Bally Bagayoko brise le silence sur la polémique à la RATP
Accusé par une association anticorruption qui demande à la justice d’enquêter sur les conditions dans lesquelles il a exercé son activité à la RATP parallèlement à ses mandats politiques, Bally Bagayoko sort du silence. Le maire LFI de Saint-Denis conteste fermement les soupçons qui entourent son parcours professionnel. Et l’affaire dépasse désormais largement son seul cas : une nouvelle plainte vise un possible système concernant des élus employés par la RATP.
Depuis plusieurs jours, le nom de Bally Bagayoko se retrouve au cœur d’une polémique qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Élu maire de Saint-Denis en mars 2026 et membre de La France insoumise, l’ancien cadre de la RATP est au centre d’interrogations concernant les conditions dans lesquelles il a concilié son activité professionnelle au sein de la régie avec ses différents mandats politiques.
À l’origine de la controverse : des révélations du Canard enchaîné consacrées au parcours professionnel et politique de l’élu.
L’association AC !! Anti-Corruption a ensuite déposé une plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF), visant notamment des soupçons de détournement de fonds publics et d’emploi fictif autour du cas Bally Bagayoko.
À ce stade, il s’agit bien de soupçons et d’allégations portés par l’association. Ils ne constituent ni une condamnation ni la démonstration d’une infraction commise par le maire.
Bally Bagayoko décide de répondre publiquement
Face à la multiplication des articles et des accusations, Bally Bagayoko a finalement décidé de prendre la parole.
Dans un long message publié sur les réseaux sociaux, le maire de Saint-Denis commence par expliquer qu’il n’avait initialement pas l’intention de réagir systématiquement :
« Je ne comptais pas répondre à chaque attaque. »
Mais un élément l’aurait poussé à sortir du silence : le témoignage de Jacques Marsaud, ancien secrétaire général de la ville de Saint-Denis, devenu par la suite dirigeant à la RATP.
Selon Bally Bagayoko, celui-ci aurait directement participé à son recrutement et aurait écrit au journaliste du Canard enchaîné afin de contester certains éléments relatés sur son embauche.
« Je n’ai pas été recruté sans entretien »
Le maire s’attaque notamment à la manière dont son recrutement à la RATP a été présenté.
Il affirme avoir passé plusieurs entretiens successifs avant son embauche et rejette l’idée d’un recrutement qui aurait échappé aux procédures habituelles.
Sur ce point, la version de Bally Bagayoko reçoit un soutien important : celui de la RATP elle-même.
Interrogée par l’AFP, l’entreprise affirme que Bally Bagayoko a été recruté en 2001, après avoir passé les entretiens d’embauche puis ceux précédant sa titularisation, comme les autres agents relevant du statut de la RATP.
Bally Bagayoko affirme ainsi avoir été recruté sur ses compétences et conteste toute faveur liée à son parcours politique.
Mandat politique et emploi à la RATP : Bally Bagayoko réfute l’idée de « deux postes »
Autre point particulièrement sensible : la possibilité de concilier ses responsabilités d’élu avec son activité professionnelle.
Bally Bagayoko réfute l’idée selon laquelle il aurait occupé simultanément « deux postes ».
Son argument est simple : un mandat électif n’est pas juridiquement un emploi salarié.
Il affirme également n’avoir jamais dissimulé ses responsabilités politiques à son employeur et avoir bénéficié des dispositifs permettant aux salariés titulaires d’un mandat électif d’aménager leur activité professionnelle.
La RATP défend elle aussi ce principe.
La régie indique respecter les règles permettant de concilier l’exercice d’un mandat d’élu local avec la vie professionnelle des salariés.
Autrement dit, le simple fait d’être simultanément salarié de la RATP et élu local ne permet évidemment pas, à lui seul, de caractériser un emploi fictif.
Bally Bagayoko attaque la méthode du Canard enchaîné
Mais le maire de Saint-Denis ne se contente pas de défendre son parcours professionnel.
Il met directement en cause la méthode utilisée par l’hebdomadaire satirique.
Dans son message intitulé « Article du Canard enchaîné : quand le sous-entendu remplace la démonstration », Bally Bagayoko estime que les accusations reposent davantage, selon lui, sur des insinuations que sur la démonstration qu’il n’aurait effectivement pas accompli ses missions professionnelles.
Il pose notamment cette question : qui disposerait de la preuve qu’il n’aurait pas effectué le travail pour lequel il était rémunéré ?
Le maire reproche également au journal de ne pas avoir suffisamment pris en compte le témoignage de Jacques Marsaud, qu’il présente comme un témoin direct de son recrutement.
Il estime ainsi que certains éléments susceptibles de contredire le récit présenté autour de son embauche auraient été connus avant publication.
