« On nous prend pour une déchetterie » : Ce qu’Emmaüs découvre dans vos sacs de vêtements est révoltant !
Vous pensez accomplir une bonne action en déposant un sac de vêtements devant une association ? S’ils sont tachés, troués ou trop usés, votre don risque surtout de devenir un fardeau pour les bénévoles — et parfois de terminer dans une immense décharge à ciel ouvert en Afrique.
Donner les vêtements que l’on ne porte plus paraît être un geste à la fois solidaire et écologique. Pourtant, derrière cette bonne intention se cache une réalité beaucoup moins vertueuse : Emmaüs, le Secours populaire, la Croix-Rouge et d’autres associations reçoivent quotidiennement des quantités considérables de textiles tachés, déchirés, humides ou trop détériorés pour être réutilisés.
👉 Face à cette situation, les structures caritatives appellent les donateurs à faire preuve de davantage de discernement. Un vêtement confié à une association doit pouvoir être porté, distribué ou vendu. Dans le cas contraire, le don risque de se transformer en déchet difficile et coûteux à traiter.
Les grands tris saisonniers remplissent les centres de collecte
À chaque changement de saison, de nombreux Français profitent du rangement de leurs placards pour se séparer des vêtements devenus trop petits, démodés ou simplement inutilisés.
Les pièces encore recherchées et en excellent état sont souvent revendues sur des plateformes de seconde main comme Vinted. Les autres sont fréquemment apportées à Emmaüs, à la Croix-Rouge, au Secours populaire ou au Secours Catholique.
Ces associations utilisent normalement les vêtements collectés de deux manières :
- ils peuvent être distribués aux personnes en situation de précarité,
- ils peuvent être vendus à petit prix dans des boutiques solidaires afin de financer les actions de l’association.
👉 Cependant, une part croissante des dons ne répond plus à ces objectifs. Les structures récupèrent de nombreux vêtements trop abîmés pour connaître une seconde vie.
À l’approche des fêtes de fin d’année, période durant laquelle les tris domestiques et les dons ont tendance à augmenter, plusieurs associations alertent régulièrement sur l’afflux massif de textiles inutilisables.
Jusqu’à 100 kilos de vêtements reçus chaque jour
👉 Le Secours populaire observe une dégradation progressive de la qualité des dons depuis une quinzaine d’années.
Houria Tareb, secrétaire nationale de l’association chargée de la solidarité, explique qu’autrefois les vêtements donnés étaient généralement de meilleure qualité. Aujourd’hui, les articles qui possèdent encore une certaine valeur sont davantage revendus entre particuliers, notamment sur Internet.
Les associations récupèrent donc plus souvent les pièces invendables : vêtements très usés, troués, tachés, déformés ou fabriqués dans des matières de mauvaise qualité.
Dans une structure de taille moyenne, le Secours populaire estime recevoir quotidiennement environ 100 kilos de vêtements. Or, entre 60 et 70 % de ces textiles ne seraient pas directement utilisables. Ils doivent alors être confiés à un recycleur après un premier tri effectué par les bénévoles.
Autrement dit, les associations reçoivent parfois davantage de déchets textiles que de vêtements pouvant réellement être proposés aux bénéficiaires.
Un tri particulièrement lourd pour les bénévoles
Chaque sac déposé doit être ouvert et contrôlé. Les bénévoles vérifient notamment que les vêtements sont propres, secs, non tachés et suffisamment solides pour être portés.
👉 Ce travail mobilise énormément de temps et de personnel avant même que les pièces puissent être placées en rayon ou distribuées.
👉 Lorsqu’un article ne peut pas être conservé, il faut ensuite le stocker, l’évacuer et trouver une filière capable de le traiter. Le don présenté comme solidaire devient alors une charge matérielle et financière supplémentaire pour l’association.
Certaines structures essaient désormais d’examiner les vêtements en présence du donateur. Quand une pièce est manifestement inutilisable, elle peut lui être rendue avec une explication.
