ANIMAUX

Incendies et canicule : faut-il repousser l’ouverture de la chasse en France ?

Des animaux épuisés, déplacés et privés d’une partie de leur habitat pourraient-ils être chassés dès septembre ? Après les incendies, la demande de report de la saison de chasse provoque un affrontement particulièrement vif.

Après les incendies et les fortes chaleurs qui ont frappé la France, des associations de protection animale demandent un report de l’ouverture de la chasse dans les territoires sinistrés. Elles alertent sur la situation des animaux sauvages, déjà éprouvés par la destruction de leur habitat, le manque d’eau et la raréfaction de la nourriture. Les chasseurs refusent toutefois une suspension généralisée et réclament des décisions adaptées à chaque département.

Les flammes sont parfois éteintes, mais leurs conséquences sur la faune sauvage peuvent durer bien plus longtemps. Derrière les hectares de végétation calcinés se trouvent des animaux morts, blessés, déplacés ou privés de leurs zones habituelles de refuge.

Alors que la prochaine saison de chasse doit progressivement s’ouvrir à partir de septembre selon les départements, une question particulièrement sensible divise désormais les associations de protection animale et les représentants des chasseurs : faut-il maintenir le calendrier prévu malgré les incendies et la canicule ?

Des associations demandent plusieurs mois de répit pour les animaux

L’association FUTUR réclame le report de plusieurs mois de l’ouverture de la chasse dans les départements directement touchés par les incendies. Elle souhaite également que cette mesure s’applique aux territoires voisins lorsqu’ils servent de refuge aux animaux ayant fui les flammes.

Dans une lettre ouverte consacrée à la chasse dans les zones incendiées, l’association affirme que les rescapés sont soumis à un stress physiologique important. Selon elle, l’ajout d’une pression de chasse pourrait réduire leurs chances de survie et ralentir la reconstitution des populations.

La demande ne porte donc pas seulement sur les parcelles brûlées. Les animaux capables de fuir un incendie peuvent se déplacer vers les forêts, les champs ou les espaces naturels voisins, où ils se retrouvent parfois concentrés dans des zones plus réduites.

Incendies, sécheresse, chaleur : une faune sauvage fragilisée

Lorsqu’un feu traverse un espace naturel, tous les animaux ne disposent pas des mêmes possibilités de fuite. Les oiseaux et les grands mammifères peuvent, dans certaines conditions, s’éloigner du front des flammes. Les jeunes animaux, les reptiles, les amphibiens, les insectes et les espèces vivant dans les sols ou les arbres sont souvent beaucoup plus vulnérables.

Même lorsqu’ils survivent directement à l’incendie, les animaux doivent ensuite affronter ses conséquences :

  • la disparition des abris et des lieux de reproduction,
  • la destruction d’une partie des ressources alimentaires,
  • l’assèchement ou la dégradation des points d’eau,
  • une exposition accrue aux prédateurs,
  • des déplacements inhabituels vers les routes et les zones habitées,
  • une concurrence plus forte dans les espaces ayant échappé aux flammes.

Les épisodes de canicule et de sécheresse peuvent accentuer ces difficultés. Pour les associations, commencer à chasser des populations encore désorientées reviendrait à leur imposer une épreuve supplémentaire au moment où elles tentent de survivre et de retrouver un territoire.

Les chasseurs refusent une suspension nationale

La Fédération nationale des chasseurs rejette l’idée d’un report uniforme dans toute la France. Son président, Willy Schraen, a qualifié la proposition de suspension nationale de demande « idéologique » dans des déclarations rapportées par La Dépêche du Midi.

Les représentants des chasseurs estiment que la situation doit être évaluée territoire par territoire et espèce par espèce. Un département largement épargné par les incendies ne connaîtrait pas nécessairement les mêmes difficultés qu’une zone dont plusieurs milliers d’hectares ont été ravagés.

Ils soulignent également que certaines espèces, notamment le sanglier, peuvent continuer à provoquer d’importants dégâts agricoles. Une interdiction générale risquerait alors, selon eux, de compliquer la régulation de certaines populations.

