La Sécu rembourse 517 millions d’euros de médicaments qui ne seront jamais utilisés
Chaque année en France, des tonnes de médicaments achetés, délivrés et parfois remboursés finissent par ne jamais être utilisés. Une étude menée par l’ANSM, l’Assurance Maladie et Cyclamed chiffre désormais l’ampleur de ce gaspillage : 517 millions d’euros par an seraient pris en charge par l’Assurance Maladie pour des médicaments finalement non utilisés.
💊 Une boîte d’antidouleurs commencée puis abandonnée. Des antibiotiques dont il reste quelques comprimés. Un traitement arrêté parce que le patient va mieux. Des médicaments prescrits « si besoin » qui ne seront finalement jamais nécessaires…
👉 Pris séparément, cela paraît presque anecdotique. 😅
👉 À l’échelle de la France, beaucoup moins. 😩
🔴 517 millions d’euros de médicaments remboursés mais non utilisés
L’étude PERIMED 2025, publiée en juin 2026, a été pilotée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), avec Cyclamed et la Caisse nationale de l’Assurance Maladie.
Son objectif était précisément de regarder ce que contiennent les médicaments non utilisés rapportés par les Français dans les pharmacies.
👉 Et l’estimation financière est impressionnante.
En extrapolant les résultats de l’échantillon étudié aux volumes récupérés chaque année par Cyclamed, les chercheurs évaluent à 517 millions d’euros par an le montant pris en charge par l’Assurance Maladie pour des médicaments qui ne sont finalement pas utilisés.
Plus frappant encore : 278 millions d’euros correspondraient à des médicaments qui n’étaient même pas encore périmés.
👉 Autrement dit, ils auraient théoriquement encore pu être utilisés.
🔴 7 675 tonnes de médicaments rapportées en pharmacie
Le phénomène est loin d’être marginal.
En 2024, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées dans les pharmacies françaises, avant d’être collectées par Cyclamed afin d’être incinérées et valorisées.
Il y a néanmoins une bonne nouvelle : ce volume a diminué de près de 30 % entre 2022 et 2024.
Mais ce qui se trouve dans ces retours est particulièrement intéressant.
L’étude PERIMED s’est notamment penchée sur 32 840 unités de médicaments, correspondant à 1 125 spécialités pharmaceutiques différentes.
Et environ 40 % des médicaments collectés n’étaient pas périmés.
🔴 Pourquoi autant de médicaments finissent-ils inutilisés ?
Il serait trop facile de faire porter la responsabilité uniquement sur les patients.
L’étude montre au contraire que le problème intervient à plusieurs niveaux.
🚨 Première explication : les traitements interrompus.
Un patient peut arrêter son médicament parce qu’il ressent des effets indésirables, parce qu’il estime qu’il ne fonctionne pas suffisamment ou, au contraire, parce que ses symptômes ont disparu avant la fin du traitement.
🚨 Deuxième problème : la taille des boîtes.
Il arrive que le conditionnement contienne davantage de comprimés que ce dont le patient a réellement besoin.
Une prescription nécessite par exemple une certaine quantité de prises, mais le conditionnement disponible en contient davantage.
Le surplus risque alors de terminer dans l’armoire à pharmacie avant d’être finalement rapporté.
🔴 Les médicaments prescrits « si besoin »
Il existe également les médicaments prescrits par précaution.
Après une opération ou une consultation, par exemple, un médecin peut prescrire un antalgique à prendre uniquement en cas de douleur.
Le patient récupère la boîte à la pharmacie.
L’Assurance Maladie la rembourse.
Mais si les douleurs disparaissent rapidement, une partie — voire la totalité — du médicament peut ne jamais être consommée.
Ce n’est évidemment pas nécessairement une mauvaise prescription : le médicament devait être disponible si l’état du patient le nécessitait.
❌ Mais multiplié par des millions de prescriptions, ce phénomène participe au gaspillage.
🔴 Près de 70 % des médicaments retrouvés étaient sur ordonnance
Autre enseignement important : près de 70 % des unités collectées étaient des médicaments soumis à prescription obligatoire.