Cette pédagogie ne suffit cependant pas toujours. Certains donateurs refusent de reprendre les affaires écartées, tandis que d’autres abandonnent directement leurs sacs devant les locaux, en dehors des horaires d’ouverture.
👉 Face à ces pratiques, Houria Tareb dénonce le comportement de personnes qui semblent confondre les associations avec des poubelles ou des déchetteries.
La qualité des dons se dégrade également chez Emmaüs
Emmaüs France dresse un constat similaire. Ses structures accueillent davantage de textiles, mais une proportion de plus en plus faible peut être réemployée.
Pour Louana Lamer, responsable de la filière textile d’Emmaüs France, cette évolution s’explique notamment par la perte de l’attachement affectif aux vêtements.
Les consommateurs achètent aujourd’hui de nombreuses pièces à bas prix, produites rapidement et rarement considérées comme des éléments durables de leur garde-robe. Il devient donc plus facile de s’en séparer après quelques utilisations.
La baisse du pouvoir d’achat intervient également dans cette évolution. Les particuliers peuvent chercher à revendre les vêtements de meilleure qualité afin de récupérer un peu d’argent, avant de donner aux associations ce qui n’a pas trouvé preneur.
La fast fashion produit des vêtements peu durables
L’essor de la fast fashion et de l’ultra-fast fashion constitue l’une des principales causes du problème.
Des plateformes comme Shein et Temu, ainsi que des enseignes telles que Zara ou Pull & Bear, commercialisent un très grand nombre de vêtements à prix réduit. Ces articles sont fréquemment fabriqués à partir de fibres synthétiques ou de polyester.
Leur durée de vie peut être particulièrement courte : le tissu bouloche, se déforme ou se détériore après plusieurs lavages. Les consommateurs s’en débarrassent alors rapidement, alimentant une quantité toujours plus importante de déchets textiles.
Ces matières sont par ailleurs difficiles à recycler. Les entreprises spécialisées privilégient souvent les vêtements entièrement composés de coton, qui peuvent notamment être transformés en isolants. Les mélanges de fibres et les matières synthétiques compliquent considérablement cette valorisation.
Quel est le rôle des recycleurs textiles ?
Les recycleurs servent d’intermédiaires entre les associations qui collectent les vêtements et les différentes filières susceptibles de les traiter.
Après un nouveau tri, plusieurs destinations sont possibles :
- les vêtements encore portables peuvent rejoindre le marché de la seconde main,
- une partie peut être exportée, notamment vers certains pays africains,
- certaines fibres peuvent servir à fabriquer des matériaux isolants,
- les textiles impossibles à réemployer ou à recycler peuvent terminer dans des centres d’incinération.
Ces entreprises sont toutefois elles-mêmes confrontées à une saturation du marché. Elles reçoivent des volumes considérables de textiles dont la qualité ne permet pas toujours une véritable valorisation.
Des associations contraintes de refuser certains vêtements
Le Secours populaire peut refuser les dons dont l’état est manifestement incompatible avec une distribution ou une vente solidaire.
Le Secours Catholique de Quimper a également renforcé ses critères de sélection. Il demande désormais aux particuliers de ne déposer que des vêtements en bon état.
La politique d’Emmaüs France est légèrement différente. L’organisation affirme chercher à ne jamais refuser les dons apportés directement dans ses centres, même lorsque certains vêtements sont tachés ou abîmés.
Elle écarte toutefois les textiles mouillés. Une fois enfermés dans un sac ou stockés avec d’autres vêtements, ils peuvent rapidement moisir et contaminer l’ensemble du dépôt.
Certaines structures Emmaüs peuvent néanmoins adapter localement leurs règles et demander aux donateurs de ne remettre que des pièces suffisamment propres et solides.
Les vêtements déposés dans les bornes installées sur la voie publique, notamment celles du Relais, présentent eux aussi des problèmes de conformité. On y retrouve parfois des articles humides, souillés ou mélangés à d’autres déchets.
