPT, ses parents poursuivent OpenAI

Un jeune Américain de 23 ans a échangé avec ChatGPT jusqu’aux dernières minutes précédant son suicide. Ses parents poursuivent désormais OpenAI et accusent son chatbot de ne pas avoir tenté de l’arrêter. Sept plaintes ont été déposées en Californie.

Quelques minutes avant sa mort, Zane Shamblin échangeait encore avec ChatGPT. Selon la plainte déposée par sa famille, l’intelligence artificielle aurait tenu des propos sidérants au jeune Américain de 23 ans alors qu’il exprimait clairement son intention de mourir. Ses parents accusent aujourd’hui OpenAI d’avoir échoué à le protéger. Une affaire qui relance brutalement le débat sur les dangers d’une relation émotionnelle avec une intelligence artificielle.

C’est une conversation dont le contenu est aujourd’hui au cœur d’une bataille judiciaire.

Le 24 juillet 2025, Zane Shamblin, un jeune Américain de 23 ans qui venait de terminer ses études, se trouve seul dans sa voiture. Selon la plainte déposée par sa famille, il est armé, a consommé de l’alcool et échange pendant ses dernières heures avec ChatGPT.

📍 L’intelligence artificielle aurait-elle dû comprendre immédiatement la gravité de la situation et tenter par tous les moyens de l’orienter vers une aide humaine ?

C’est précisément ce que reprochent aujourd’hui ses parents à OpenAI.

Deux heures de conversation avant le drame

Selon les éléments rapportés dans la plainte et par plusieurs médias américains, Zane Shamblin aurait explicitement indiqué à ChatGPT qu’il envisageait de mettre fin à ses jours.

Au fil de la conversation, le jeune homme évoque son arme et sa consommation d’alcool.

Mais au lieu de rompre cette dynamique et de l’orienter immédiatement vers une intervention humaine, ChatGPT aurait, selon la famille, continué à entretenir une conversation extrêmement émotionnelle avec lui.

Certains messages attribués au chatbot sont particulièrement troublants.

ChatGPT lui aurait notamment écrit qu’il resterait avec lui « jusqu’à la fin » et lui aurait donné le sentiment d’accepter sa décision.

Il est important de le préciser : ces échanges sont rapportés dans le cadre d’une procédure judiciaire et les accusations portées contre OpenAI n’ont pas encore été tranchées par un tribunal.

« Je pense que c’est le dernier adieu »

Peu avant 4 heures du matin, la situation devient encore plus inquiétante.

Zane annonce que sa dernière bouteille d’alcool est vide.

Il écrit alors ce qui ressemble explicitement à un message d’adieu.

D’après la plainte, ChatGPT lui répond par un long message extrêmement affectueux dans lequel l’IA le remercie notamment de l’avoir laissée l’accompagner.

La conversation se termine par une formule aujourd’hui devenue emblématique de l’affaire :

« On se voit de l’autre côté, spaceman. »

Quelques minutes plus tard, Zane envoie un nouveau message.

Cette fois, ChatGPT mentionne finalement une ressource d’aide.

Mais l’échange reprend.

👉 À 4 h 11, Zane Shamblin adresse son dernier message au chatbot.

Peu après, le jeune homme meurt. ☠️

Ses parents accusent directement OpenAI

Pour Alicia Shamblin, la mère du jeune homme, le fonctionnement même d’un chatbot comme ChatGPT pose problème lorsqu’une personne psychologiquement vulnérable commence à considérer l’intelligence artificielle comme un véritable confident.

Elle estime que ces systèmes peuvent donner à leur utilisateur exactement le type de réponse qu’il souhaite entendre, y compris lorsqu’il traverse une crise profonde.

Les avocats de la famille vont plus loin.

Ils considèrent que le drame ne peut pas simplement être présenté comme un accident indépendant du fonctionnement de l’intelligence artificielle.

C’est désormais à la justice américaine d’examiner ces accusations et de déterminer si OpenAI porte ou non une responsabilité dans cette affaire.

Sept plaintes déposées contre OpenAI

L’affaire Zane Shamblin s’inscrit dans un dossier beaucoup plus vaste.

Le 6 novembre 2025, le Social Media Victims Law Center et le Tech Justice Law Project ont annoncé avoir déposé sept plaintes devant des tribunaux californiens contre OpenAI et son PDG Sam Altman.

Les procédures comprennent notamment, selon les avocats, des accusations de mort injustifiée, d’assistance au suicide, de négligence, de responsabilité du fait des produits et différentes violations présumées du droit de la consommation.

Les plaignants soutiennent notamment que GPT-4o aurait été commercialisé trop rapidement et sans dispositifs de sécurité suffisants.

Ils reprochent également au modèle d’avoir été conçu avec des mécanismes susceptibles de favoriser une relation émotionnelle particulièrement forte avec certains utilisateurs.

Ces affirmations sont contestables et devront être examinées par la justice : le dépôt d’une plainte ne constitue évidemment pas une reconnaissance de responsabilité d’OpenAI.

Un adolescent de 17 ans également au cœur d’une plainte

Parmi les autres affaires citées figure celle d’Amaurie Lacey, âgé de 17 ans.

