Témoignage choc d’un ancien consommateur : Mon combat contre mes addictions multiples
Pendant cinq ans, Yann a vécu enfermé dans un engrenage destructeur mêlant injections de 3-MMC, alcool, cannabis et chemsex. Il raconte sans filtre sa descente aux enfers, ses rechutes, la rue, puis sa reconstruction grâce à l’abstinence totale.
Lorsque les gens me croisent aujourd’hui dans les rues de Rennes, ils voient un homme qui fait du sport plusieurs fois par semaine.
Ils voient un bénévole.
Ils voient quelqu’un qui parle ouvertement d’abstinence.
Ils voient quelqu’un qui semble avoir retrouvé une certaine sérénité.
- Ils ne voient pas les cicatrices.
- Ils ne voient pas les marques laissées sur mes bras.
- Ils ne voient pas les nuits sans sommeil.
- Ils ne voient pas les centaines de seringues.
- Ils ne voient pas les colis de drogue livrés à domicile.
- Ils ne voient pas les litres de bière.
- Ils ne voient pas les joints.
- Ils ne voient pas les infections.
Ils ne voient pas les années pendant lesquelles mon existence entière a tourné autour d’un seul objectif : fuir la réalité.
Car pendant 5 ans, j’ai vécu dans un monde parallèle.
Un monde où la prochaine injection était plus importante que tout le reste.
Un monde où les jours et les nuits n’avaient plus aucune signification.
Un monde dont je croyais ne jamais pouvoir sortir.
Cette histoire est la mienne.
Et si je la raconte aujourd’hui, ce n’est pas pour choquer.
C’est parce que si une seule personne en pleine addiction lit ces lignes et comprend qu’il existe une issue, alors cela aura servi à quelque chose.
Le jeune homme qui allait bouleverser ma vie
Tout a commencé par une rencontre.
Une rencontre sur Grindr.
Il s’appelait Jordan.
Il avait environ 15 ans de moins que moi.
- Très beau.
- Très masculin.
- Le visage typique du « bad boy ».
- Le genre d’homme qui attire immédiatement le regard.
- Je suis tombé amoureux de lui.
- Pas lui.
Lui avait surtout besoin d’un endroit où dormir.
Il venait de sortir d’un hôpital psychiatrique où il avait effectué un sevrage.
Il m’expliqua qu’il n’avait nulle part où aller.
Je lui ai immédiatement proposé de l’héberger.
Je pensais aider quelqu’un.
Je ne savais pas que j’étais en train d’ouvrir la porte à la période la plus sombre de ma vie.
- À l’époque, j’ignorais totalement ce qu’était le SLAM.
- Je ne connaissais pas la 3-MMC.
- Je ne connaissais pas les cathinones.
- Je ne connaissais pas les injections.
- Je ne savais même pas que des personnes pouvaient s’injecter volontairement des drogues.
Rien que les prises de sang me faisaient peur.
Lorsque j’allais dans un laboratoire, je détournais toujours le regard au moment où l’aiguille pénétrait dans ma veine.
Je ne supportais pas cette vision.
Jamais je n’aurais imaginé devenir un jour celui qui chercherait lui-même une veine pour s’injecter un produit.
La première injection
Un soir, Jordan m’a proposé d’essayer la 3-MMC.
- Je me souviens encore de chaque détail.
- Je me souviens de la seringue.
- Je me souviens de l’appréhension.
- Je me souviens de cette sensation étrange juste avant qu’il n’appuie sur le piston.
Puis le produit est entré dans mon corps.
Et là…
Tout a changé.
- L’effet a été immédiat.
- Absolument immédiat.
Comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur dans mon cerveau.
- Une vague gigantesque a traversé mon corps.
- Une euphorie indescriptible.
- Une sensation de puissance.
- De bien-être.
- De liberté.
- Je n’avais jamais rien ressenti d’aussi fort.
- J’ai trouvé cela extraordinaire.
Je ne savais pas encore que ce plaisir allait me coûter cinq années de ma vie.
Très vite, Jordan m’a appris à m’injecter seul.
- J’ai appris rapidement.
- Trop rapidement.
Quelques semaines plus tard, je n’avais plus besoin de lui pour préparer une seringue.
Je savais le faire moi-même.
Les soirées qui duraient plusieurs jours
Au départ, je n’étais jamais seul.
Les injections se déroulaient chez moi.
Dans le cadre du chemsex.
- La 3-MMC.
- Le sexe.
- Les rencontres.
