Station fantôme du métro parisien : pourquoi Saint-Martin est fermée depuis 1939
Cette station fantôme du métro parisien est fermée depuis près de 90 ans… pourtant des milliers de voyageurs la traversent encore chaque jour sans le savoir.
Chaque jour, des centaines de milliers de voyageurs empruntent les lignes 8 et 9 du métro parisien. Entre les stations Strasbourg–Saint-Denis et République, certains lèvent parfois les yeux vers la fenêtre quelques secondes. Ils aperçoivent alors un quai désert, des panneaux en faïence, des publicités d’un autre temps et un silence presque irréel. Ils viennent de traverser Saint-Martin, l’une des stations fantômes les plus fascinantes de Paris.
Fermée au public depuis près de 90 ans, elle continue pourtant d’exister, intacte ou presque, sous les pieds des Parisiens.
Une station née au cœur du Paris populaire
La station Saint-Martin est inaugurée le 10 décembre 1931. Située sous le boulevard Saint-Martin, dans le 10ᵉ arrondissement, elle dessert les lignes 8 et 9 du métro parisien. À l’époque, le quartier est particulièrement animé, entre commerces, théâtres et grands boulevards.
Mais son destin va rapidement basculer.
Une fermeture décidée au début de la Seconde Guerre mondiale
Le 2 septembre 1939, au lendemain de la mobilisation générale précédant l’entrée de la France dans la Seconde Guerre mondiale, une grande partie du réseau du métro parisien est mise en service réduit.
Faute de personnel, près de 170 stations ferment provisoirement. La plupart rouvriront progressivement après la guerre.
Pas Saint-Martin.
La RATP estime alors que la station est trop proche de ses voisines Strasbourg–Saint-Denis et République, distantes de seulement quelques centaines de mètres. Sa fréquentation étant jugée insuffisante, elle reste définitivement fermée aux voyageurs.
Une station qui ne s’est pourtant jamais arrêtée de vivre
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Saint-Martin n’est pas restée totalement abandonnée.
Dans les années 1950, la station est utilisée comme showroom publicitaire par la régie du métro. C’est notamment à cette époque que sont installées plusieurs affiches en céramique encore visibles aujourd’hui lorsque les rames traversent la station.
Plus tard, certains espaces serviront également de refuge temporaire pour des personnes sans domicile fixe, avant que les accès ne soient entièrement sécurisés.
Un décor figé dans le temps
Aujourd’hui, pénétrer dans Saint-Martin revient presque à entrer dans un musée caché.
- Les quais sont toujours là.
- Les panneaux portant le nom de la station n’ont jamais disparu.
- Les anciens carrelages blancs recouvrent encore les murs.
- Certaines réclames publicitaires semblent tout droit sorties d’une autre époque.
À la différence des stations en activité, aucun bruit de voyageurs ne vient troubler les lieux. Seules les rames des lignes 8 et 9 traversent la station à intervalles réguliers, offrant aux passagers quelques secondes d’un spectacle insolite.
Un lieu qui fascine les passionnés du métro
Saint-Martin est devenue l’une des stations fantômes les plus célèbres du réseau parisien.
La RATP y organise exceptionnellement certaines visites ou opérations culturelles. Des artistes s’y sont produits lors d’événements comme la Nuit Blanche, tandis que plusieurs campagnes publicitaires y ont été tournées. Elle attire également photographes, historiens et amateurs d’urbex, même si son accès reste strictement interdit au public.
Pourquoi les voyageurs peuvent-ils encore la voir ?
Contrairement à d’autres stations totalement condamnées, les voies des lignes 8 et 9 continuent de traverser Saint-Martin.
Les trains n’y marquent plus l’arrêt, mais ralentissent parfois légèrement, permettant aux voyageurs d’apercevoir les quais abandonnés derrière les vitres.
Ce bref instant ne dure que quelques secondes.
Pourtant, il suffit souvent à éveiller la curiosité de ceux qui découvrent, presque par hasard, qu’un morceau entier du métro parisien est resté figé dans le temps depuis 1939.
Les stations fantômes, un patrimoine méconnu
Saint-Martin n’est pas un cas isolé. Paris compte plusieurs stations fantômes comme Croix-Rouge, Arsenal, Champ de Mars ou encore Haxo, jamais ouverte au public.
Elles rappellent que le métro parisien, inauguré en 1900, cache encore de nombreux secrets sous les rues de la capitale. Certaines servent aujourd’hui à la maintenance, d’autres à des tournages de films ou à des expérimentations techniques. Toutes témoignent d’une histoire méconnue qui continue de passionner les amoureux du patrimoine parisien.