Comment savoir si un vêtement peut être donné ?
Le Secours populaire conseille aux donateurs de se poser une question très simple : seraient-ils eux-mêmes prêts à porter le vêtement qu’ils souhaitent offrir ?
S’il est propre, sec, complet et encore utilisable, il peut être confié à une association afin d’être distribué ou vendu.
En revanche, s’il est déchiré, fortement taché ou trop détérioré, il ne doit pas être présenté comme un vêtement destiné à une personne dans le besoin. Il peut éventuellement être placé dans une borne textile afin d’être orienté vers une filière de recyclage, à condition qu’il soit propre et parfaitement sec.
👉 Cette distinction est essentielle : la précarité ne justifie pas que l’on propose aux bénéficiaires des vêtements que l’on refuserait de porter soi-même.
Que deviennent les textiles collectés par Emmaüs ?
Chez Emmaüs France, le tri cherche à séparer les vêtements selon leur état et leur potentiel de réutilisation.
D’après les chiffres communiqués par Louana Lamer :
- environ 5 % des textiles collectés sont proposés dans les boutiques Emmaüs,
- près de 50 % sont exportés, notamment par l’intermédiaire de relais situés en Afrique,
- environ 35 % sont recyclés afin de récupérer et de valoriser leur matière,
- les 10 % restants deviennent des déchets.
Ces chiffres montrent que seule une très faible part des dons finit réellement dans les rayons des boutiques de l’association.
Emmaüs affirme veiller à ce qu’un maximum d’opérations de tri soit réalisé en France. La saturation des centres peut néanmoins contraindre certaines structures à espacer les collectes.
Des bornes textiles sont alors ponctuellement retirées de la voie publique. Emmaüs indiquait également qu’une de ses structures avait été conduite à refuser temporairement les dons de textiles.
Des milliers de vêtements exportés vers l’Afrique
Les vêtements qui ne sont ni distribués ni vendus en France peuvent être compactés dans des ballots d’environ 50 kilos. Ils sont ensuite exportés à bas prix vers des pays tels que le Ghana, la Côte d’Ivoire ou le Kenya.
Une partie de ces articles alimente les marchés locaux de seconde main et peut contribuer à créer des activités économiques. Mais le système atteint aujourd’hui ses limites.
Le marché africain ne peut pas absorber une quantité illimitée de vêtements d’occasion, surtout lorsque leur qualité est médiocre. Les pièces trop abîmées ou invendables sont rejetées après leur arrivée.
👉 Elles peuvent alors terminer dans d’immenses décharges à ciel ouvert, parfois situées près du littoral. Selon une estimation citée par Reporterre, environ 40 % des textiles concernés connaîtraient ce sort.
Le Ghana transformé en décharge textile mondiale
Le Ghana est régulièrement présenté comme l’un des principaux réceptacles des déchets vestimentaires produits par les pays riches.
Les vêtements usagés arrivant en masse sont d’abord revendus sur les marchés locaux. Ceux qui ne trouvent pas d’acheteurs sont abandonnés, enfouis ou brûlés.
👉 La combustion de textiles synthétiques peut dégager des fumées toxiques, avec des conséquences pour la santé des habitants et pour l’environnement. Les fibres et les composants chimiques peuvent également contaminer les sols, les cours d’eau et les espaces marins.
Ce mécanisme revient donc à déplacer une partie de la pollution textile vers des pays qui ne disposent pas nécessairement des infrastructures nécessaires pour la traiter.
Houria Tareb déplore cette situation et rappelle que le Secours populaire privilégie un partenaire capable de transformer certains vêtements détériorés en isolants. D’autres opérateurs choisissent cependant d’envoyer la totalité des textiles collectés à l’exportation.
Faut-il mettre fin à l’exportation des vêtements d’occasion ?
Les associations ne réclament pas nécessairement l’arrêt total des exportations. Lorsqu’elle est correctement organisée, la vente de vêtements d’occasion peut répondre à une demande locale et soutenir des emplois dans les pays destinataires.