Il s’agit là encore de la version et des accusations de Bally Bagayoko, auxquelles Le Canard enchaîné peut naturellement opposer sa propre présentation des faits.
Mais l’affaire dépasse désormais largement Bally Bagayoko
C’est probablement le développement le plus important de ces dernières heures.
La polémique ne concerne plus seulement le maire de Saint-Denis.
👉 Mercredi 12 août, AC !! Anti-Corruption a annoncé à l’AFP le dépôt d’une plainte complémentaire contre X auprès du Parquet national financier.
Cette fois, l’association demande à la justice d’examiner l’existence éventuelle d’un système beaucoup plus vaste concernant des élus parisiens et franciliens employés par la RATP.
L’ancien juge Éric Halphen, président d’honneur de l’association, explique que l’objectif est désormais de déterminer si un système d’emplois pouvant être qualifiés de complaisance a pu exister au sein de l’entreprise.
La plainte évoque notamment des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, faux et usage de faux.
Environ 200 agents de la RATP exerceraient un mandat électif
Le chiffre spectaculaire de 200 élus circule désormais autour de cette affaire.
Il doit cependant être manié avec beaucoup de précaution.
Il ne signifie absolument pas que 200 personnes auraient été identifiées comme titulaires d’un emploi fictif.
Il correspond à des agents de la RATP qui exerceraient également un mandat électif.
La question soulevée est donc de savoir dans quelles conditions certains de ces salariés ont concilié leur emploi avec leur mandat et si, dans certains cas, les rémunérations correspondaient effectivement à une activité professionnelle réelle.
AC !! Anti-Corruption affirme soupçonner l’existence d’un système plus large que quelques situations individuelles.
Selon l’association, certains élus auraient pu être rémunérés pour des postes ne correspondant pas à une activité réelle, avec dans certains cas des interrogations concernant leur présence ou l’identification précise de leurs fonctions.
🔴 Ces affirmations restent à démontrer.
La RATP dément fermement tout « système d’emplois fictifs »
Face à ces accusations particulièrement graves, la RATP a réagi.
Sollicitée par l’AFP, la régie dément les allégations d’emplois de complaisance au sein de l’entreprise.
Elle rappelle que les salariés disposant d’un mandat électif peuvent légalement bénéficier de dispositifs permettant de concilier leur activité professionnelle et leurs responsabilités politiques.
La RATP indique également être disposée à transmettre à la justice les documents qui pourraient lui être demandés dans le cadre d’éventuelles investigations.
À ce stade, le dépôt d’une plainte ne signifie pas que les accusations formulées par AC !! Anti-Corruption sont établies, ni que les quelque 200 agents concernés par un mandat politique sont soupçonnés individuellement d’avoir bénéficié d’un emploi fictif.
Une affaire désormais politique, judiciaire… et potentiellement beaucoup plus vaste
Ce qui avait commencé par une controverse autour du parcours professionnel de Bally Bagayoko prend donc une dimension bien différente.
D’un côté, AC !! Anti-Corruption demande au Parquet national financier d’enquêter sur ce qu’elle soupçonne d’être un système plus large.
De l’autre, la RATP conteste catégoriquement l’existence d’emplois de complaisance et défend la légalité des dispositifs permettant à ses salariés d’exercer parallèlement un mandat politique.
Quant à Bally Bagayoko, il refuse désormais de laisser les accusations s’installer sans répondre.
Sa ligne de défense est claire : son recrutement aurait suivi les procédures normales, ses mandats auraient toujours été connus de son employeur et aucune preuve ne démontrerait, selon lui, qu’il n’a pas réellement exercé les fonctions pour lesquelles il était rémunéré.
La prochaine étape sera donc déterminante : le Parquet national financier devra décider des suites à donner aux plaintes déposées et, le cas échéant, déterminer si les soupçons justifient l’ouverture d’investigations.
En attendant, une distinction reste indispensable : entre les interrogations légitimes soulevées par cette affaire et la culpabilité éventuelle des personnes concernées, il appartient désormais à la justice d’établir les faits.
- Sources
📍 Le Monde, 12 août 2026 — « L’association AC !! Anti-corruption porte plainte contre un “système d’emplois fictifs” pour des élus parisiens et franciliens à la RATP ». Consulter l’article du Monde
📍 Le HuffPost, 12 août 2026 — « Après les accusations contre Bally Bagayoko, la RATP dément tout système d’emplois fictifs ». Consulter l’article du HuffPost
📍 Le Journal du Dimanche (JDD), 12 août 2026 — « Affaire Bally Bagayoko : Pécresse demande des comptes sur les 200 élus employés par la RATP ». Consulter l’article du JDD