Les hommes qui entraient et sortaient de mon appartement.
Nous pouvions être jusqu’à 10 hommes dans mon logement.
- Tous nus.
- Tous sous produits.
- Tous enfermés dans la même bulle chimique.
Les heures disparaissaient.
Puis les jours.
Certaines sessions duraient plusieurs jours d’affilée.
Parfois près d’une semaine.
Les hommes défilaient.
- Je ne savais plus quel jour nous étions.
- Je ne savais parfois même plus depuis combien de temps j’étais éveillé.
Mon appartement était devenu un lieu de consommation permanent.
Mon quotidien est devenu la drogue
Au bout de quelques mois, ma vie entière tournait autour du SLAM.
Il n’existait plus rien d’autre.
Je commandais jusqu’à 25 grammes de 3-MMC par semaine sur un site situé aux Pays-Bas.
- Chaque semaine, j’attendais la livraison.
- Chaque semaine, UPS déposait le colis.
- Chaque semaine, je me promettais de ralentir.
- Chaque semaine, je recommençais.
Je vivais pratiquement enfermé.
Je ne sortais presque plus.
- Je me faisais livrer mes courses.
- Je me faisais livrer mes bières.
- Je me faisais livrer tout ce dont j’avais besoin.
Je vivais derrière une porte fermée.
Dans une prison dont j’étais moi-même le gardien.
Quand je ne m’injectais pas de 3-MMC, je buvais.
- Énormément.
- Jusqu’à douze litres de bière par jour.
Quand je ne buvais pas, je fumais.
Parfois jusqu’à une vingtaine de joints par jour.
Je vivais en permanence sous l’effet d’un produit.
- 3-MMC.
- Alcool.
- Cannabis.
- Toujours quelque chose.
- Toujours.
Je ne connaissais plus la sobriété.
Les trous dans les bras
Très vite sont arrivées les complications.
- Les injections ratées.
- Les veines difficiles à trouver.
- Les produits qui passent à côté de la veine.
La 3-MMC est extrêmement agressive pour les tissus.
Lorsque l’injection était ratée, ma peau s’abîmait.
- Des plaies apparaissaient.
- Des infections se développaient.
- Des trous se formaient sur mes bras.
Je prenais des antibiotiques pratiquement une semaine par mois.
- Malgré cela, je continuais.
- Je regardais mes bras se détériorer.
- Et je continuais.
Voilà ce qu’est une addiction.
Continuer alors même que tout indique qu’il faut arrêter.
Ce que j’essayais vraiment d’anesthésier
Pendant longtemps, j’ai cru que mon problème était la drogue.
Avec le recul, je sais aujourd’hui que la drogue n’était qu’une conséquence.
Depuis l’enfance, je porte des blessures profondes.
- Des violences.
- De la maltraitance.
- Des traumatismes qui ont marqué toute ma vie.
Je suis également bipolaire.
J’étais déjà en invalidité lorsque j’ai commencé le SLAM.
Je ne travaillais plus.
Les drogues ne me rendaient pas heureux.
Elles anesthésiaient simplement mon cerveau.
Pendant quelques heures, elles m’empêchaient de penser.
- Elles m’empêchaient de ressentir.
- Elles m’empêchaient de replonger dans certaines souffrances.
- Mais le problème revenait toujours.
- Et chaque fois plus fort.
Le 10 juin 2023
Cette date reste gravée dans ma mémoire.
Ma dernière injection de SLAM.
Je ne savais pas encore que ce serait la dernière.
Mais quelque chose s’était cassé.
- J’étais épuisé.
- Physiquement.
- Mentalement.
- Moralement.
- Je ne supportais plus cette vie.
J’ai alors commencé à détruire mon ancien monde.
- J’ai changé de numéro de téléphone.
- J’ai supprimé près de 800 contacts.
- Huit cents.
- J’ai coupé les ponts.
- J’ai disparu.
Quitter Paris
En septembre 2023, j’ai quitté mon logement pour aller vivre chez un ami.
- J’avais besoin d’air.
- J’avais besoin de distance.
- J’avais besoin d’un environnement différent.
Puis, en février 2025, j’ai pris une décision encore plus radicale.
Après environ 25 années passées à Paris et en région parisienne, j’ai quitté l’Île-de-France.
Direction Rennes.
Je laissais derrière moi une ville entière.
- Des habitudes.
- Des souvenirs.
- Des blessures.
Je voulais recommencer ailleurs.