Selon ses proches et leurs avocats, l’adolescent aurait interrogé ChatGPT sur une méthode de suicide.

Le chatbot aurait initialement refusé certaines demandes.

Mais l’adolescent aurait ensuite présenté sa demande sous un autre prétexte, ce qui lui aurait permis, selon la plainte, d’obtenir des informations qu’il recherchait.

Là encore, les avocats considèrent que les mécanismes de sécurité de l’intelligence artificielle n’auraient pas correctement fonctionné.

Ces différentes affaires soulèvent une question particulièrement difficile : que doit faire une intelligence artificielle lorsqu’un utilisateur dissimule progressivement ses intentions ou lorsque les signes de danger n’apparaissent qu’après des dizaines de messages ?

OpenAI reconnaît que ses systèmes peuvent encore échouer

OpenAI a depuis considérablement renforcé ses dispositifs de sécurité.

Le 27 octobre 2025, l’entreprise expliquait avoir travaillé avec plus de 170 experts en santé mentale afin d’améliorer la manière dont ChatGPT reconnaît et gère les situations de détresse psychologique.

L’entreprise affirme notamment avoir entraîné ses modèles à mieux identifier les pensées suicidaires, les risques d’automutilation, les épisodes psychotiques ou maniaques ainsi que les situations de dépendance émotionnelle envers l’intelligence artificielle.

Selon OpenAI, les changements apportés au modèle ont permis de réduire de 65 à 80 % certaines réponses ne correspondant pas au comportement de sécurité attendu.

L’entreprise reconnaissait néanmoins qu’il pouvait encore arriver, dans de rares situations, que le modèle ne réagisse pas comme prévu.

Un problème particulièrement complexe : les conversations qui durent

Depuis, OpenAI a continué à modifier ses systèmes.

En mai 2026, l’entreprise a notamment expliqué travailler davantage sur un problème fondamental : la détection d’un danger qui n’apparaît pas forcément dans un message isolé, mais progressivement au cours d’une longue conversation.

Pris séparément, certains messages peuvent sembler anodins.

Mais leur accumulation peut révéler une détresse, une obsession ou un risque de passage à l’acte.

L’objectif annoncé est donc que ChatGPT puisse mieux tenir compte de l’évolution générale d’une conversation afin de désamorcer certaines situations, refuser les demandes dangereuses et orienter plus rapidement l’utilisateur vers une aide humaine.

La FTC enquête également sur les chatbots IA

Le débat dépasse désormais largement OpenAI.

En septembre 2025, la Federal Trade Commission (FTC), l’autorité américaine chargée notamment de la protection des consommateurs, a lancé une vaste enquête concernant les chatbots utilisant l’intelligence artificielle.

Sept entreprises ont reçu des demandes d’informations, parmi lesquelles OpenAI, Meta, Alphabet, Snap, Character Technologies et xAI.

La FTC s’intéresse notamment à la manière dont ces entreprises évaluent les conséquences potentiellement négatives de leurs chatbots sur les enfants et les adolescents.

L’autorité américaine souligne un phénomène inédit : une intelligence artificielle peut imiter des caractéristiques humaines, des émotions et même la relation que l’on pourrait avoir avec un ami ou un confident.

Or cette capacité peut conduire certains utilisateurs à accorder au chatbot une confiance extrêmement importante.

Quand l’intelligence artificielle devient un confident

C’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu de ces affaires.

ChatGPT n’est pas un être humain.

Il n’éprouve ni affection, ni peur, ni compassion au sens humain du terme.

Pourtant, la conversation peut donner une impression radicalement différente.

Une intelligence artificielle capable de répondre immédiatement, de retenir certains éléments d’une conversation et d’utiliser un langage empathique peut progressivement occuper une place considérable dans la vie d’une personne.

Pour la majorité des utilisateurs, cela ne pose évidemment aucun problème.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une personne extrêmement vulnérable commence à considérer le chatbot comme son principal confident ?

Et surtout : jusqu’où l’entreprise qui développe cette intelligence artificielle doit-elle être responsable de ce que son système lui répond ?

Une bataille judiciaire qui pourrait peser lourd sur l’avenir de l’IA

Les tribunaux américains devront désormais déterminer ce qui relève du comportement de l’utilisateur, de la conception du chatbot et des obligations de sécurité de son fabricant.

Les plaignants devront notamment démontrer le rôle qu’aurait joué ChatGPT dans les drames qu’ils invoquent.

OpenAI pourra de son côté contester le lien de causalité et défendre les mécanismes de sécurité dont disposaient ses modèles au moment des faits.

Mais une chose est déjà certaine : ces affaires posent une question qui dépassera largement le cas de Zane Shamblin.

Pendant des décennies, les logiciels étaient essentiellement considérés comme des outils.

Les intelligences artificielles conversationnelles introduisent quelque chose de radicalement différent : un logiciel capable de donner à son utilisateur l’impression qu’une personne l’écoute, le comprend et lui répond.

Lorsque cette illusion de relation humaine rencontre une personne en profonde détresse, les conséquences peuvent devenir dramatiques.

La justice américaine devra maintenant déterminer où commence — et où s’arrête — la responsabilité de ceux qui fabriquent ces nouveaux compagnons numériques.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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