La Fédération ne ferme toutefois pas complètement la porte à des restrictions locales. Les prélèvements, les espèces autorisées ou le nombre de jours de chasse pourraient être adaptés dans les secteurs où la faune aurait été réellement affectée.

La loi permet déjà aux préfets de suspendre la chasse

Contrairement à ce que pourrait laisser croire la virulence du débat, les autorités disposent déjà d’un outil juridique pour intervenir.

L’article R.424-3 du Code de l’environnement prévoit qu’en cas de calamité, d’incendie, d’inondation ou de gel prolongé susceptible de provoquer ou de favoriser la destruction du gibier, le préfet peut suspendre la chasse.

Cette décision peut concerner :

  • l’ensemble ou seulement une partie du département,
  • toutes les formes de gibier ou uniquement certaines espèces,
  • une période déterminée selon l’état du territoire.

Il n’est donc pas indispensable d’instaurer une interdiction nationale pour protéger ponctuellement la faune. Chaque préfet peut prendre un arrêté lorsque les circonstances locales le justifient.

Cette possibilité constitue un point essentiel du débat : la véritable question n’est pas seulement de savoir s’il faut suspendre la chasse, mais sur quels critères, pendant combien de temps et dans quel périmètre.

Un report national serait-il réellement justifié ?

Une suspension partout en France aurait l’avantage d’envoyer un signal clair et d’accorder un répit uniforme à la faune après un été difficile. Elle éviterait également que des animaux ayant quitté une zone incendiée puissent être chassés dès leur arrivée dans un département ou un territoire voisin.

Mais une telle mesure pourrait aussi paraître disproportionnée dans les régions peu ou pas touchées. Les incendies, la disponibilité en eau et l’état des populations animales varient considérablement d’un territoire à l’autre.

À l’inverse, limiter l’interdiction aux seules parcelles brûlées serait probablement insuffisant. Les conséquences écologiques d’un incendie ne s’arrêtent pas à la frontière visible des terres noircies. Les espaces environnants peuvent devenir des zones de repli essentielles pour les survivants.

La solution la plus cohérente pourrait donc être une approche locale, mais fondée sur des évaluations indépendantes et transparentes. Elle pourrait inclure les zones incendiées, leurs alentours immédiats et les principaux couloirs empruntés par les animaux déplacés.

Une décision qui ne devrait pas dépendre des seuls chasseurs

Les chasseurs possèdent une connaissance réelle du terrain et des populations qu’ils suivent. Mais leur confier, à eux seuls, l’évaluation de la nécessité de maintenir ou non la chasse créerait un évident conflit d’intérêts.

À l’inverse, une interdiction générale dictée uniquement par une opposition de principe à la chasse ne tiendrait pas compte des différences entre les espèces et les territoires.

Pour être crédible, la décision devrait réunir les préfectures, l’Office français de la biodiversité, les scientifiques, les associations de protection de la nature, les forestiers, les agriculteurs et les fédérations de chasseurs. Les restrictions pourraient ensuite être réexaminées au regard de données précises : superficie brûlée, mortalité observée, disponibilité en eau, état des habitats et évolution des populations.

Vers des restrictions dans les territoires les plus touchés ?

À ce stade, aucun report général de la saison de chasse n’a été annoncé à l’échelle nationale. L’ouverture générale s’effectue habituellement entre le premier et le quatrième dimanche de septembre, selon les départements, comme le rappelle la Fédération nationale des chasseurs.

Des arrêtés préfectoraux pourraient cependant modifier localement le calendrier ou suspendre la chasse à certaines espèces si la situation l’exige.

Le débat oppose donc trois options : repousser l’ouverture dans toute la France, protéger uniquement les zones sinistrées et leurs alentours, ou conserver le calendrier tout en adaptant les prélèvements localement.

Une chose est certaine : après les incendies et les épisodes de chaleur extrême, maintenir la chasse exactement comme si rien ne s’était passé serait difficile à défendre dans les territoires où la faune a subi de lourdes pertes.

👉 Et vous, faudrait-il repousser l’ouverture de la chasse partout en France, uniquement dans les zones touchées par les incendies, ou maintenir le calendrier prévu ?

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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