Les dix jours à la rue
L’arrivée à Rennes n’a pas été simple.
Je cherchais un logement.
Mon dossier était bon.
Mais mes revenus provenaient d’une rente d’invalidité.
Et cela faisait peur à certains propriétaires.
Les refus se sont accumulés.
Puis je me suis retrouvé à la rue.
- 10 jours.
- Dix jours qui m’ont paru interminables.
- Dix jours de peur.
- D’angoisse.
- D’incertitude.
Durant cette période, j’ai replongé dans les injections d’héroïne.
Une semaine environ.
Pas davantage.
Parce qu’au fond de moi, quelque chose avait changé.
Je ne voulais plus vivre ainsi.
Le studio qui a changé ma vie
Puis un agent immobilier a décidé de me faire confiance.
Il avait entendu mon histoire.
Il savait que j’étais en invalidité.
Contrairement aux autres, il n’y voyait pas un problème.
- Il m’a proposé un studio avant même de publier une annonce.
- J’étais le seul visiteur.
- Le seul candidat.
- Le logement était quasiment réservé.
Lorsque j’ai récupéré les clés, j’ai ressenti un immense soulagement.
Pour beaucoup de gens, ce n’était qu’un petit studio.
Pour moi, c’était bien plus.
- C’était la sécurité.
- La stabilité.
- La possibilité de recommencer à vivre.
Les dernières rechutes
En mars 2026, j’ai effectué quelques injections de kétamine.
Quelques-unes seulement.
Mais quelque chose avait radicalement changé.
Autrefois, après une injection, je voulais recommencer.
Cette fois-ci, je me réveillais avec une seule pensée :
- « Pourquoi ai-je fait ça ? »
- « À quoi cela me sert-il ? »
- Je ne ressentais plus de plaisir.
- Je ressentais de la tristesse.
- De la lassitude.
Je savais que cette vie était terminée.
Le mot que j’avais toujours refusé
Pendant des années, j’ai essayé de gérer.
- De contrôler.
- De modérer.
- De réduire.
- Je refusais le mot abstinence.
- Je pensais pouvoir consommer raisonnablement.
- Je me trompais.
- Chaque tentative finissait toujours dans l’excès.
- Toujours.
En avril 2026, pour la première fois de ma vie, j’ai prononcé ces mots :
« Abstinence totale. »
Je l’ai annoncé à mes amis.
Je l’ai annoncé à moi-même.
- Plus de drogues.
- Plus d’alcool.
- Plus de cannabis.
- Plus de tabac.
- Terminé.
- Définitivement.
Les IRIS
Quelques semaines plus tard, j’ai intégré la structure IRIS de l’hôpital Guillaume-Régnier à Rennes.
Je n’y suis pas allé pour arrêter.
J’y suis allé pour consolider.
Pour ancrer définitivement cette décision.
C’est là que j’ai compris que mon avenir ne se construirait plus autour des produits.
Mais autour de projets.
- De sport.
- De bénévolat.
- De relations saines.
- D’une vie réelle.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, je fais du sport plusieurs fois par semaine.
- Cardio.
- Fitness.
- Renforcement musculaire.
Je fais du bénévolat.
Je dors à nouveau.
Pendant longtemps, mon cerveau ressemblait à un volcan en éruption.
Aujourd’hui, il est calme.
Je ne prétends pas être guéri de tout.
Je reste vigilant.
Mais je sais une chose.
Je ne veux plus jamais revivre cette vie.
Si vous lisez ce témoignage en étant prisonnier d’une addiction, retenez ceci :
Je ne suis pas plus fort que vous.
Je ne suis pas exceptionnel.
Je suis simplement quelqu’un qui a fini par comprendre que certaines personnes peuvent boire un verre ou consommer occasionnellement.
Moi, je ne pouvais pas.
J’ai essayé pendant des années.
Je me suis menti pendant des années.
Le jour où j’ai accepté l’abstinence totale, j’ai commencé à retrouver ma liberté.
Et si un homme qui s’injectait de la 3-MMC, buvait douze litres de bière par jour, fumait une vingtaine de joints quotidiennement et vivait enfermé dans son appartement a réussi à s’en sortir…
Alors il existe aussi un espoir pour vous.
Émouvant de sincérité . Quel combat! ceci dit la guerre n est pas finie soldat, alors je vous souhaite le courage nécessaire afin de la gagner.Le plus difficile à été accompli bravo ! . Une très belle leçon de vie, on ne peut être qu’admiratif.