ARNAQUE

370 000 € de dettes sans avoir rien demandé : à 73 ans, il est obligé de reprendre le travail pour survivre

Ils n’ont jamais demandé un seul prêt. Pourtant, aujourd’hui, ils croulent sous près de 370 000 euros de dettes. Pendant des années, des escrocs ont utilisé leur identité pour créer une entreprise fantôme et contracter des dizaines de crédits. Leur quotidien est devenu un véritable cauchemar.

Comment continuer à vivre lorsque l’on découvre que, sur le papier, on est devenu le dirigeant d’une entreprise que l’on n’a jamais créée… et le titulaire de dizaines de crédits que l’on n’a jamais demandés ?

C’est le cauchemar que vivent depuis plusieurs années deux retraités installés dans le Gard. Selon les informations rapportées par France 3, leur identité aurait été usurpée par des escrocs qui ont méthodiquement exploité leurs données personnelles pour mettre en place une fraude d’une ampleur exceptionnelle.

Une convocation de police qui fait basculer leur vie

Tout commence en 2019 lorsqu’un homme de 73 ans, Régis Deveuve, est convoqué par la Police nationale pour être entendu dans une affaire dont il ignore absolument tout.

Au cours de son audition, les enquêteurs lui apprennent que sa carte nationale d’identité et son relevé d’identité bancaire auraient été récupérés par des fraudeurs. Ces documents auraient ensuite servi à créer une société spécialisée dans le commerce du bois à Béziers… dont il apparaît officiellement comme le gérant.

Le plus inquiétant est que plusieurs personnes avaient déjà déposé plainte contre cette entreprise, enregistrée administrativement sous son identité.

57 crédits contractés sans leur accord

Mais cette société fantôme ne constitue qu’une partie de l’escroquerie.

Toujours selon France 3, les fraudeurs auraient également utilisé l’identité du couple pour souscrire 57 crédits à la consommation auprès de différents organismes financiers.

Le montant total des dettes atteint aujourd’hui près de 370 000 euros, une somme totalement impossible à rembourser pour ces deux retraités.

Une vie complètement bouleversée

Les conséquences sont dramatiques.

Le couple explique devoir désormais surveiller la moindre dépense du quotidien.

« On ne peut plus manger correctement », confie le retraité à France 3.

Leur carte bancaire est régulièrement bloquée, compliquant chaque achat du quotidien.

Pour pouvoir simplement faire le plein de carburant, Régis Deveuve est parfois contraint de retirer de l’argent liquide.

À 73 ans, il reprend un emploi pour survivre

La situation est devenue si difficile que le septuagénaire a dû reprendre une activité professionnelle comme agent d’entretien.

Sans ce revenu complémentaire, il affirme ne plus pouvoir assumer les 525 euros de remboursement mensuel réclamés ni faire face aux charges courantes du foyer.

Pour se rendre au travail, il utilise même son vélo afin de limiter les dépenses liées au carburant.

Un dossier de surendettement malgré leur statut de victimes

Comme si cela ne suffisait pas, le couple a dû déposer un dossier de surendettement.

Ils sont désormais inscrits au fichier de la Banque de France, alors même qu’ils affirment n’avoir jamais contracté ces emprunts.

Cette situation illustre l’une des conséquences les plus déstabilisantes des usurpations d’identité : les victimes peuvent subir pendant des années les effets administratifs et financiers d’actes qu’elles n’ont jamais commis.

Des démarches restées sans réponse

Depuis le début de cette affaire, les retraités disent avoir multiplié les recours.

Ils affirment avoir sollicité différentes autorités, dont le préfet, la présidence de la République ainsi que la Cour européenne de justice.

À ce stade, ils indiquent n’avoir obtenu aucune réponse susceptible de mettre un terme définitif à leur situation.

Une fraude qui rappelle l’importance de protéger ses données personnelles

Cette affaire rappelle qu’une simple copie d’une pièce d’identité ou d’un relevé d’identité bancaire peut, lorsqu’elle tombe entre de mauvaises mains, être utilisée pour ouvrir une société, contracter des crédits ou réaliser de nombreuses démarches frauduleuses.

En cas de soupçon d’usurpation d’identité, les autorités recommandent notamment de déposer plainte rapidement, de signaler les faits aux établissements concernés, de surveiller régulièrement ses comptes bancaires et de conserver toutes les preuves permettant d’établir la fraude.

Dans cette affaire, les retraités continuent aujourd’hui de se battre pour faire reconnaître qu’ils sont les victimes d’une escroquerie dont les conséquences continuent de bouleverser leur quotidien.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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