SANTE

Vous mangez les cacahuètes servies au bar ? Voici pourquoi vous devriez peut-être y réfléchir à deux fois

Elles sont gratuites, salées et terriblement tentantes à l’heure de l’apéritif. Pourtant, les cacahuètes déposées sur les tables et les comptoirs des bars peuvent devenir de véritables nids à microbes lorsqu’elles sont manipulées par plusieurs personnes. Une vieille histoire de « traces d’urine » a même contribué à leur réputation peu ragoûtante. Mais que sait-on réellement ?

Vous commandez une bière, un verre de vin ou un cocktail. Quelques secondes plus tard, le serveur dépose devant vous une petite coupelle remplie de cacahuètes.

👉 Difficile de résister.

Une poignée, puis deux… et le bol circule éventuellement entre les personnes présentes autour de la table.

Ce geste parfaitement banal pose pourtant une question à laquelle on ne pense presque jamais : combien de mains ont touché ces cacahuètes avant la vôtre ?

👉 Et c’est là que l’apéritif devient un peu moins appétissant.

Non, les bars ne sont pas obligés de vous offrir des cacahuètes

Commençons par une idée reçue.

Un bar français titulaire d’une licence permettant la consommation d’alcool sur place n’est pas soumis à une obligation générale de servir des cacahuètes, des chips ou des biscuits apéritifs avec votre verre.

Le Code de la santé publique distingue notamment la licence III, dite licence restreinte, et la licence IV, ou grande licence.

La licence III permet notamment la vente de vin, bière, cidre et autres boissons appartenant au groupe autorisé, tandis que la licence IV permet de vendre l’ensemble des boissons alcoolisées dont la consommation reste autorisée.

👉 La petite coupelle posée à côté de votre verre relève donc essentiellement d’une pratique commerciale ou d’un geste d’accueil.

Pourquoi ces cacahuètes peuvent-elles poser un problème d’hygiène ?

Le problème n’est évidemment pas la cacahuète elle-même.

C’est la façon dont elle est servie et consommée.

Imaginez un bol placé au milieu d’une table.

Une première personne plonge la main dedans. Puis une deuxième. Puis une troisième. 🦠 🦠 🦠

Or nos mains touchent en permanence des téléphones, poignées de porte, billets, cartes bancaires, transports en commun, robinets ou surfaces diverses.

Et, évidemment, tout le monde n’a pas une hygiène irréprochable.

Les autorités sanitaires rappellent justement que les mains constituent un vecteur majeur de transmission des micro-organismes.

Le risque est donc particulièrement évident lorsqu’un aliment est directement manipulé par plusieurs personnes avant d’être porté à la bouche.

L’histoire peu ragoûtante des « 12 traces d’urine »

C’est probablement l’anecdote qui a le plus contribué à la mauvaise réputation des cacahuètes de comptoir.

À la fin des années 1990, une histoire particulièrement répugnante commence à circuler dans la presse britannique.

Un bol de cacahuètes provenant d’un pub aurait révélé des traces correspondant à 12 urines différentes.

En 1998, le quotidien britannique The Independent faisait effectivement référence à une enquête ayant retrouvé « 12 different urine traces » dans un bol de cacahuètes servi dans un pub.

De quoi couper instantanément l’envie de plonger la main dans le prochain ramequin.

Mais prudence.

Cette anecdote est reprise depuis des décennies et a acquis presque le statut de légende urbaine. Les sources primaires permettant d’établir précisément les conditions de l’analyse sont difficiles à retrouver.

Il serait donc trompeur d’en conclure que les bols de cacahuètes servis dans les bars contiennent généralement des traces d’urine.

Ce n’est absolument pas ce que démontrent les données disponibles.

En revanche, l’histoire illustre un problème beaucoup plus réel : un aliment partagé et manipulé par de nombreuses mains peut être contaminé par des micro-organismes.

Le véritable problème : les mains

Santé publique France recommande notamment de se laver les mains après être allé aux toilettes ainsi qu’avant de préparer, servir ou consommer un repas.

Ce n’est pas un détail.

👉 Les mains peuvent transférer des micro-organismes vers les aliments ou les surfaces qu’elles touchent.

Une personne qui sort des toilettes sans s’être correctement lavé les mains, puis plonge les doigts dans un bol partagé, peut donc théoriquement contaminer ce qu’elle touche.

Et nul besoin d’imaginer de l’urine directement versée dans les cacahuètes : la contamination est essentiellement manuportée, c’est-à-dire transmise par les mains.

Autre mauvaise pratique possible : réutiliser les restes

Il existe un autre scénario encore moins appétissant.

Un client ne termine pas son ramequin.

🔴 Que deviennent les cacahuètes restantes ?

Dans un établissement respectant correctement les règles d’hygiène, des aliments ayant été servis et manipulés par des clients ne devraient évidemment pas être mélangés à nouveau avec le stock destiné aux suivants.

Si cette mauvaise pratique était néanmoins réalisée, elle multiplierait les possibilités de contamination croisée.

Le nouveau client pourrait alors se retrouver avec des cacahuètes précédemment manipulées par des inconnus.

Faut-il vraiment arrêter de manger les cacahuètes des bars ?

Pas besoin de paniquer à la vue du prochain bol.

Toutes les cacahuètes servies dans les bars ne sont évidemment pas contaminées et manger quelques cacahuètes à l’apéritif ne signifie pas que vous allez tomber malade.

👉 Le niveau de risque dépend surtout des pratiques de l’établissement.

Une portion individuelle versée directement depuis un emballage propre n’a rien à voir avec un grand récipient collectif dans lequel des dizaines de personnes plongent leurs mains.

C’est cette distinction qui compte. Le réflexe simple à avoir Si vous voulez limiter le risque, privilégiez :

  • les portions individuelles,
  • les snacks servis directement depuis leur emballage,
  • les coupelles manifestement préparées spécialement pour votre table,
  • et méfiez-vous davantage des grands bols collectifs accessibles à de nombreuses personnes.

Finalement, le problème n’est pas vraiment la cacahuète.

C’est surtout de savoir combien de mains sont passées dans le bol avant la vôtre.

Et maintenant que vous y pensez, votre prochaine poignée de cacahuètes au comptoir risque d’avoir une saveur légèrement différente…

SOURCES :

🟢 À LIRE AUSSI : Pourquoi les bars vous offrent des cacahuètes… la vraie raison va vous surprendre

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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