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Addiction : le rôle souvent sous-estimé de l’ennui

Le manque n’est pas le seul ennemi des personnes souffrant d’une addiction. Un facteur beaucoup plus discret peut lui aussi favoriser les envies de consommer et les rechutes : l’ennui. Pourquoi les moments de vide sont-ils parfois si difficiles à supporter ? Explications.

Un facteur discret, mais parfois déterminant

Lorsque l’on parle d’addiction, on pense spontanément au manque, au stress, à la souffrance ou aux émotions difficiles. Plus rarement à l’ennui. Pourtant, ce dernier peut occuper une place importante dans le parcours de nombreuses personnes.

L’ennui ne provoque pas à lui seul une rechute, mais il peut créer un contexte favorable. Il ne s’agit pas simplement de « ne rien avoir à faire ». C’est parfois un moment où tout paraît vide, monotone, sans intérêt. La journée semble s’étirer, le silence prend de la place et l’esprit tourne en rond. Dans ces instants, une ancienne habitude peut rapidement refaire surface.

Quand le calme devient inconfortable

Certaines personnes vivent très bien les périodes de calme. Pour d’autres, elles sont particulièrement difficiles à supporter.

Lorsque l’agitation extérieure disparaît, des pensées, des émotions ou un sentiment de solitude peuvent réapparaître. Une fatigue jusque-là masquée devient plus perceptible. Un vide intérieur ou une sensation de manque prend davantage de place.

C’est souvent dans ces moments que le comportement addictif peut sembler offrir une solution immédiate. Boire, consommer une substance, manger compulsivement, acheter, jouer, passer des heures devant un écran ou faire défiler les réseaux sociaux deviennent autant de moyens d’échapper à cet inconfort.

Le problème n’est donc pas le temps libre en lui-même, mais ce qu’il fait remonter.

Une réponse devenue automatique

Avec le temps, le comportement addictif peut devenir une réponse presque réflexe à l’ennui. Il apporte une stimulation, une sensation, un soulagement ou simplement une occupation. Même si ses conséquences sont douloureuses, il produit un effet immédiat : il détourne l’attention, occupe les pensées et évite d’affronter ce que le vide intérieur fait émerger.

C’est pourquoi l’ennui mérite d’être pris au sérieux. Une personne peut être profondément décidée à arrêter. Pourtant, lorsqu’un moment creux s’installe, l’ancien comportement redevient soudain accessible. Il paraît simple, familier et rapide, là où il faudrait apprendre à traverser un temps plus lent, moins stimulant et parfois inconfortable.

Une réalité parfois difficile à comprendre pour l’entourage

Vu de l’extérieur, cette explication peut sembler insuffisante.

Les proches disent parfois : « Il avait pourtant de quoi s’occuper », « Elle aurait pu faire autre chose » ou encore « Ce n’est pas une raison pour recommencer ».

Ces réactions sont compréhensibles, mais elles ne reflètent pas toujours ce que vit réellement la personne.

Dans certains parcours, l’ennui n’est pas seulement l’absence d’activité. C’est un état où l’agitation intérieure devient plus présente, où la motivation disparaît et où il devient difficile de trouver de l’intérêt à ce qui, auparavant, semblait naturel.

Le comportement addictif apparaît alors moins comme une recherche de plaisir que comme une tentative d’échapper à un malaise.

Comprendre ce mécanisme ne revient pas à excuser les comportements. Cela permet simplement d’éviter une lecture trop simpliste de l’addiction.

Réapprendre à vivre les temps calmes

Sortir d’une addiction ne consiste pas uniquement à arrêter un comportement. Cela implique souvent d’apprendre à vivre autrement les moments où rien ne presse, où rien ne stimule et où aucune urgence ne vient occuper l’esprit.

Au début, ces instants peuvent sembler déstabilisants. Ils laissent parfois remonter ce que l’addiction permettait jusque-là de tenir à distance.

Le travail consiste alors à construire progressivement de nouveaux repères : sortir marcher, appeler une personne de confiance, pratiquer une activité simple, respecter un rythme de vie plus stable, fréquenter un lieu rassurant ou mettre des mots sur ce qui est ressenti avant que l’envie ne devienne envahissante.

L’objectif n’est pas de remplir chaque minute de la journée. Il est d’apprendre, peu à peu, à traverser les moments d’ennui sans les vivre comme une menace. Avec le temps, ces périodes de calme peuvent cesser d’être un facteur de vulnérabilité et devenir, au contraire, des moments où l’on reprend progressivement confiance en sa capacité à vivre sans l’addiction.

Yann GOURIOU

Auteur indépendant installé en Bretagne, je réalise des enquêtes et des reportages de terrain pour mon blog. J’écris avec une approche humaine, sensible et engagée, en donnant la parole à celles et ceux dont on n’entend rarement la voix.

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