Tri des déchets : ce que deviennent certains pots de yaourt va vous surprendre
Une vidéo montre des déchets plastiques triés puis transformés en combustible. Les pots de yaourt sont-ils tous concernés ? Voici ce que l’on sait sur leur recyclage.
La vidéo est spectaculaire : après avoir été jetés dans le bac jaune, des emballages plastiques sont triés, compactés puis envoyés vers des sites industriels où ils peuvent servir de combustible. Mais peut-on en conclure que les pots de yaourt sont tous brûlés ? La réalité est plus complexe — et soulève une vraie question sur les promesses du recyclage.
Du bac jaune à la cimenterie : le parcours qui interroge
Dans la vidéo, on suit des emballages depuis un centre de tri jusqu’à des installations industrielles. Une partie des déchets plastiques présentés est transformée en combustible solide de récupération, ou CSR. Celui-ci peut être utilisé par des sites industriels, notamment des cimenteries, pour produire de l’énergie.
La séquence donne alors une impression dérangeante : le pot soigneusement trié par le consommateur pourrait finir brûlé au lieu d’être transformé en nouvel emballage. Mais attention à ne pas tirer une conclusion trop générale d’images tournées dans un centre précis. Elles ne prouvent pas que tous les pots de yaourt déposés dans la poubelle jaune suivent ce parcours.
Oui, une partie des déchets triés peut devenir du combustible
L’ADEME confirme que les emballages en plastique qui ne sont pas encore recyclés peuvent être incinérés et valorisés énergétiquement. Elle précise aussi que tous les emballages en plastique doivent être déposés dans le bac de tri, dont les pots de yaourt et leurs opercules — en les vidant, sans les laver, et en séparant l’opercule du pot.
Le tri ne garantit donc pas que chaque emballage sera recyclé en un nouvel objet. Il permet de l’orienter vers les filières disponibles, mais certains déchets peuvent être refusés ou dirigés vers une autre forme de traitement.
Depuis 2025, une filière peut transformer des pots en nouveaux pots
La situation évolue toutefois. Selon Citeo, une usine située à Anvers, en Belgique, traite depuis septembre 2025 des emballages en polystyrène issus notamment de pots de yaourt, afin de les transformer à nouveau en pots. Citeo indique que, parmi les pots triés et envoyés vers les filières concernées, 80 % sont destinés à redevenir des pots de yaourt et 20 % continuent d’être recyclés mécaniquement en Espagne.
Mais ces chiffres ne signifient pas que 80 % de tous les pots vendus en France sont recyclés de cette manière. Citeo indique qu’en 2024, 5 000 tonnes d’emballages en polystyrène ont été triées puis envoyées au recyclage. L’organisme reconnaît que la quantité de pots recyclés reste faible par rapport à l’ensemble des pots mis sur le marché.
Une filière encore contestée et difficile à mesurer
L’UFC-Que Choisir souligne l’écart entre les quelque 60 000 tonnes de petits pots de yaourt et de compote jetées chaque année en France et les 5 000 tonnes d’emballages en polystyrène arrivées dans les centres de tri, chiffre attribué à Citeo. L’association relève aussi des incertitudes sur les capacités de tri et de recyclage disponibles.
La question n’est donc pas seulement de savoir si un pot peut être recyclé. Il faut aussi regarder quelle proportion est effectivement collectée, séparée puis envoyée vers une filière de recyclage. Le Monde a également rapporté que la filière promise devait passer par une usine belge et que les objectifs annoncés concernaient une part limitée des emballages mis sur le marché.
Alors, faut-il encore trier les pots de yaourt ?
Oui. L’ADEME recommande de déposer les pots en plastique dans le bac de tri, même si tous ne sont pas encore recyclés. Ne pas trier n’améliorerait pas leur sort : les emballages jetés avec les ordures ménagères sont orientés vers d’autres traitements, comme l’incinération ou l’enfouissement.
La vidéo met en lumière une réalité que les consignes de tri résument mal : trier un emballage ne garantit pas qu’il sera recyclé. La filière des pots de yaourt progresse, mais les chiffres disponibles montrent qu’elle ne concerne encore qu’une partie des emballages. Le geste du consommateur compte ; les capacités industrielles et la conception des emballages comptent tout autant.