Emmaüs considère néanmoins que ces envois doivent rester raisonnables et faire l’objet de contrôles plus stricts. L’objectif est d’éviter que les vêtements exportés ne viennent alimenter les décharges du Ghana ou d’autres pays africains.
Le véritable enjeu porte donc sur la qualité des textiles expédiés, leur traçabilité et la capacité réelle du marché destinataire à les réutiliser.
Un marché mondial de la seconde main en difficulté
La filière du réemploi textile est aujourd’hui fortement perturbée. Les associations françaises doivent gérer une hausse des dons, une baisse de leur qualité et une saturation des débouchés.
La concurrence internationale accentue ces difficultés. La Chine exporte elle aussi d’importantes quantités de vêtements de seconde main et développe ses propres capacités de recyclage.
Dans ce contexte, les associations et les centres de tri peinent à trouver des acheteurs ou des solutions rentables pour tous les textiles collectés.
👉 Le recyclage ne peut donc pas, à lui seul, compenser la production et la consommation massives de vêtements.
Acheter moins pour jeter moins
Pour les associations, la solution durable doit intervenir bien avant le moment du don. Elle suppose de réduire la surconsommation de vêtements et de remettre en question le modèle de la fast fashion.
Les consommateurs peuvent agir en achetant moins de pièces, mais de meilleure qualité. Ils peuvent également entretenir leurs vêtements, apprendre à les réparer et les conserver plus longtemps.
Les fabricants ont eux aussi une responsabilité. Les vêtements devraient être conçus pour durer et pour être plus facilement réparés ou recyclés. L’écoconception permettrait notamment de limiter les mélanges de fibres qui rendent aujourd’hui le recyclage extrêmement complexe.
Enfin, les pouvoirs publics peuvent accompagner cette évolution en soutenant les filières du réemploi, de la réparation et du textile durable.
Donner reste utile, à condition de donner correctement
Les associations ne demandent pas aux Français de cesser leurs dons. Elles rappellent simplement qu’un don doit constituer une véritable ressource et non transférer le coût d’un déchet à une organisation caritative.
Avant de remettre un vêtement à Emmaüs, à la Croix-Rouge, au Secours populaire ou à une autre structure, il convient de vérifier qu’il est :
- propre,
- parfaitement sec,
- non moisi,
- suffisamment solide,
- portable en l’état,
- placé dans un sac fermé lorsqu’il est déposé dans une borne textile.
👉 Le meilleur don n’est pas nécessairement le vêtement dont on veut simplement se débarrasser. C’est celui qui peut réellement être porté par une autre personne et bénéficier d’une seconde vie.
FAQ
👉 Quels vêtements peut-on donner à une association ?
Les vêtements donnés doivent être propres, secs et suffisamment solides pour être portés. Ils ne doivent pas être moisis, très tachés ou fortement déchirés.
👉 Emmaüs accepte-t-il les vêtements abîmés ?
Emmaüs cherche généralement à ne pas refuser les dons apportés dans ses centres. Les textiles mouillés sont toutefois écartés, car ils risquent de moisir et de contaminer les autres vêtements. Les pratiques peuvent varier localement.
👉 Où déposer les vêtements qui ne peuvent plus être portés ?
Les textiles trop usés peuvent être placés dans une borne de collecte adaptée s’ils sont propres et secs. Ils doivent être enfermés dans un sac afin de les protéger de l’humidité.
👉 Que deviennent les vêtements donnés à Emmaüs ?
Une partie est vendue dans les boutiques solidaires, tandis que d’autres vêtements sont recyclés ou exportés. Les textiles impossibles à valoriser deviennent des déchets.
👉 Pourquoi certains vêtements sont-ils exportés en Afrique ?
Les vêtements qui ne trouvent pas preneurs en France peuvent être revendus sur les marchés africains. Lorsque leur qualité est insuffisante, ils risquent toutefois de terminer dans des décharges à ciel ouvert.