Parmi les médicaments fréquemment retrouvés figurent notamment des antalgiques comme le paracétamol ou le tramadol, mais également des laxatifs et des antibiotiques.
Les quatre grandes catégories — médicaments respiratoires, digestifs et métaboliques, du système nerveux et cardiovasculaires — représentent à elles seules environ 80 % des médicaments non utilisés étudiés.
🔴 Pourquoi ne donne-t-on pas simplement le nombre exact de comprimés ?
C’est probablement la question que beaucoup de patients se posent.
📍 Pourquoi délivrer une boîte entière lorsqu’une personne n’a besoin que de quelques comprimés ?
La France autorise déjà dans certaines situations la dispensation à l’unité, notamment pour certains antibiotiques.
Le pharmacien peut alors délivrer la quantité correspondant au traitement au lieu de remettre systématiquement une boîte complète.
Mais généraliser ce système est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît : il faut assurer la traçabilité des médicaments, leur conservation, leur conditionnement et la sécurité de la délivrance.
L’étude PERIMED privilégie donc également une autre piste : adapter davantage la taille des boîtes aux traitements réellement prescrits.
🔴 Des médicaments parfois détruits alors qu’ils sont encore utilisables
C’est probablement l’un des aspects les plus frustrants du problème.
Un médicament rapporté par un particulier ne peut pas simplement être remis à un autre patient, même si la boîte semble intacte.
👉 Les médicaments collectés par Cyclamed sont destinés à être détruits dans une filière sécurisée.
Mais les autorités réfléchissent à des solutions très encadrées pour certaines catégories particulières.
La Direction générale de la santé envisage notamment une expérimentation permettant la redispensation à l’hôpital de certains médicaments anticancéreux non utilisés, avec un circuit sécurisé, à partir de septembre 2026.
🔴 Moins prescrire… mais surtout mieux prescrire
La réduction du gaspillage ne signifie évidemment pas qu’il faudrait priver les patients des traitements dont ils ont besoin.
L’enjeu consiste plutôt à prescrire et délivrer la quantité la plus adaptée.
Parmi les solutions étudiées figurent :
- des conditionnements correspondant davantage aux durées réelles de traitement,
- la délivrance à l’unité pour certains médicament,
- la vérification des stocks déjà présents chez le patient avant un renouvellement,
- la réévaluation régulière des traitements,
- la déprescription lorsque certains médicaments ne sont plus nécessaires,
- l’allongement de certaines dates de péremption lorsque leur stabilité le permet,
- une meilleure information des patients.
Depuis janvier 2026, la convention médicale prévoit d’ailleurs une consultation spécifique de déprescription destinée à certains patients prenant un grand nombre de médicaments.
🔴 Un gaspillage qui coûte aussi à l’environnement
Le problème n’est pas uniquement financier.
Produire un médicament nécessite des matières premières, des usines, des emballages, du transport et de l’énergie.
👉 Fabriquer un médicament qui ne sera jamais consommé signifie donc avoir mobilisé toutes ces ressources pour rien.
Réduire le gaspillage permettrait ainsi simultanément de diminuer certaines dépenses publiques et l’empreinte environnementale du système de santé.
🔴 517 millions d’euros : attention à ce que signifie réellement ce chiffre
Il faut toutefois éviter une conclusion trop simpliste.
Les 517 millions d’euros ne constituent pas une cagnotte que l’Assurance Maladie pourrait récupérer intégralement du jour au lendemain.
Ce montant est une projection réalisée à partir de l’échantillon analysé et des volumes collectés par Cyclamed.
Une partie du non-usage est également difficilement évitable : personne ne peut savoir à l’avance si un patient supportera un médicament, si son état nécessitera toutes les doses prescrites ou si un traitement devra être interrompu.
👉 Mais l’étude démontre qu’une partie du gaspillage pourrait probablement être réduite.
Et lorsque les dépenses de santé font régulièrement l’objet de débats sur les économies à réaliser, plus d’un demi-milliard d’euros de médicaments remboursés mais finalement inutilisés constitue un sujet difficile à ignorer.